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Michel Stefani : « Le bulletin PCF-Front de Gauche est l’opportunité de dire Non à la collectivité unique et à la politique d’austérité »


Rédigé par Nicole Mari le Dimanche 1 Mars 2015 à 21:41 | Modifié le Lundi 2 Mars 2015 - 00:29


Dans le duel fratricide et emblématique qui oppose les deux conseillers généraux sortants, Jacky Padovani, maire de San Martino di Lota, et François Orlandi, maire de Tomino, dans le canton du Cap Corse, les autres candidats sont réduits à jouer les supplétifs. Et, pourtant l’élu territorial Front de Gauche, Michel Stefani, a bien l’intention d’utiliser les élections départementales des 22 et 29 mars prochain pour faire passer son message contre la Collectivité unique et la politique d’austérité qu’il combat, et pour défendre la démocratie locale. Avec son binôme Julie Boccheciampe, il explique, à Corse Net Infos, que sa formation politique est la seule à porter des idées et qu’il est temps de faire souffler le vent de la démocratie sur le département de la Haute-Corse.


Michel Stefani, conseiller territorial Front de Gauche, président des Chemins de fer de la Corse, et Julie Boccheciampe, militante associative et commerçante.
Michel Stefani, conseiller territorial Front de Gauche, président des Chemins de fer de la Corse, et Julie Boccheciampe, militante associative et commerçante.
- Pourquoi le PCF-Front de gauche a-t-il décidé de présenter des candidats dans 10 cantons de l’île ?
- Il nous a semblé indispensable de donner la possibilité aux Corses de s’exprimer sur une question qui les touche directement, à savoir la création de la collectivité unique. D’autant plus que la délibération de l’Assemblée de Corse (CTC) a été transmise au gouvernement qui, à la demande de Paul Giacobbi et de Pierre Chaubon, a inscrit, par amendement, cette création dans la loi NOTRe. Cela écarte de fait la consultation des Corses par référendum, alors que celle-ci avait eu lieu sur un projet identique en 2003. Le gouvernement dit que le référendum est une option dont on se passe si on veut aller vite ! La question est de savoir si on peut se passer de la consultation des Corses sur un sujet aussi essentiel !
 
- Etes-vous toujours aussi opposés à la suppression des départements ?
- Oui ! Il faut préserver la démocratie locale. Même s’il faut, sans doute, changer le mode d’élection, le niveau départemental est un niveau pertinent, comme le niveau communal. Le projet de collectivité unique, du pouvoir unique entre quelques mains, sinon une paire de mains, est en train de faire voler en éclats ce schéma institutionnel. Alors qu’il est beaucoup question de démocratie participative, on est en train d’éloigner, encore un peu plus, les lieux de décisions des administrés. Il faut que les Corses se saisissent de l’opportunité de ces élections pour dire : « Non ! ». Le bulletin du PCF-Front de Gauche, que nous leur proposons dans dix cantons, leur permettra de l’exprimer de la manière la plus claire ! Il exprime, aussi, notre volonté de reconstruire l’espoir et une alternative à gauche, nécessaire à la politique mise en œuvre par le gouvernement Valls-Hollande qui tourne le dos aux engagements et aux valeurs de gauche.

- N’êtes-vous pas véritablement les seuls à porter le « Non » à la collectivité unique ?
- En tant que formation politique, c’est certain ! Mais, j’entends beaucoup de gens dans la rue qui sont inquiets de savoir que seront déterminés, par ordonnance, les budgets, la fiscalité, les transferts de personnels, les compétences… et que, dans la foulée, de la même manière, devrait fusionner près de la moitié des institutions intercommunales. L’objectif est de passer de 27 à 15 ! C’est une orientation politique ! D’ailleurs, le 1er ministre et le ministre de l’Intérieur se réjouissent de la délibération de la CTC parce qu’elle va totalement dans le sens de la loi NOTRe.
 
- Votre autre cheval de bataille est le refus de la politique d’austérité. En faites-vous un thème de campagne ?
- Oui ! C’est l’autre aspect sur lequel nous voulons beaucoup insister à travers cette élection. La politique d’austérité, mise en œuvre par le gouvernement, correspond à la capitulation de François Hollande devant Angela Merkel et l’Europe de la finance. Elle se décline jusqu’en Corse. Le seul Conseil général de Haute-Corse sera privé, dans les deux prochaines années, de 5 millions €. Or, cette institution joue un rôle déterminant dans l’action sociale. Nous considérons que, dans la situation où se trouve la Corse avec plus de 20 000 chômeurs et 60 000 personnes vivant sous le seuil de pauvreté, c’est un coup dur asséné à la solidarité. Nous sommes les seuls à porter ce message, les autres candidats ne parlent pas de ces questions.
 
- Vous vous présentez sous l’étiquette PCF-Front de Gauche. Pourquoi n’avez-vous pas fait alliance avec d’autres forces de gauche, telles que le PRG ?
- Nous avons un accord de rassemblement à gauche PCF-PRG dans le 2nd canton de Bastia. Le sortant est Jean-Louis Milani, présenté comme un élu de droite et d’opposition, même si les lignes ont quelque peu bougé. Nous avons considéré que se rassembler, dès le 1er tour, dans ce canton, avait un intérêt politique majeur.
 
- Qu’est-ce qui a motivé votre candidature dans le Cap Corse ?
- Ce qui nous a motivé sur l’ensemble des cantons où nous sommes présents. Aux précédentes élections, j’étais candidat dans le canton de San Martino-di-Lota. Avec le découpage Valls-Pasqualien, puisque Valls fait beaucoup mieux que Pasqua de ce point de vue, ce canton de 11 300 inscrits est le plus grand du département, non en surface, mais en nombre d’électeurs. Il part de San Martino-di-Lota pour arriver jusqu’à Centuri et englobe même une partie de l’ancien Conca d’Oru. C’est assez curieux !
 
- Sur quels critères avez-vous choisi votre binôme et les suppléants ?
- Nous nous sommes adressés à nos militants. Je suis très heureux de faire cette campagne avec Julie Boccheciampe, qui est de Patrimoniu, Nicole Bertrand, qui représente la pointe du Cap, et Thierry Mondoloni, qui habite à Brando. Nous avons essayé d’avoir une représentation géographique du territoire.
 
- Quel est, selon vous, l’enjeu de ce canton assez disparate ?
- Il est vrai que l’on peut s’interroger sur la détermination surprenante de ce périmètre avec des microrégions qui n’ont pas d’intérêts directs et ont même quelques difficultés à se regarder et à communiquer. La population est vieillissante et fortement concentrée sur une partie relativement étroite de l’espace entre Pietracorbara, San Martino et l’entrée de Bastia. Se pose le problème des communications et de la fluidité de la circulation. Certes, on entend parler depuis près de 30 ans d’une variante en coteau qui arriverait jusqu’à Sisco ! On peut la ressortir au moment des élections, mais ça n’a pas une grande crédibilité. Peut-être faudrait-il réfléchir sur un mode de transports en commun ?
 
- La précarité est-elle une problématique dans ce canton ?
- Oui, parce que des personnes ont des difficultés pour se loger. A San Martino, des mètres carrés construits dépassent 4000 € ! Il faut repenser une politique de logement social qui, aujourd’hui, fait défaut. Enfin, il faut concevoir les choses de manière harmonieuse afin que le bout du Cap ne se sente pas mis à l’écart. Ce n’est pas simple ! Il n’y a pas de recettes miracles ! Il faut vraiment mener une réflexion sur l’aménagement du territoire. La période nous y invite, le PADDUC a fait l’objet d’une grande concertation. Il faut poursuivre, à la fois, pour préserver l’environnement, parce que c’est une nécessité, et pour améliorer les conditions de vie, pour mieux vivre ensemble.

- Ce canton est le théâtre d’un duel fratricide à gauche qui monopolise l’attention. Ne craignez-vous pas d’être réduits à jouer les supplétifs ?
- Nous nous en remettons au bon jugement des électeurs. Notre message n’est pas celui de l’action personnelle, sans étiquette, je n’ose pas dire, dans l’opacité ! Nous avons vu ce qui s’est passé pour l’élection du président du Conseil général. C’est lamentable ! Beaucoup de gens ont été choqués ! C’est regrettable ! Cela ne donne pas une belle image de la démocratie ! Ça doit faire réfléchir ! On dénonce souvent les partis politiques et les appareils, mais l’ambition personnelle, l’équation individuelle, donne une image qui n’est pas réjouissante, pas enthousiasmante pour la politique !
 
- Pensez-vous, vous aussi, qu’il faut réformer le système ?
- Si on parle du système capitaliste, nous ne voulons pas le réformer, mais le mettre à bas ! Ensuite, il y a des pratiques politiques qui ne nous conviennent pas. C’est évident ! Ce sont des comportements qui nous sont totalement étrangers. Si nous rentrons au Conseil général, ce ne sera pas pour les perpétuer, mais pour les combattre ! Nous portons vraiment une autre démarche, une autre ambition, une autre volonté avec des idées. Nous voyons ce que nous pouvons faire dans ce canton et nous allons à la rencontre des électeurs pour, avec eux, décider de ce qu’on pourrait améliorer, faire des propositions que nous porterons au Conseil général qui, il faut le reconnaître, ronronne beaucoup !
 
- Quel score espérez-vous réaliser au 1er tour ? Pensez-vous atteindre les 10% obtenus par le Front de gauche aux Territoriales de 2010 ?
- C’est un peu différent ! Les résultats, que nous avons obtenus dans les 3 cantons, représentent entre 800 et 1 100 voix. Nous nous efforçons, bien entendu, de rencontrer ces électeurs pour les conforter dans leur choix et, en même temps, de rassembler plus largement pour faire beaucoup mieux. Ce que nous vivons actuellement mérite que nous y réfléchissions ensemble pour faire souffler le vent de la démocratie sur le département de la Haute-Corse.
 
- Quelle option choisirez-vous au 2nd tour dans ce qui devrait être un duel Orlandi-Padovani ?
- On veut nous enfermer dans ce type de réflexions ! Pour l’instant, nous n’en sommes pas là ! Nous verrons bien ce que les électeurs décident au soir du 1er tour. Je ne sais pas trop bien où l’un et l’autre se situent ! On ne sait pas si c’est à gauche, si c’est pour combattre l’austérité… par contre, on sait qu’ils sont pour la collectivité unique. Il y a beaucoup d’éléments d’appréciation sur ces aspects des choses.
 
- La majorité territoriale existe-t-elle encore ?
- Ce qui s’est passé lors des élections municipales a disloqué la gauche. On ne peut pas rester indifférent quand, dans une même majorité, dans un même Exécutif, deux candidats s’affrontent. Je ne suis pas d’accord avec Paul Giacobbi lorsqu’il a dit, au lendemain du scrutin : « A Bastia, la gauche n’a pas perdu ! ». Non ! A Bastia, la gauche a perdu ! C’est d’autant plus traumatisant pour des électeurs de gauche que des membres éminents de la majorité régionale sont venus faire campagne contre la liste de gauche emmenée par Jean Zuccarelli. C’est une réalité !

- La fracture du groupe Front de Gauche avec l’Exécutif de Paul Giacobbi va-t-elle jouer dans vos choix du 2nd tour ?
- Il y a un enjeu sur une offre politique à gauche qui réponde aux attentes populaires et sociales. C’est une évidence ! Ensuite, les électeurs se prononceront. Nous, nous disons ce que nous pensons, que ce soit à la CTC ou demain au département si nous sommes élus, en fonction des engagements que nous prenons pendant cette campagne électorale. Nos paroles restent toujours en accord avec nos actes. L’inverse est vrai aussi : nos actes sont en accord avec nos paroles ! La vie politique s’écrit, parfois, par anticipation, mais beaucoup aussi au jour, le jour.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.
 

Trois questions à Julie Boccheciampe, candidate, jeune militante associative et commerçante à Saint-Florent.
 
- Qu’est-ce qui a motivé votre candidature ?
- Je suis militante communiste depuis 7 ans environ. Je cherche à défendre les valeurs qui sont les nôtres. La politique, qui est menée actuellement par le gouvernement, nous pousse à nous engager ! Nous combattons fermement la politique d’austérité. C’est notre moteur ! La question est comment vivre mieux dans ce canton qui est un endroit merveilleux. Je vis à Patrimoniu, où l’on vit déjà bien, mais on peut encore améliorer.
 
- Comment abordez-vous cette campagne ?
- C’est ma première campagne pour les Cantonales. J’ai participé aux dernières municipales où j’étais sur la liste de Guy Maestracci à Patrimoniu. Dans cette campagne, nous voulons essayer de redonner la parole au peuple. On nous a un peu muselé ! Nous avons envie de remettre le citoyen au cœur du débat. C’est notre motivation principale !
 
- Quel est, selon vous, l’enjeu de cette élection ?
- C’est, d’abord, de recentrer le débat sur l’essentiel, de remettre la machine du Conseil général en route parce que, pour l’instant, elle était un peu en sommeil. Peut-être le redécoupage des cantons va-t-il redynamiser les choses ! L’avenir nous le dira.

Propos recueillis par N.M.

Les candidats du PCF-Front de Gauche dans le canton du Cap Corse :
- Michel Stefani, conseiller territorial Front de Gauche, président des Chemins de fer de la Corse.
- Thierry Mondoloni, syndicaliste marin de la SNCM.
- Julie Boccheciampe, militante associative et commerçante.
- Nicole Bertrand, mutualiste.

Dans le canton du Cap Corse, quatre binômes sont en lice :
- Gauche DVG : Jean Jacques Padovani et Daniel Vincent.
- Majorité départementale de gauche : François Orlandi et Sylvie Retali-Andreani.
- Front de Gauche : Michel Stefani et Julie Boccheciampe.
- Corsica Libera : Sébastien Quenot et Paula Susini.
 



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