Alors que l'échiquier politique est plus polarisé que jamais et que les gauches semblent être devenues "irréconciliables", Lionel Jospin reste celui qui a permis à une "gauche plurielle", réunissant socialistes, écologistes et communistes, de gouverner et de multiplier des réformes emblématiques. Celui qui se définissait lui-même comme un "austère qui se marre" a mené ce rassemblement à la victoire surprise des élections législatives de 1997, convoquées par le président Jacques Chirac après une dissolution censée au contraire conforter son pouvoir.
Porté par une conjoncture économique favorable, il avait alors mis en place la réduction du temps de travail à 35 heures hebdomadaires, la couverture maladie universelle et un contrat d'union civile : le Pacs. Il avait aussi tenu bon sur le principe selon lequel aucun ministre ne pouvait rester au gouvernement s'il était mis en examen, une jurisprudence qui a ensuite fait long feu.Mais il n'avait pas réussi à transformer l'essai. Et coup de tonnerre le 21 avril 2002 : c'est Jean-Marie Le Pen qui s'était qualifié au second tour de la présidentielle, en duel contre Jacques Chirac. Le soir même, Lionel Jospin avait annoncé son retrait de la vie politique dans une séquence restée gravée dans les esprits et n’était plus intervenu pendant des années dans le débat public.
Pendant le quinquennat de François Hollande (2012-2017), il avait présidé une commission sur la moralisation de la politique. Il a siégé au Conseil constitutionnel de 2014 à 2019.
L'artisan du processus de Matignon
En Corse, il reste aussi celui qui a engagé une séquence politique inédite à la fin des années 1990 avec le processus dit de Matignon. Lorsque Lionel Jospin arrive à Matignon, l’île est encore marquée par l’assassinat du préfet Claude Érignac et par un climat de violence persistant. En septembre 1999, à Ajaccio, il s’exprime devant l’Assemblée de Corse et pose les bases d’une démarche fondée sur le dialogue, tout en rappelant que la question de la violence demeure centrale.
Dans les mois qui suivent, le gouvernement engage le processus de Matignon et réunit autour de la table des élus de toutes sensibilités, y compris nationalistes. À partir de décembre 1999, puis tout au long du premier semestre 2000, des réunions régulières se tiennent à Paris afin de faire émerger des propositions communes. Les discussions portent à la fois sur le développement économique, les questions fiscales, la langue et les institutions, dans un contexte où les positions restent contrastées au sein de la classe politique insulaire.
Ce travail débouche, en juillet 2000, sur un accord politique approuvé à une large majorité par l’Assemblée de Corse. Le texte prévoit un renforcement des compétences de la collectivité territoriale et ouvre la possibilité d’adapter certaines normes nationales aux réalités de l’île. Il constitue le socle du projet de loi présenté l’année suivante.
La séquence reste toutefois marquée par de fortes tensions, y compris au sein du gouvernement, avec la démission du ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement à l’été 2000. En 2002, le Conseil constitutionnel censure plusieurs dispositions du texte, en particulier celles relatives aux évolutions normatives, limitant sa portée. La loi finalement adoptée entérine certaines avancées, notamment en matière de développement et d’aménagement, sans reprendre l’ensemble des orientations initialement envisagées.
Dès l’annonce de la disparition de Lionel Jospin, les hommages de la classe politique ont donc afflué, notamment en Corse, pour saluer la mémoire de ce grand homme d’État.
Le maire de Bonifacio, Jean-Charles Orsucci, écrit ainsi sur ses réseaux sociaux : « Un grand homme d’État nous quitte, une des dernières figures d’une gauche républicaine et de progrès aujourd’hui disparue. Sa défaite en 2002 fut injuste, elle le priva d’un destin national encore plus grand. En Corse, je retiens que c’est à lui que nous devons le processus de Matignon qui déboucha sur une évolution institutionnelle importante. Je présente mes condoléances à tous les siens ».
J’apprends avec tristesse la disparition de Lionel JOSPIN.
Un grand homme d’Etat nous quitte, une des dernières figures d’une gauche républicaine et de progrès aujourd’hui disparue.
Sa défaite en 2002 fut injuste, elle le priva d’un destin national encore plus grand.
En… pic.twitter.com/BkPialzBga
— Jean-Charles ORSUCCI (@OrsucciJC) March 23, 2026
Lionel Jospin est mort.
— Jean-Guy Talamoni (@JeanGuyTalamoni) March 23, 2026
Il avait été, il y a 25 ans, notre interlocuteur dans le « processus de Matignon » sur l’avenir de la Corse.
Dans ces négociations, il fit preuve de courage politique et fut d’une loyauté irréprochable.
Qu’il repose en paix. pic.twitter.com/OvdVu2lRTX
Lionel Jospin était intelligent, compétent, intègre. Il avait des défauts comme chacun mais son respect de la démocratie, sa capacité d’engagement et son pragmatisme malgré son ancrage idéologique étaient tellement au dessus de ce que l’on déplore aujourd’hui que sa mémoire est… https://t.co/KcMC4s3o6M
— Paul Giacobbi (@pgiacobbi) March 23, 2026









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