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Les hommages de la classe politique corse après la mort de Lionel Jospin


MP avec AFP le Lundi 23 Mars 2026 à 14:38

L’ancien Premier ministre Lionel Jospin est décédé dimanche à l’âge de 88 ans. Figure majeure du Parti socialiste et artisan de la « gauche plurielle » à la fin des années 1990, il a marqué la vie politique nationale par ses réformes emblématiques et son sens de l’État. En Corse, son nom reste associé au processus de Matignon, une démarche de dialogue politique inédite qui a ouvert la voie à une évolution institutionnelle de l’île



(Photo : AFP/ Ludovic Marin)
(Photo : AFP/ Ludovic Marin)
 L'ancien Premier ministre socialiste français Lionel Jospin, chef du gouvernement de 1997 à 2002, est décédé dimanche à l'âge de 88 ans, a annoncé lundi sa famille à l'AFP. Premier secrétaire du parti socialiste de 1981 à 1988 puis de 1995 à 1997, en janvier, il avait indiqué avoir subi "une opération sérieuse", sans divulguer de détails.
 
Alors que l'échiquier politique est plus polarisé que jamais et que les gauches semblent être devenues "irréconciliables", Lionel Jospin reste celui qui a permis à une "gauche plurielle", réunissant socialistes, écologistes et communistes, de gouverner et de multiplier des réformes emblématiques. Celui qui se définissait lui-même comme un "austère qui se marre" a mené ce rassemblement à la victoire surprise des élections législatives de 1997, convoquées par le président Jacques Chirac après une dissolution censée au contraire conforter son pouvoir.
 
Porté par une conjoncture économique favorable, il avait alors mis en place la réduction du temps de travail à 35 heures hebdomadaires, la couverture maladie universelle et un contrat d'union civile : le Pacs. Il avait aussi tenu bon sur le principe selon lequel aucun ministre ne pouvait rester au gouvernement s'il était mis en examen, une jurisprudence qui a ensuite fait long feu.Mais il n'avait pas réussi à transformer l'essai. Et coup de tonnerre le 21 avril 2002 : c'est Jean-Marie Le Pen qui s'était qualifié au second tour de la présidentielle, en duel contre Jacques Chirac. Le soir même, Lionel Jospin avait annoncé son retrait de la vie politique dans une séquence restée gravée dans les esprits et n’était plus intervenu pendant des années dans le débat public.
 
Pendant le quinquennat de François Hollande (2012-2017), il avait présidé une commission sur la moralisation de la politique. Il a siégé au Conseil constitutionnel de 2014 à 2019.

L'artisan du processus de Matignon
 
En Corse, il reste aussi celui qui a engagé une séquence politique inédite à la fin des années 1990 avec le processus dit de Matignon. Lorsque Lionel Jospin arrive à Matignon, l’île est encore marquée par l’assassinat du préfet Claude Érignac et par un climat de violence persistant. En septembre 1999, à Ajaccio, il s’exprime devant l’Assemblée de Corse et pose les bases d’une démarche fondée sur le dialogue, tout en rappelant que la question de la violence demeure centrale.
 
Dans les mois qui suivent, le gouvernement engage le processus de Matignon et réunit autour de la table des élus de toutes sensibilités, y compris nationalistes. À partir de décembre 1999, puis tout au long du premier semestre 2000, des réunions régulières se tiennent à Paris afin de faire émerger des propositions communes. Les discussions portent à la fois sur le développement économique, les questions fiscales, la langue et les institutions, dans un contexte où les positions restent contrastées au sein de la classe politique insulaire.
Ce travail débouche, en juillet 2000, sur un accord politique approuvé à une large majorité par l’Assemblée de Corse. Le texte prévoit un renforcement des compétences de la collectivité territoriale et ouvre la possibilité d’adapter certaines normes nationales aux réalités de l’île. Il constitue le socle du projet de loi présenté l’année suivante.
 
La séquence reste toutefois marquée par de fortes tensions, y compris au sein du gouvernement, avec la démission du ministre de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement à l’été 2000. En 2002, le Conseil constitutionnel censure plusieurs dispositions du texte, en particulier celles relatives aux évolutions normatives, limitant sa portée. La loi finalement adoptée entérine certaines avancées, notamment en matière de développement et d’aménagement, sans reprendre l’ensemble des orientations initialement envisagées.
 
Dès l’annonce de la disparition de Lionel Jospin, les hommages de la classe politique ont donc afflué, notamment en Corse, pour saluer la mémoire de ce grand homme d’État.
 
Le maire de Bonifacio, Jean-Charles Orsucci, écrit ainsi sur ses réseaux sociaux : « Un grand homme d’État nous quitte, une des dernières figures d’une gauche républicaine et de progrès aujourd’hui disparue. Sa défaite en 2002 fut injuste, elle le priva d’un destin national encore plus grand. En Corse, je retiens que c’est à lui que nous devons le processus de Matignon qui déboucha sur une évolution institutionnelle importante. Je présente mes condoléances à tous les siens ».  

De son côté, l’ancien président de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, rappelle qu’il y a 25 ans, lors des négociations du processus de Matignon, Lionel Jospin « fit preuve de courage politique et fut d’une loyauté irréprochable ».
 

« Lionel Jospin était intelligent, compétent, intègre. Il avait des défauts comme chacun mais son respect de la démocratie, sa capacité d’engagement et son pragmatisme malgré son ancrage idéologique étaient tellement au-dessus de ce que l’on déplore aujourd’hui que sa mémoire est unanimement saluée », affirme quant à lui Paul Giacobbi, l’ancien président de l’Exécutif de Corse.
 

Enfin, la fédération du Parti socialiste de Corse-du-Sud souligne que « Lionel Jospin aura marqué durablement la vie politique française par sa droiture, son exigence morale et son attachement constant aux valeurs de justice sociale, de progrès et de responsabilité ». « À la tête du gouvernement entre 1997 et 2002, il a su incarner une gauche de gouvernement à la fois ambitieuse et fidèle à ses principes », ajoute le parti en louant « son engagement, sa rigueur intellectuelle et son sens de l’intérêt général » qui « ont inspiré toute une génération de militantes et militants socialistes ». « Pour beaucoup d’entre nous, il restera une référence, un modèle d’intégrité et une source d’inspiration dans notre combat quotidien pour une société plus juste et plus solidaire », insiste la fédération du PS de Corse-du-Sud en notant que « profondément attaché à la prise en compte des réalités territoriales, Lionel Jospin a également su ouvrir une nouvelle étape dans la relation entre l’État et la Corse » avec le « processus de Matignon »,  qui « a permis un dialogue inédit avec les élus de l’île et contribué à l’élaboration d’un nouveau statut de décentralisation, reconnaissant les spécificités de la Corse et ouvrant la voie à une plus grande responsabilité locale ». « Cette démarche, fondée sur l’écoute et le respect des sensibilités, demeure une référence importante dans l’histoire institutionnelle de notre territoire ». Et de conclure : « Lors de sa prochaine session, la CDC s’honorerait de rendre un hommage mérité à celui qui a eu un échange franc et responsable avec la Corse et les Corses ».