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Législatives. Andria Fazi : « Une élection très nationalisée dans un contexte inattendu »


Francesca-Orsula Angelini le Lundi 8 Juillet 2024 à 11:52

En Corse, trois des quatre députés sortants retrouveront leur siège à l’Assemblée nationale à l’issue du deuxième tour des élections législatives ce 7 juillet 2024. Laurent Marcangeli, Paul-André Colombani et Michel Castellani ont chacun remporté une victoire décisive face à leurs adversaires du Rassemblement National dans leurs circonscriptions respectives. Seule la 2ᵉ circonscription de Haute-Corse a vu un changement de député, avec la victoire de François-Xavier Ceccoli sur Jean-Félix Acquaviva. Le politologue Andria Fazi analyse ces résultats électoraux



Pour le politologue Andria Fazi, les citoyens corses ne doivent pas tomber dans le "triomphalisme" des candidats réelus. ©Francesca-Orsula ANGELINI
Pour le politologue Andria Fazi, les citoyens corses ne doivent pas tomber dans le "triomphalisme" des candidats réelus. ©Francesca-Orsula ANGELINI
Quelle analyse, faites-vous de cette élection ? 
On parle beaucoup de la victoire des candidats sortants face aux candidats du Rassemblement National. Cependant, il est important de noter que ces derniers ont réalisé des scores compris entre 35 % et 40 %, ce qui est exceptionnel et remarquable pour eux. Nous devons éviter de sombrer dans le triomphalisme, que l’on se place du côté de M. Marcangeli ou des candidats nationalistes réélus. Pour le quatrième sortant, la tâche était beaucoup plus complexe, car il n'affrontait pas le RN, mais un candidat divers droite, plus modéré, capable de rassembler et bien implanté localement. Dès lors que le RN avait appelé à voter pour lui, il suffisait qu'un tiers des électeurs de ce parti le soutiennent pour qu'il soit quasiment assuré de la victoire.

Il y a eu un vote très fort pour le Rassemblement National dans les zones périurbaines et les quartiers populaires, pour des candidats qui n’étaient pas très identifiés. Comment expliquez-vous cela ?
Cette élection a été fortement nationalisée dans un contexte inattendu. Elle a été dramatisée par des déclarations du président Emmanuel Macron, qui a même évoqué un risque de guerre civile. Ainsi, les enjeux nationaux ont largement pris le pas sur les enjeux locaux pour beaucoup de citoyens en Corse. C'était une élection très atypique.


La majorité territoriale essuie sa première défaite dans une élection depuis 10 ans. Cela, peut-il affecter la poussée du mouvement nationaliste ?   
Après neuf ans de pouvoir, il est normal que des élus suscitent des mécontentements. Sinon, cela signifierait qu’ils sont exceptionnels ou que nous sommes dans un régime peu démocratique. Il est logique de subir des contrecoups, surtout dans un contexte de division et de compétition interne, qui est très négatif pour le nationalisme depuis 2021. Entre les deux tours, une prise de conscience de cette situation néfaste semble avoir eu lieu. De plus, Nazione s'est toujours positionnée en opposition radicale sur l'autonomie. Si les nationalistes ne parviennent pas à retrouver des voies de convergence et à dépasser l'impasse actuelle, il est fort probable qu'ils en pâtissent dans les années à venir.