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Le documentaire à l’honneur : Best of Doc illumine les salles corses


Jeanne Soury le Samedi 28 Février 2026 à 08:20

Du 4 au 17 mars, le réel prendra toute sa place dans les salles corses à l’occasion du festival Best of Doc qui remet en lumière dix des documentaires les plus marquants de l’année écoulée. Pendant deux semaines, le public pourra découvrir ou redécouvrir des films qui interrogent, émeuvent et éclairent notre monde.



Il n’y a pas d’acteurs. Pas de décors fabriqués. Pas d’artifices spectaculaires. Il y a des visages, des silences, des paysages, des voix qui hésitent ou qui tremblent. Il y a la vie, brute, fragile, souvent bouleversante. Du 4 au 17 mars le festival Best of Doc va remettre en lumière dix des documentaires les plus marquants de l’année écoulé dans les salles corses. 
 
« Le documentaire, c’est filmer le réel », affirme Annick Peigné-Giuly. « Ce sont de vrais gens qu’on filme dans leur activité normale. Parfois ils rejouent un geste, mais ce sont leurs vies. » Ancienne journaliste pendant vingt-cinq ans au quotidien Libération, aujourd’hui présidente de l’association Documentaire sur grand écran et fondatrice de Corsica Doc, elle parle du documentaire avec la précision de celle qui a longtemps observé le monde par les mots avant de le défendre par l’image.
 
120 documentaires en salle chaque année
 
Le documentaire n’est ni un genre secondaire ni un simple outil pédagogique. C’est un geste artistique à part entière. « Il y a quelque chose de miraculeux dans le fait qu’un cinéaste regarde la réalité et en extirpe ce qu’elle a de magnifique ou de terrible », explique l’ancienne journaliste. 
 

Longtemps, pourtant, le documentaire a souffert d’une image réductrice : « On passait par lui pour expliquer la vie des animaux, des plantes, l’histoire d’un pays… Cela lui donnait une vocation pédagogique, mais on n’allait pas forcément en salle pour ça. » Le basculement s’est opéré au début des années 2000. Annick Peigné-Giuly cite un moment charnière : la sélection au Festival de Cannes de 'Être et Avoir', réalisé par Nicolas Philibert. « Cela a été un moment historique. Le documentaire n’était plus seulement un objet télévisuel, il devenait un objet cinématographique. »
 
Depuis, la dynamique ne s’est jamais démentie. La progression est exponentielle. Chaque année, entre 100 et 120 documentaires sortent en salle en France. Les sujets s’élargissent, les esthétiques se diversifient, les formes s’émancipent.
 
Une nécessité contemporaine
 
Pourquoi un tel engouement ? « Notre réalité devient de plus en plus complexe, parfois tragique. On a besoin de regards différents pour comprendre », détaille-t-elle. « On a besoin d’éclairer ce que l’on vit. Le documentaire est devenu indispensable. »
 
Dans un monde saturé d’images instantanées, le documentaire propose autre chose : du temps long, de l’attention, de la nuance. Il ne cherche pas à simplifier le réel, mais à le traverser. Et le public suit, y compris les plus jeunes.

L’un des moteurs de cette vitalité tient aussi à son économie. « C’est un cinéma d’une économie légère », souligne-t-elle. « Une petite caméra, un banc de montage sur son ordinateur… et on peut faire un film. Il n’y a pas d’acteurs à payer. C’est à la portée d’un jeune qui veut créer. »
 
Un cercle vertueux s’installe, comme un effet boule de neige : ceux qui filment attirent ceux qui regardent.
 
Best of Doc : redonner du temps aux films
 
Si Annick Peigné-Giuly défend aujourd’hui ce cinéma avec autant d’ardeur, c’est que son engagement ne date pas d’hier. En 2007, après un quart de siècle passé à Libération, elle quitte le journal. « J’avais imaginé un petit scénario : me retrouver dans le milieu du cinéma documentaire et organiser un festival en Corse », raconte-t-elle.
 
À moitié corse, à moitié bretonne, elle ancre son projet sur l’île. En parallèle, elle prend la présidence de Documentaire sur grand écran à Paris. Cette double expérience lui permet de combiner vision nationale et ancrage local. Son objectif : offrir plus de visibilité aux documentaires.  À l’origine de Best of Doc, un constat simple : les documentaires disparaissent trop vite des écrans : « Ils restent une semaine, parfois deux, en salle. Ils passent tellement vite que les gens n’ont pas le temps d’aller les voir », pose Annick Peigné-Giuly. 

Le festival propose donc une seconde chance. Chaque année, un comité national visionne une vingtaine de films et en sélectionne dix. « Nous sommes six autour de la table : un journaliste, un exploitant, une jeune programmatrice… Les discussions sont passionnantes », poursuit-elle« Certains films ont déjà rencontré leur public. D’autres, magnifiques, n’ont pas eu la fréquentation qu’ils méritaient. C’est à eux que nous voulons redonner de la lumière ».
 
Pendant deux semaines, 90 salles en France participent à l’opération, et en Corse, les associations culturelles de l’île mutualisent leurs forces pour proposer des projections dans plusieurs villes. À Ajaccio, le public fidèle répond présent. « Nous avons en moyenne une trentaine de spectateurs par séance. Ce n’est pas gigantesque, mais ce sont des gens qui reviennent. »
 
Plus qu’un festival, Best of Doc s’affirme comme un espace de respiration et de réflexion collective. Une invitation à ralentir, à écouter, à comprendre. « Plus notre réalité est tragique, plus nous avons besoin de plusieurs regards pour imaginer l’avenir », conclut Annick Peigné-Giuly. 
 

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