Corse Net Infos - Pure player corse

La fièvre hémorragique de Crimée-Congo sous surveillance en Corse


Léana Serve le Mardi 2 Juin 2026 à 17:41

Déjà détecté chez des tiques en Corse et en Occitanie, le virus responsable de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo fait l’objet d’un vaste programme de recherche porté notamment par l’Université de Corse. L’objectif est de mieux comprendre sa circulation et prévenir l’apparition des premiers cas humains en France, la maladie pouvant être mortelle dans certains cas.



Photo d'illustration
Photo d'illustration

Elle est le plus souvent invisible mais elle est pourtant déjà présente en Corse et dans le sud de la France : la fièvre hémorragique de Crimée-Congo. Transmise par les piqûres de tiques de genres Hyalomma marginatum et Hyalomma lusitanicum, la maladie passe souvent inaperçue chez les animaux mais peut néanmoins provoquer de graves symptômes chez l’homme. « Elle est asymptomatique dans 80 % des cas, et quand il y a des symptômes, c’est souvent juste un syndrome grippal », explique Alessandra Falchi, directrice adjointe de l’unité des virus émergents au sein de l’Université de Corse. « Mais il peut y avoir une évolution dans certains cas vers une fièvre hémorragique, et parfois jusqu’au décès. »
 

Face à cette situation, l’Université de Corse participe au projet ARCHE, un programme de recherche mené avec plusieurs partenaires d’Occitanie afin de mieux comprendre la circulation du virus dans les deux régions. « Il n’y a pas encore eu de cas en France chez les humains mais il y en a eu en Europe de l'Est et en Espagne. Il y a un ou deux cas par an depuis une dizaine d'années mais parfois avec un décès, c’est pour ça qu'on s'intéresse beaucoup à cette maladie parce qu'on est très proche de l'Espagne et que ça peut arriver chez nous aussi, surtout que le pays a connu la même dynamique qu’on connaît actuellement, c’est-à-dire une détection de l'exposition chez les animaux, et les premiers cas sont apparus quelques années après. »
 

Au quotidien, les chercheurs travaillent sur différents aspects, notamment « les aspects sociologiques ou anthropologiques ». « On va étudier les comportements à risque pour savoir comment on peut protéger la population de cette maladie, ce qui pourrait être mis en place en termes de prévention », souligne la chercheuse. « Un autre volet, c'est le développement d'outils de diagnostic que ce soit en population humaine ou animale pour détecter rapidement cette pathologie. On a aussi un volet plus épidémiologique où on enquête sur l'exposition de la population humaine à cette maladie. Et on travaille aussi sur la population animale, les bovins, les chevaux, mais aussi la faune sauvage avec les sangliers ou les lapins qui pourraient être des vecteurs de la maladie, pour les étudier. »
 

Le dernier volet de recherche concerne quant à lui « l'identification des espèces de tiques qui transmettent le virus dans les deux régions ». « On sait quelles tiques transmettent la maladie, c'est déjà reconnu d'un point de vue scientifique, mais on cherche à savoir s'il y en a d'autres qu’on pourrait identifier. L’ensemble des données vont ensuite nous permettre de modéliser la dynamique de cette maladie et de mieux comprendre son évolution afin de faire des prévisions de futurs foyers épidémiques. Aujourd’hui, on peut être infecté par la piqûre d’une tique mais aussi si on est en contact avec des animaux contaminés, par exemple dans un abattoir, ou si un professionnel de santé est en contact avec un patient et mal protégé. »

Si la population a aujourd’hui peu de risques d’être contaminée par la maladie, notamment parce que « le personnel des abattoirs est bien protégé et que la maladie se transmet via un vecteur, donc elle est moins contagieuse que le Covid par exemple qui se transmettait par les voies respiratoires », la chercheuse alerte sur un phénomène qui pourrait s’intensifier au fil des années. « Si la population des tiques augmente à cause du changement climatique, et on s’attend vraiment à ça, il pourrait y avoir une augmentation de la circulation virale et donc du risque d'exposition de la population humaine. Notre objectif est vraiment d'éviter cette apparition des premiers cas, et ça passe par la compréhension du cycle épidémiologique de cette maladie et la mise en place de mesures de prévention. » Pour échanger autour du virus, les chercheurs de l’Université de Corse ont retrouvé leurs partenaires il y a quelques jours pour une journée dédiée « à la présentation de résultats ». Un événement qui permet « d’accroître la cohésion et l'inter-connectivité des différentes équipes de recherche ».