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La Corse invitée aux Assises du Journalisme de Tours : Les médias corses sont-ils exemplaires ?


le Mercredi 14 Mars 2018 à 23:55 | Modifié le Jeudi 15 Mars 2018 - 16:59


Pourquoi peut-on parler d'une "exemplarité des médias corses " ? Cette île-montagne est un territoire qui "révèle les journalistes, avec lequel on ne triche pas". Ici, fonctionne aussi un "CSA naturel », expression d'un lien profond entre la société corse et ses médias. Une donnée locale qui impacte aussi le traitement, parfois excessif, de l'actualité corse par les médias nationaux.
Comment les journalistes insulaires exercent-ils leur métier? En amont d’un atelier aux Assises du Journalisme de Tours du et un focus ce jeudi 15 Mars sur les médias corses- UCP2F-Club de la Presse de Corse, voici les enjeux d’information vécus par quatre journalistes insulaires engagés avec passion au quotidien : Michele Castellani (RCFM), Henri Mariani ( France3 Corse Via Stella), Patrice Roubaud (TF1), Pierre-Louis Alessandri (RCFM). A Tours sont présents Thierry Pardi (président du Club de la Presse Corse, rédacteur en chef France 3 Corse Via Stella), Nicole Mari (CorseNetInfos), Fabrice Laurent (Corse Matin).


La Corse invitée aux Assises du Journalisme de Tours : Les médias corses sont-ils exemplaires ?
Pourquoi dit-on que la Corse est une île où l’on ressent une juxtaposition de « deux géographies, l’une physique, l’autre mentale », une île où « tout se sait »? L’actualité politique s’y déploie, elle-même héritière d’une riche histoire politique datant du Siècle des Lumières de Pasquale Paoli et Napoléon Bonaparte.    

Radio (s), télévision (s), sites en pure player, magazines de presse écrite plus agences et correspondants, plus twitter et FaceBook : les médias insulaires, publics et privés évoluent avec succès sur toute la gamme des réseaux, des formules, des formats. Les Corses adorent l’information et les médias insulaires sont tous en quête d’une présence numérique plus affirmée. 

Dans le domaine du numérique pur : le superchampion reste Corse Net Infos. Né en 2011 il a totalisé 5 millions de visiteurs et 32 millions de pages vues en 2017, plus 51 000 abonnés Facebook et 18 000 followers Twitter ! Charles Monti le fondateur précise : « avec notre reconnaissance officielle par la Commission paritaire des publications et agences de presse et le cercle de nos lecteurs qui s’élargit, nous abordons l’avenir avec sérénité. CNI est devenu, comme ses confrères régionaux, un média incontournable avec un potentiel d'évolution incontestable. ». 

Côté télévision publique régionale, Henri Mariani Rédacteur en Chef Adjoint France3 Corse Via Stella précise les enjeux d’information: «Il y a dix ans Corsica Sera, le JT régional France 3 Corse, était la grand-messe, la télévision cérémoniale, c’est fini tout ça !  A la conférence de rédaction, on est conscient que les gens sont abreuvés via Facebook, Twitter, les chaînes d’infos. Que leur apporter de plus à 19h, quelle plus-value éditoriale? Avant on tournait le sujet, on rentrait, on était les rois du pétrole ! Les gens, les yeux braqués sur le poste, pensaient vivement ce soir qu’on nous raconte! Maintenant dans la rue, les téléspectateurs nous disent, ça on le savait déjà, ça on l’a déjà entendu ! Pour imaginer et construire la chaîne de demain, la question est à qui allons-nous parler, comment et de quoi ? » 

Cette problématique, non spécifique à la Corse concerne les rédactions locales et régionales. Elle se conjugue ici, avec un contexte historique et politique, unique incluant l’insularité. Le Statut Particulier (1982) a donné naissance à une Assemblée de Corse, à une Collectivité Territoriale. En 1983 sont nés aussi Rcfm et France 3 Corse, médias publics accumulant, des audiences record assorties d’un lien vivant unissant les rédactions à leurs publics.

 

Michelle Castellani, Rédactrice en chef Radio Corse Frequenza Mora, même décryptage des enjeux d’information, adossé à un attachement profond du public qui introduit un corollaire, un « particularisme ». Dans l’île, tout se tient, tout se sait, toute surenchère ou erreur des médias publics locaux (rarissimes) seraient immédiatement repérées. Comme si un CSA naturel, une veille était censés éviter dérapage ou approximation. M. Castellani : « faire de l’information en Corse n’est pas différent d’ailleurs, l’exigence de rigueur est la même. Mais ce souci de croisement des sources, cette déontologie est ici, valorisée comme intériorisée. Le public s’informe sur Twitter et FaceBook et nous, journalistes du service public, devons d’autant plus vérifier nos infos. L’enjeu est démocratique. »

Comment cette exigence se vit-elle? M. Castellani : « nous sommes comme les autres médias surveillés par le CSA, sauf que nous, ici on en rit un peu ! En Corse, on est toute l’année, dans cette surveillance de nous -mêmes. Nous avons vécu 30 ans d’histoire de la Corse, dites les années de plomb. En 83, il n’y avait aucune possibilité pour les gens de s’exprimer. Avec la  libération des ondes et les radios locales, un appel d’air formidable, les Corses découvraient la possibilité de diffuser idées et opinions, tranquillement, sereinement. Notre exigence de rigueur a apporté un apaisement, qui a dégonflé des situations tendues, circonscrite au niveau politique avec le nationalisme, les bombes, le Flnc. La société corse qui avait été bousculée, désorientée.»

Peut-on parler d’une exemplarité des médias corses ? M. Castellani : « oui nous avons traité en Corse,une actualité que peu de régions ont vécu. On a tous la même carte de presse mais ici c’est plus intense. C’est le sens du mot employé: exemplarité. » Autre décodage, il y a en Corse selon Michele Castellani deux géographies juxtaposées, l’une mentale, l’autre physique : « avec des  émissions comme Mediterradio et Kantara, la Méditerranée est aussi notre préoccupation constante. Rappeler la réalité insulaire, la Corse existe dans un double espace, complexe, enthousiasmant, nous soupesons en permanence cette double appartenance. »

Difficile quasiment impossible d’imaginer ce que signifie une île-montagne d’où les décalages répétés entre l’actualité insulaire relayée par les médias locaux, et les mêmes factuels relayés par les médias nationaux.

 

« Les journalistes corses vont au contact comme sur un ring.» Patrice Roubaud Correspondant TF1 basé à Ajaccio : « la Corse vit une intense mutation économique, avec à Ajaccio et Bastia, de gigantesques zones commerciales. En tant que journalistes, on est passé des conférences dans le maquis aux verdicts des urnes. » 

Comment évolue le traitement de l’actualité corse par les médias nationaux ? P. Roubaud : « les clichés régressent. Avant on discutait du mythe des cagoules, de la clandestinité. Maintenant les échanges portent sur les villages, les pieve, la montagne, les réserves naturelles, le travail des agents de la protection de la nature, le « riaquistu ». La Corse est une terre où l’on se révèle ! Une terre où l’on ne triche pas, tout se sait, rien n’y est simple. Les journalistes ici sont engagés avec sincérité sur tous les sujets. Ils vont au contact comme sur un ring ! » 

Henri Mariani confirme : « Notre différence ? Ici, nous avons traité des assassinats, du grand banditisme, des nuits bleues, des conférences de presse clandestines, du secours en montagne, des incendies, des conflits sociaux dans le maritime, des grêves et d’un processus politique en cours. Qui peut se prévaloir d’en avoir fait autant au quotidien ? »

 

Immergé depuis des années dans cette actualité insulaire intense, Pierre-Louis Alessandri, ex-rédacteur en chef Rcfm, médite sur l’hypothèse d’une exemplarité des médias corses...

Pierre-Louis Alessandri : « Les journalistes corses, environ 190 cartes de presse, traduisent correctement ce qu’est la Corse. Mais les réseaux sociaux, ne reproduisent pas l’exercice journalistique. L’info est une chose, le journalisme en est une autre. Il est une manière pédagogique dont on fait comprendre l’événement, dont on restitue le flux quotidien, historique. C’est une maïeutique. Chaque jour un travail nouveau est donné sur le vécu. La maïeutique, une manière d’approcher, de créer, de produire quelque chose de nouveau chaque jour, c’est une nouvelle naissance et ça c’est le journalisme ! »

Thème rebattu, celui des poncifs de la presse parisienne.  Pierre-Louis Alessandri insiste sur le lien des Corses avec leurs médias et leurs informations locales : « la presse parisienne, notez je ne dis pas presse nationale, donne de la Corse un rendu qui n’est pas faux, mais produit une analyse, loin de refléter la réalité insulaire ! Depuis Paris c’est un système de carte postale. Le romantisme politique est incarné par les nationalistes et les journalistes parisiens veulent absolument démontrer que la Corse verse dans l’indépendantisme, même si la réalité dit le contraire ! Sur la nouvelle Collectivité Unique, je n’ai rien lu, ni rien entendu. Dans les grands médias, il n’est question que de l’autonomie, que de l’indépendance, l’enjeu véritable est masqué . "   

Autre sujet jamais traité par les médias dominants: le sous-équipement de l'île. P.-L. Alessandri : La corse n'échappe pas aux problématiques, aux crises subies par  les autres régions. Ici un le taux de chômage le plus élevé de France idem pour le pourcentage de pauvreté. Plus un réseau routier qui rend difficile les communications internes et les échanges économiques , sociaux ou humains entre Bastia et Ajaccio. »

D’où vient ce « particularisme corse » qui, selon P.-L. Alessandri, impacte directement le ton des médias continentaux et parfois leurs approximations et contre-vérités jamais rectifiées? Observant les emballements sur la rixe de Sisco ou les émeutes des Jardins de l’Empereur, P.-L. Alessandri propose une piste qui intègre, en toile de fond, la façon spécifique dont les Corses consomment l’information…

P.-L. Alessandri : « selon les statistiques, en Corse on lit la presse plus qu’ailleurs. Concernant les Jardins de l’Empereur ,la manière dont est informée l'opinion française, devient de fait, un particularisme qui fausse l’événement lui-même ! Et il existe un a-priori au sujet de la Corse.De plus, la manière dont les Corses eux-mêmes s’emparent des événements, leurs réactions, intéressent fortement les médias français. Ici les gens ne sont pas passifs face aux événements... sauf que la traduction dans les médias nationaux n’est pas toujours en rapport avec la réalité. »

Liliane Vittori




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