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Grève des pilotes d’Air Corsica : les syndicats appellent à cesser le travail, la compagnie mobilise des affrètements


Patrice Paquier Lorenzi le Jeudi 8 Octobre 2026 à 19:23

À la veille du début du mouvement de grève, le SNPL et le SPAC accusent la direction d’Air Corsica de ne pas avoir formulé de proposition satisfaisante après deux années de « sacrifices » imposés aux pilotes. La compagnie annonce de son côté un dispositif d’affrètements exceptionnel, avec des horaires adaptés et des acheminements par bus, pour maintenir un maximum de liaisons à partir de vendredi.



Grève des pilotes d’Air Corsica : les syndicats appellent à cesser le travail, la compagnie mobilise des affrètements

Le bras de fer se durcit à Air Corsica. Alors qu’un préavis de grève couvre la période du 9 au 16 octobre, les deux organisations représentant les pilotes, le Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) et le Syndicat des pilotes de l’aviation civile (SPAC), appellent désormais les personnels navigants techniques à cesser le travail. Huit jours après le dépôt du préavis, les syndicats estiment qu’aucune proposition de la direction n’est de nature à régler le différend. « Nous en sommes au même point : toujours aucune proposition satisfaisante », écrivent-ils dans un communiqué commun. Ils accusent également la direction de préférer « mettre de l’huile sur le feu » plutôt que de rechercher un dernier compromis.
 

Les pilotes contestent en particulier la présentation faite par l’entreprise des augmentations envisagées en 2027. Alors que la direction évoque des hausses représentant plusieurs milliers d’euros, le SNPL et le SPAC assurent que leurs adhérents ont surtout perdu du pouvoir d’achat, en raison de deux années de gel des salaires, de la suppression de jours de congés et de l’inflation. Ils soulignent par ailleurs que les revalorisations annoncées seraient, selon eux, reportées : une première moitié de sept mois, puis le solde de douze mois.
 

« La véritable question n’est pas de savoir combien les pilotes réclament, mais combien ils ont déjà perdu », affirment les deux syndicats. Lors de la dernière réunion, ils indiquent avoir accepté d’envisager un compromis, malgré ce qu’ils qualifient de « volte-face » de la direction sur les chiffres, en contrepartie de la restitution des congés supprimés. Une proposition qui aurait, selon eux, été refusée.
 

Les ATR au cœur de la colère des pilotes

Le communiqué syndical relie directement le conflit salarial à la crise qui frappe actuellement la flotte ATR de la compagnie. Les pilotes dénoncent « deux années de gestion défaillante des fume events », ces événements liés à des odeurs ou fumées anormales à bord. Ils estiment que les alertes répétées des équipages ont conduit à la situation actuelle : l’immobilisation de cinq ATR sur sept et la perspective d’un recours à l’activité partielle pour une partie des personnels.
 

La direction d’Air Corsica explique, elle, que cette activité partielle résulte de l’immobilisation préventive des appareils et qu’elle a proposé un dispositif permettant de limiter les pertes de rémunération des pilotes concernés. Une réponse que les syndicats refusent de voir intégrée aux négociations salariales. « Nous refusons catégoriquement que la garantie intégrale des rémunérations des pilotes concernés puisse devenir un moyen de pression dans les négociations salariales », écrivent-ils.
 

Les deux organisations mettent également en cause l’opération de restructuration « Tocca à Noi ». Elles dénoncent une dégradation de certains services, notamment dans les escales et à la direction des opérations, ainsi que le transfert à des prestataires extérieurs, tels qu’Alysia, d’activités jusqu’alors assurées par des salariés corses. « Est-ce ainsi que l’on prétend défendre une compagnie corse et ses emplois ? », interrogent-elles.
 

Tout en assurant être « profondément attachés à Air Corsica, à son avenir et à la population insulaire », les pilotes disent mesurer les conséquences du mouvement pour les passagers. Ils estiment toutefois ne pas avoir d’autre choix. « Les pilotes ont déjà payé. Ils refusent aujourd’hui de payer une seconde fois les conséquences des choix de leur direction », concluent le SNPL et le SPAC.
 

Des affrètements et des bus pour limiter les perturbations

Face au mouvement annoncé, Air Corsica indique de son côté avoir mis en œuvre « des moyens exceptionnels » pour préserver la continuité des liaisons. La compagnie dit regretter profondément les perturbations à venir pour les voyageurs, dans un contexte déjà marqué par l’immobilisation prolongée d’une partie de sa flotte ATR. Pour la journée de vendredi et les jours suivants, elle a mis en place un dispositif d’affrètements reposant sur plusieurs compagnies françaises et européennes. Des modifications d’horaires ont toutefois été nécessaires, les appareils ayant dû être trouvés dans des délais très courts. La compagnie souligne que les aéroports d’Ajaccio et de Calvi imposent des qualifications spécifiques aux équipages. Une contrainte qui limite le nombre de compagnies pouvant être mobilisées sur ces plateformes. L’essentiel des appareils affrétés a donc été positionné sur les lignes desservant Bastia et Figari.
 

Air Corsica prévoit, en conséquence, des solutions d’acheminement par bus depuis ou vers les aéroports concernés afin de permettre aux passagers de rejoindre leur destination. Les voyageurs affectés par une modification de leur programme doivent être contactés individuellement et informés au fur et à mesure de l’évolution de la situation. Alors que la grève doit débuter vendredi, les deux parties campent donc, pour l’heure, sur leurs positions. Les syndicats réclament un véritable compromis sur les salaires et la restitution des congés supprimés ; la direction affirme mobiliser ses moyens pour maintenir le plus grand nombre possible de vols et assurer la continuité du service public aérien.