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Ghjurnate Internaziunale di Corti - Unité autour de la notion de « décolonisation »


Mario Grazi le Samedi 8 Août 2026 à 17:18

Ces 45e Ghjurnate Internaziunale di Corti se sont ouvertes ce samedi matin sur fond du 50e anniversaire du FLNC, qui est d’ailleurs intervenu dans le courant de la semaine pour affirmer son opposition à l’autonomie, telle que votée par l’Assemblée Nationale. Les représentants de dix nations « colonisées » se sont exprimés au cours d’une conférence de presse où tous ont d’abord rendu hommage à Jean-Marc Rodriguez, ancien maire de Poghju di Venacu, disparu il y a quelques mois et grand artisan de la création du Front International de Décolonisation.



Grazi Ritratti
Grazi Ritratti
C’est par une minute de silence en mémoire de Jean-Marc Rodriguez que devait débuter la conférence de presse des représentants des dix nations invitées à l’occasion des 45e Ghjurnate Internaziunale di Corti.
Sous le chapiteau installé à l’entrée de la citadelle de Corte, avaient pris place Laura Borras, (Catalogne), ancienne ministre de la culture du gouvernement catalan et ancienne présidente du Parlement Catalan, Conxita Bosch et Jordi Mirò (Estat Català), Dimitri Qenegei (Kanaky), Jean-Jacob Bicep (Union Populaire pour la Libération de la Guadeloupe), Francis Carole (Parti pour la Libération de la Martinique), Cindy Pollux (Guyane, Mouvement de décolonisation et d’émancipation Sociale), Sadia Assoumany (Comores), Dihya Harouni et le président Ferhat Mehenni  (Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie), Simone Maulu (Republica Sardaigne), Maria Maddalena Agus (Sardigna Natzione), Francesco Marsala (Sicilia-Catalunya) et Amélie Barrely (Bretagne, Douar Ha Frankiz).


Après avoir présenté ces nouvelles Ghjurnate, Petr’Antò Tomasi donnait la parole à Laura Borras qui expliquait avoir été victime de la répression de l’Etat Espagnol dans le cadre du processus d’indépendance de la Catalogne « qui n’est pas fini.» «J’ai été jugée et condamnée sans preuve à plus de 4 ans de prison et à 13 ans d’inéligibilité, ainsi qu’à une amende de plus 30 000 euros ». Une peine pour laquelle le gouvernement espagnol a commué une petite partie de celle-ci si elle renonçait à ses convictions d’indépendantise:  « mais je refuse d’être rééduquée et il n’est pas question de renoncer à ce que je suis à savoir être Catalane et indépendantiste ». Laura Borras s’exprimera longuement ce dimanche, lors du débat consacré à l’autonomie de la Corse. Elle évoquera ainsi l’autonomie de la Catalogne.


Estat Català, par la voix de Conxita Bosch, rappelait la longue histoire qui unit les indépendantistes corses et ceux de Catalogne, une histoire qui remonte à 1926 à travers la lutte des Catalans contre la dictature de Primo de Rivera à travers le complot séparatiste de Prats de Mollò conduit par Francesco Macià. Ce fut l’occasion pour elle d’évoquer les premiers liens tissés entre les deux peuples « puisque les Corses ont accueilli les réfugiés catalans à cette époque que ce soit à Bastia ou dans le Cap Corse. 100 ans d’histoire unissent nos deux pays et nous participons aux Ghjurnate depuis 1988. D’ailleurs c’est le grand avocat de Moro Giafferi qui intervint à travers un remarquable plaidoyer contre le fascisme ».
Elle a ensuite exprimé sa « solidarité envers le FLNC qui fête ses 50 ans et qui a exprimé son opposition à l’autonomie de la Corse envisagée par Paris. Une autonomie à minima contre laquelle il faut lutter ».
Enfin, Conxita Bosch a invité les militants insulaires à venir à Barcelone le 11 septembre prochain, jour de la Fête Nationale de la Catalogne, pour participer à la grande manifestation pour revendiquer l’indépendance du pays !


Les représentants de la Guyane, de la Guadeloupe et de la Martinique dénonçaient quant à eux une colonisation de peuplement « exacerbée de la part de l’Etat Français poussant nos jeunes à quitter nos pays au profit de la venue d’Européens. C’est un processus colonial impitoyable contre lequel nous nous battons chaque jour, sans compter que l’Etat utilise également une nouvelle technique pour assouvir nos peuples, celle de la drogue, technique de corruption de nos sociétés… Nous sommes des peuples, des nations et nous avons le droit d’exister tel que défini par l’ONU dans la liste des territoires à décoloniser ».



Dimitri Qenegei, pour le FLNKS, portait une nouvelle fois la voix du « peuple Kanak dont le combat est identique au peuple Corse, celui de la dignité, celui de la liberté, celui des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Le porte-parole du FLNKS dénonçait la dépossession foncière mais surtout la « volonté de l’Etat Français de diluer notre peuple dans un corps électoral élargi pour mieux étouffer notre droit à l’autodétermination. Nous serons toujours debout pour obtenir notre indépendance et c’est tout le sens de l’insurrection de mai 2024. Notre peuple s’est levé par amour de sa terre pour dire non au dégel unilatéral du corps électoral. La répression coloniale ne connait de frontière. Elle cherche toujours à criminaliser la légitime volonté des peuples à accéder à leur liberté, à transformer des militants en délinquants. L’Etat propose une évolution statutaire, mais vide de toute substance, comme pour la Corse. Et les accords de Bougival ont été signés le 15 juillet sans aucune légitimité. Notre mouvement a rejeté ce projet, lors de notre congrès extraordinaire, puisqu’il fait disparaître le peuple Kanak au profit d’un simple peuple calédonien. La lutte continue pour un état souverain car l’autonomie ce n’est pas la liberté. Ni la Corse ni la Kanaky ne seront rayées de l’histoire par le jeu d’une écriture juridique ».


Enfin, Dihya Harouni intervenait au nom du Mouvement pour l’Autodétermination de la Kabylie qui a proclamé l’indépendance de la Kabylie le 14 décembre dernier à Paris, en présence de Jean-Guy Talamoni et d’Alain Simoni. A travers cette proclamation, le MAK a décidé de prendre son destin en main en menant, dans le même temps, des rencontres politiques à travers le monde comme en Angleterre, au Canada ou encore en Israël « où notre peuple a été reconnu dans son droit », a soutenu Dihya Harouni. En réponse à cette autoproclamation de la République Fédérale de Kabylie, l’Etat Algérien a mené « une vaste campagne de répression ponctuée par l’emprisonnement de militants pacifiques et des condamnations à mort de nombreux opposants d’opinion. Cela n’entame en rien notre volonté de poursuivre notre combat pacifique pour notre indépendance et contre la dictature algérienne », a conclu Dihya Harouni.