Selon une récente étude de l’Insee, une personne sur trois issue d’un ménage agricole vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté en Corse. Et lorsque l’agriculture constitue la seule source de revenus du foyer, la proportion dépasse même une personne sur deux. Des chiffres particulièrement parlants que la MSA de Corse a tenu à mettre en avant ce mardi après-midi, à l’occasion de la venue dans l’île d’Olivier Damaisin, coordinateur national interministériel du plan de prévention du mal-être agricole.
« Quand on relève ce genre de données, on vient de poser les jalons du début du mal-être agricole », déplore Jean-Baptiste Cantini, président de la MSA de Corse. Car si ce mal-être ne peut évidemment pas se résumer à la seule question des revenus, pour lui, ces chiffres permettent de mieux comprendre certaines des fragilités auxquelles sont aujourd’hui confrontés les exploitants insulaires. D’autant qu’en Corse, 9 exploitations sur 10 sont de petites exploitations. « Et une petite exploitation n’affrontera jamais les crises comme les plus grosses », souligne-t-il. Or, depuis plusieurs années, celles-ci doivent justement composer avec une succession de difficultés qui ne leur laisse que peu de répit. Sécheresse, incendies, crises sanitaires ou encore hausse des charges viennent ainsi fragiliser des exploitations particulièrement fragiles. « Les trésoreries sont au plus bas », assure Jean-Baptiste Cantini. « Les petites exploitations corses n’ont pas la trésorerie pour investir demain, pour se préparer au réchauffement climatique. Elles n’ont même pas la trésorerie pour vivre aujourd’hui et remplir les frigidaires. Cela, c’est une réalité », souffle-t-il.
À cela viennent encore s’ajouter les contraintes de l'insularité et de la montagne, mais aussi l’isolement auquel peuvent être confrontés certains agriculteurs. Autant de difficultés qui peuvent finir par peser lorsqu’elles s’ajoutent les unes aux autres. « Le mal-être agricole est multifactoriel », insiste Bruna Guidicelli, responsable de l’action sanitaire et sociale de la MSA de Corse, également chargée de la prévention du mal-être agricole. « Cela va être des soucis financiers, des problèmes de transmission parfois, le fait de faire face aux aléas climatiques, aux incendies... On voit que les exploitants n’ont pas été épargnés par l’actualité ».
Une situation « jamais vue »
Des difficultés dont Olivier Damaisin est venu prendre directement la mesure. Durant tout le mois de septembre, le coordinateur national interministériel du plan de prévention du mal-être agricole effectue une tournée des régions françaises afin d’aller à la rencontre des acteurs du monde agricole et de faire remonter les problématiques rencontrées sur le terrain. Et après la présentation réalisée ce mardi par la MSA de Corse, il reconnaît avoir découvert des particularités insulaires dont il ne mesurait pas totalement l’ampleur. « Je savais qu’il y avait des spécificités pour l’agriculture corse, bien évidemment, mais pas autant », confie-t-il. Parmi elles, il relève notamment les revenus, mais aussi les difficultés d’accès aux soins dans une île où les déserts médicaux sont nombreux et les distances importances. Autant de contraintes qui alourdissent le quotidien des agriculteurs insulaires.
Pour autant, le mal-être qui gagne le monde agricole est loin de se limiter à la Corse. Au fil de ses déplacements, Olivier Damaisin dit retrouver partout une profession confrontée à une accumulation de crises. « Les anciens du ministère de l’Agriculture me disent régulièrement qu’avant, il y avait une crise agricole par trimestre. Là, il y en a plus d’une par mois », déplore-t-il. Après un été une nouvelle fois marqué par la sécheresse, les fortes chaleurs, et les incendies, une nouvelle inquiétude s’est d’ailleurs ajoutée aux précédentes. Olivier Damaisin parle désormais d’un véritable « mal-être agricole climatique ». « Toutes les difficultés qu’il y avait déjà jusqu’à présent sur l’agriculture française vont être amplifiées par rapport à cette situation. Il ne faut pas se voiler la face », prévient-il. Et d’insister : « Cette crise que l’on vit, ce n’est pas une crise sur les crises. C’est la crise. C’est une situation qu’on n’a jamais vue ».
Repérer avant que les situations ne se dégradent
Face à ce constat, pour accompagner au mieux le monde agricole, l’un des principaux enjeux reste de parvenir à détecter les exploitants en difficulté suffisamment tôt afin d'éviter les drames. Une tâche qui n’est pas toujours évidente dans une profession où demander de l’aide reste parfois compliqué. « Et puis on connaît la pudeur en Corse. C’est vrai que cette problématique est difficile à repérer », reconnaît Bruna Guidicelli. Une pudeur qui tend néanmoins, selon elle, à s’effacer face à l’accumulation des difficultés. « Je crois que ce ras-le-bol et ce mal-être lèvent le voile sur la pudeur », estime-t-elle. Pour preuve, elle indique qu’en 2025, la cellule dédiée au mal-être de la MSA de Corse a ainsi recensé 189 signalements, alors qu’au premier semestre 2026, 99 situations lui étaient déjà remontées. « La Corse est de plus en plus touchée par ce fléau. Les facteurs sont vraiment nombreux et n’épargnent plus aucun exploitant », constate Bruna Guidicelli.
Pour tenter d’intervenir avant que les situations ne se dégradent, la MSA de Corse a donc progressivement développé plusieurs portes d’entrée. Ses différents services peuvent faire remonter les difficultés rencontrées par un exploitant avant qu’une cellule pluridisciplinaire ne coordonne, lorsque cela est nécessaire, son accompagnement. « On a essayé de mettre en place des dispositifs pour déjà faire un repérage précoce, mettre en place une prévention du mal-être agricole et enfin le traiter », explique Bruna Guidicelli. Parmi eux, le réseau de sentinelles agricoles doit permettre de repérer les premiers signes de détresse chez les exploitants et de les orienter vers les interlocuteurs adaptés. Il compte aujourd’hui 27 sentinelles et deux évaluateurs de la crise suicidaire en Corse. Un réseau qui n’a toutefois pas été simple à constituer. « On essaye de le déployer depuis quelques temps et on y parvient enfin en 2026, mais ça a été très laborieux », reconnaît Bruna Guidicelli. La MSA souhaite désormais aller plus loin et former d’autres acteurs qui, par leur activité, sont régulièrement en contact avec les agriculteurs, parmi lesquels les vétérinaires, les élus de la caisse ou encore l’ODARC.
À côté de ce travail de repérage, plusieurs dispositifs permettent également d’intervenir lorsque les difficultés sont déjà installées. C’est notamment le cas de l’aide au répit, destinée aux exploitants confrontés à un risque d’épuisement professionnel. Alors que sept dossiers avaient été accompagnés sur l’ensemble de l’année 2025, 17 l’avaient déjà été au premier semestre 2026. Une augmentation qui fait aussi apparaître certaines limites. Dans certaines filières, trouver un remplaçant susceptible de prendre temporairement le relais de l’exploitant peut s’avérer compliqué. Mais la MSA pointe surtout des moyens qui ne suivent plus totalement l’augmentation des sollicitations. « Pour répondre à cette hausse des sollicitations, le levier c’est vraiment de disposer de plus de moyens, tant financiers qu’humains », souligne Bruna Guidicelli.
Plus loin, la MSA entend également développer de nouvelles formes de prévention. Avec l’ARACT Corse, elle travaille notamment sur « A Parola Aiuta ! », un dispositif destiné aux éleveurs de 18 à 40 ans qui doit mêler sensibilisation aux risques psychosociaux et groupes de parole autour de l’épuisement, de la gestion émotionnelle ou encore de la conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle.
« On attend de l’équité en termes de traitement »
Mais pour Jean-Baptiste Cantini, prévenir le mal-être agricole implique aussi de s’attaquer aux difficultés qui l’alimentent. Et à deux jours d’un nouveau rassemblement du monde agricole, prévu jeudi devant les préfectures d’Ajaccio et Bastia, le président de la MSA de Corse a profité de la venue d’Olivier Damaisin pour lui rappeler les attentes des exploitants insulaires. « Je lui ai rappelé que nous sommes en attente de réponses politiques fortes. Aujourd’hui, il faut savoir si l’État est un obstacle ou si l’État doit être un partenaire dans le développement de la Corse et dans le développement de son agriculture », pose-t-il.
Dans son viseur notamment, le plan CASI et son enveloppe d’environ 1,3 million d’euros annoncée face aux conséquences de la sécheresse. Un montant qu’il juge très éloigné des pertes subies par les exploitants. « On demande des solutions concrètes. 1,3 million, c’est l’aumône », lâche le président de la MSA de Corse. Selon les estimations de la Chambre d’agriculture, les seules pertes liées au fourrage dépasseraient en effet déjà les 5 millions d’euros sur l’île. Mais au-delà des réponses à apporter à la sécheresse, Jean-Baptiste Cantini réclame surtout un changement de paradigme. « Aujourd’hui, ce que l’on attend, c’est de prendre réellement en compte les spécificités de la Corse », martèle-t-il. Le président de la MSA pointe notamment une sécheresse qui n’est, selon lui, plus occasionnelle mais désormais « structurelle », à laquelle viennent s’ajouter l’insularité et la topographie montagneuse de l’île. « Aujourd’hui, ce n’est pas ce que l’on attend d’être traités comme n’importe quelle région française, par des règles proportionnelles, par des règles statistiques. On attend de l’équité en termes de traitement et une adaptation à nos problèmes », insiste-t-il.
Pour le président de la MSA Corse, ces difficultés ne sont d'ailleurs pas sans conséquences sur le mal-être des agriculteurs. Sans établir de lien mécanique entre difficultés financières et suicide, Jean-Baptiste Cantini estime que la fragilisation économique des exploitations peut participer à faire basculer des situations déjà complexes. « On ne se suicide pas que pour un problème de trésorerie. C’est multifactoriel. Mais les problèmes de trésorerie accélèrent le passage à l’acte ».
Un constat qui renvoie finalement à la nécessité, pour Olivier Damaisin, de ne pas chercher une réponse unique à des situations multiples. « Il faut qu’on fasse de la dentelle pour accompagner les agriculteurs, qu’on aille dans le détail de chaque cas », estime-t-il. Le coordinateur interministériel assure en tout cas repartir de Corse avec les éléments présentés ce mardi par la MSA et l’intention de les faire remonter au niveau national. « Mon rôle, c’est d’alerter et de dire que cette situation n’est pas banale », souligne-t-il. Avant de conclure : « Il faut se parler vrai pour éviter les drames ».
« Quand on relève ce genre de données, on vient de poser les jalons du début du mal-être agricole », déplore Jean-Baptiste Cantini, président de la MSA de Corse. Car si ce mal-être ne peut évidemment pas se résumer à la seule question des revenus, pour lui, ces chiffres permettent de mieux comprendre certaines des fragilités auxquelles sont aujourd’hui confrontés les exploitants insulaires. D’autant qu’en Corse, 9 exploitations sur 10 sont de petites exploitations. « Et une petite exploitation n’affrontera jamais les crises comme les plus grosses », souligne-t-il. Or, depuis plusieurs années, celles-ci doivent justement composer avec une succession de difficultés qui ne leur laisse que peu de répit. Sécheresse, incendies, crises sanitaires ou encore hausse des charges viennent ainsi fragiliser des exploitations particulièrement fragiles. « Les trésoreries sont au plus bas », assure Jean-Baptiste Cantini. « Les petites exploitations corses n’ont pas la trésorerie pour investir demain, pour se préparer au réchauffement climatique. Elles n’ont même pas la trésorerie pour vivre aujourd’hui et remplir les frigidaires. Cela, c’est une réalité », souffle-t-il.
À cela viennent encore s’ajouter les contraintes de l'insularité et de la montagne, mais aussi l’isolement auquel peuvent être confrontés certains agriculteurs. Autant de difficultés qui peuvent finir par peser lorsqu’elles s’ajoutent les unes aux autres. « Le mal-être agricole est multifactoriel », insiste Bruna Guidicelli, responsable de l’action sanitaire et sociale de la MSA de Corse, également chargée de la prévention du mal-être agricole. « Cela va être des soucis financiers, des problèmes de transmission parfois, le fait de faire face aux aléas climatiques, aux incendies... On voit que les exploitants n’ont pas été épargnés par l’actualité ».
Une situation « jamais vue »
Des difficultés dont Olivier Damaisin est venu prendre directement la mesure. Durant tout le mois de septembre, le coordinateur national interministériel du plan de prévention du mal-être agricole effectue une tournée des régions françaises afin d’aller à la rencontre des acteurs du monde agricole et de faire remonter les problématiques rencontrées sur le terrain. Et après la présentation réalisée ce mardi par la MSA de Corse, il reconnaît avoir découvert des particularités insulaires dont il ne mesurait pas totalement l’ampleur. « Je savais qu’il y avait des spécificités pour l’agriculture corse, bien évidemment, mais pas autant », confie-t-il. Parmi elles, il relève notamment les revenus, mais aussi les difficultés d’accès aux soins dans une île où les déserts médicaux sont nombreux et les distances importances. Autant de contraintes qui alourdissent le quotidien des agriculteurs insulaires.
Pour autant, le mal-être qui gagne le monde agricole est loin de se limiter à la Corse. Au fil de ses déplacements, Olivier Damaisin dit retrouver partout une profession confrontée à une accumulation de crises. « Les anciens du ministère de l’Agriculture me disent régulièrement qu’avant, il y avait une crise agricole par trimestre. Là, il y en a plus d’une par mois », déplore-t-il. Après un été une nouvelle fois marqué par la sécheresse, les fortes chaleurs, et les incendies, une nouvelle inquiétude s’est d’ailleurs ajoutée aux précédentes. Olivier Damaisin parle désormais d’un véritable « mal-être agricole climatique ». « Toutes les difficultés qu’il y avait déjà jusqu’à présent sur l’agriculture française vont être amplifiées par rapport à cette situation. Il ne faut pas se voiler la face », prévient-il. Et d’insister : « Cette crise que l’on vit, ce n’est pas une crise sur les crises. C’est la crise. C’est une situation qu’on n’a jamais vue ».
Repérer avant que les situations ne se dégradent
Face à ce constat, pour accompagner au mieux le monde agricole, l’un des principaux enjeux reste de parvenir à détecter les exploitants en difficulté suffisamment tôt afin d'éviter les drames. Une tâche qui n’est pas toujours évidente dans une profession où demander de l’aide reste parfois compliqué. « Et puis on connaît la pudeur en Corse. C’est vrai que cette problématique est difficile à repérer », reconnaît Bruna Guidicelli. Une pudeur qui tend néanmoins, selon elle, à s’effacer face à l’accumulation des difficultés. « Je crois que ce ras-le-bol et ce mal-être lèvent le voile sur la pudeur », estime-t-elle. Pour preuve, elle indique qu’en 2025, la cellule dédiée au mal-être de la MSA de Corse a ainsi recensé 189 signalements, alors qu’au premier semestre 2026, 99 situations lui étaient déjà remontées. « La Corse est de plus en plus touchée par ce fléau. Les facteurs sont vraiment nombreux et n’épargnent plus aucun exploitant », constate Bruna Guidicelli.
Pour tenter d’intervenir avant que les situations ne se dégradent, la MSA de Corse a donc progressivement développé plusieurs portes d’entrée. Ses différents services peuvent faire remonter les difficultés rencontrées par un exploitant avant qu’une cellule pluridisciplinaire ne coordonne, lorsque cela est nécessaire, son accompagnement. « On a essayé de mettre en place des dispositifs pour déjà faire un repérage précoce, mettre en place une prévention du mal-être agricole et enfin le traiter », explique Bruna Guidicelli. Parmi eux, le réseau de sentinelles agricoles doit permettre de repérer les premiers signes de détresse chez les exploitants et de les orienter vers les interlocuteurs adaptés. Il compte aujourd’hui 27 sentinelles et deux évaluateurs de la crise suicidaire en Corse. Un réseau qui n’a toutefois pas été simple à constituer. « On essaye de le déployer depuis quelques temps et on y parvient enfin en 2026, mais ça a été très laborieux », reconnaît Bruna Guidicelli. La MSA souhaite désormais aller plus loin et former d’autres acteurs qui, par leur activité, sont régulièrement en contact avec les agriculteurs, parmi lesquels les vétérinaires, les élus de la caisse ou encore l’ODARC.
À côté de ce travail de repérage, plusieurs dispositifs permettent également d’intervenir lorsque les difficultés sont déjà installées. C’est notamment le cas de l’aide au répit, destinée aux exploitants confrontés à un risque d’épuisement professionnel. Alors que sept dossiers avaient été accompagnés sur l’ensemble de l’année 2025, 17 l’avaient déjà été au premier semestre 2026. Une augmentation qui fait aussi apparaître certaines limites. Dans certaines filières, trouver un remplaçant susceptible de prendre temporairement le relais de l’exploitant peut s’avérer compliqué. Mais la MSA pointe surtout des moyens qui ne suivent plus totalement l’augmentation des sollicitations. « Pour répondre à cette hausse des sollicitations, le levier c’est vraiment de disposer de plus de moyens, tant financiers qu’humains », souligne Bruna Guidicelli.
Plus loin, la MSA entend également développer de nouvelles formes de prévention. Avec l’ARACT Corse, elle travaille notamment sur « A Parola Aiuta ! », un dispositif destiné aux éleveurs de 18 à 40 ans qui doit mêler sensibilisation aux risques psychosociaux et groupes de parole autour de l’épuisement, de la gestion émotionnelle ou encore de la conciliation entre vie personnelle et vie professionnelle.
« On attend de l’équité en termes de traitement »
Mais pour Jean-Baptiste Cantini, prévenir le mal-être agricole implique aussi de s’attaquer aux difficultés qui l’alimentent. Et à deux jours d’un nouveau rassemblement du monde agricole, prévu jeudi devant les préfectures d’Ajaccio et Bastia, le président de la MSA de Corse a profité de la venue d’Olivier Damaisin pour lui rappeler les attentes des exploitants insulaires. « Je lui ai rappelé que nous sommes en attente de réponses politiques fortes. Aujourd’hui, il faut savoir si l’État est un obstacle ou si l’État doit être un partenaire dans le développement de la Corse et dans le développement de son agriculture », pose-t-il.
Dans son viseur notamment, le plan CASI et son enveloppe d’environ 1,3 million d’euros annoncée face aux conséquences de la sécheresse. Un montant qu’il juge très éloigné des pertes subies par les exploitants. « On demande des solutions concrètes. 1,3 million, c’est l’aumône », lâche le président de la MSA de Corse. Selon les estimations de la Chambre d’agriculture, les seules pertes liées au fourrage dépasseraient en effet déjà les 5 millions d’euros sur l’île. Mais au-delà des réponses à apporter à la sécheresse, Jean-Baptiste Cantini réclame surtout un changement de paradigme. « Aujourd’hui, ce que l’on attend, c’est de prendre réellement en compte les spécificités de la Corse », martèle-t-il. Le président de la MSA pointe notamment une sécheresse qui n’est, selon lui, plus occasionnelle mais désormais « structurelle », à laquelle viennent s’ajouter l’insularité et la topographie montagneuse de l’île. « Aujourd’hui, ce n’est pas ce que l’on attend d’être traités comme n’importe quelle région française, par des règles proportionnelles, par des règles statistiques. On attend de l’équité en termes de traitement et une adaptation à nos problèmes », insiste-t-il.
Pour le président de la MSA Corse, ces difficultés ne sont d'ailleurs pas sans conséquences sur le mal-être des agriculteurs. Sans établir de lien mécanique entre difficultés financières et suicide, Jean-Baptiste Cantini estime que la fragilisation économique des exploitations peut participer à faire basculer des situations déjà complexes. « On ne se suicide pas que pour un problème de trésorerie. C’est multifactoriel. Mais les problèmes de trésorerie accélèrent le passage à l’acte ».
Un constat qui renvoie finalement à la nécessité, pour Olivier Damaisin, de ne pas chercher une réponse unique à des situations multiples. « Il faut qu’on fasse de la dentelle pour accompagner les agriculteurs, qu’on aille dans le détail de chaque cas », estime-t-il. Le coordinateur interministériel assure en tout cas repartir de Corse avec les éléments présentés ce mardi par la MSA et l’intention de les faire remonter au niveau national. « Mon rôle, c’est d’alerter et de dire que cette situation n’est pas banale », souligne-t-il. Avant de conclure : « Il faut se parler vrai pour éviter les drames ».
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