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Contrebande de tabac : en Corse, les buralistes craignent une progression du marché parallèle


Patrice Paquier Lorenzi le Vendredi 23 Octobre 2026 à 20:00

Depuis janvier 2026, la fiscalité du tabac en Corse est alignée sur celle du continent. Après l’assemblée générale des buralistes, organisée dimanche 18 octobre à Sartène, Hervé Natali, responsable des actions contre le trafic de tabac chez Imperial Brands Seita, évoque une baisse des livraisons officielles de 11 % sur l’île. Il appelle à mieux mesurer l’évolution du marché parallèle et à renforcer les moyens de lutte contre les trafics.



Contrebande de tabac : en Corse, les buralistes craignent une progression du marché parallèle

La nouvelle fiscalité du tabac commence à produire ses premiers effets sur le réseau des buralistes corses. « Depuis l’alignement des prix sur ceux du continent, en janvier 2026, les livraisons officielles auraient reculé d’environ 11 % sur l’île  », selon Hervé Natali, responsable des actions contre le trafic de tabac chez Imperial Brands Seita. Sur le continent, la baisse serait plutôt de l’ordre de 6 %. Ce recul ne permet pas, à lui seul, de mesurer précisément la progression du marché parallèle. « Ce qui nous manque pour l’instant, ce sont des données chiffrées », explique Hervé Natali. Il faudra notamment attendre les chiffres des saisies douanières en Corse et les comparer à ceux de 2025.

Les produits présentés par la douane lors de l’assemblée générale des buralistes, dimanche 18 octobre à Sartène, illustrent toutefois la diversité des circuits. Des cigarettes contrefaites et des produits authentiques venus de l’étranger ont été saisis, mais aussi des cigares, du tabac à rouler et des cigarettes électroniques. « C’est tout un tas de produits qui ne viennent pas du réseau officiel des buralistes », observe-t-il.
 

« Un trafic de fourmi »

Les produits illicites retrouvés sur l’île peuvent venir de différents pays, notamment du Luxembourg, de Serbie ou du Maghreb. Certains entrent en Corse par les ports ou les aéroports. D’autres sont envoyés par la poste, notamment à la suite de commandes sur Internet. « C’est compliqué à gérer parce qu’il y a beaucoup d’envois », souligne Hervé Natali. Il évoque aussi le « trafic de fourmi », lorsque des particuliers rapportent quelques cartouches de Sardaigne pour les revendre. Dans ce cas, les produits sont authentiques, mais échappent au réseau de distribution officiel. D’autres trafics portent sur des cigarettes contrefaites, vendues à des prix encore plus bas. Hervé Natali estime que la hausse des prix peut inciter certains consommateurs à chercher du tabac moins cher. D’autres arrêtent de fumer ou se tournent vers la cigarette électronique. Mais l’ampleur d’un éventuel transfert vers le marché parallèle reste à établir. « J’espère me tromper, mais j’ai peur que la Corse suive la même trajectoire que le continent », prévient-il.

Le responsable d’Imperial Brands Seita met également en garde contre l’implication de réseaux criminels. Certains, déjà actifs dans d’autres trafics, se diversifieraient dans le tabac. « Il y a beaucoup plus de consommateurs de tabac que de produits stupéfiants. Le revenu est extrêmement intéressant et les risques encourus sont moins importants », avance-t-il. Il cite le bilan de la douane pour 2025 : sur les 99 réseaux criminels démantelés dans différents domaines, près de 30 % auraient été liés à la contrefaçon de tabac. Il évoque également la Belgique, où douze usines clandestines de contrefaçon auraient été démantelées en 2025 et treize autres découvertes en septembre 2026.

Les enjeux sont aussi financiers. Selon les chiffres qu’il cite, le trafic de tabac représenterait plus de cinq milliards d’euros de recettes fiscales non perçues chaque année en France. À l’échelle européenne, la Cour des comptes européenne aurait évalué ce manque à gagner à 13 milliards d’euros. Les cigarettes contrefaites posent, selon lui, un problème supplémentaire pour les consommateurs, qui ne peuvent connaître la composition du tabac, du filtre ou du papier. L’achat est passible d’une amende de 135 euros, tandis que les peines encourues par les organisateurs d’un trafic varient selon les faits et peuvent atteindre dix ans de prison en cas de bande organisée.
 

« Un vrai lien social »

Pour les buralistes, la baisse des ventes légales s’ajoute à la transformation de leur activité. « Les buralistes n’ont pas attendu les hausses de prix pour se diversifier », souligne Hervé Natali. D’après les chiffres qu’il avance, 42 % des personnes qui entrent dans un bureau de tabac ne viennent pas acheter de tabac. Ces commerces assurent aussi des services financiers et postaux et contribuent, selon lui, au lien social, en particulier dans les communes rurales. Il rappelle que 43 % des buralistes sont installés dans des communes de moins de 3 500 habitants. Il plaide pour une « pause fiscale » et pour le maintien d’un réseau de proximité, estimant que le monopole de distribution accordé par l’État doit s’accompagner d’une protection effective des buralistes.

La lutte contre le trafic passe enfin, selon lui, par des moyens supplémentaires pour les douanes, la police et la gendarmerie. « Il faut beaucoup de douaniers, beaucoup de gendarmes, beaucoup de policiers », résume-t-il, afin de renforcer les contrôles et de rendre le trafic de tabac moins rentable.