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CdC : Une nouvelle mandature placée sous le signe de la construction d’une solution politique


Nicole Mari le Jeudi 1 Juillet 2021 à 21:40

C’est dans la gravité qu’a débuté la séance d’installation de la nouvelle Assemblée de Corse, issue des urnes dimanche dernier. Une installation sans surprise avec l’élection, au 1er tour de scrutin, à la majorité absolue, de Nanette Maupertuis à la présidence de l’Assemblée et celle de Gilles Simeoni à la tête du Conseil exécutif. Les 10 autres membres de ce Conseil sont, tous, issus des rangs de la liste Fa populu Inseme. Ils ont, de nouveau, prêté serment de servir l’intérêt collectif du peuple corse. Dans un long discours, Gilles Simeoni tend une main vers les autres forces nationalistes, mais sur une base assainie. Et promet des mesures rapides à horizon des cent jours.



Gilles Simeoni vent d'être élu, pour la trosième fois, président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse. Photo Michel Lucccioni.
Gilles Simeoni vent d'être élu, pour la trosième fois, président du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse. Photo Michel Lucccioni.
Les conditions sanitaires, qui se voulaient drastiques, n’ont guère empêché le public de déborder des tribunes pour l’installation de cette troisième assemblée gouvernée par les Nationalistes. L’ambiance semble plutôt attentiste, même atone, la fébrilité des deux sessions d’investiture précédentes afflue par moments sous l’impression de routine. Les élus s’installent tranquillement. A l’inverse de ce que l’on a connu auparavant, l’entrée du patron du Conseil exécutif de la Collectivité de Corse, Gilles Simeoni, passe presqu’inaperçue. L’allocution rituelle du doyen d’âge, Jean-Louis Seatelli, élu de la liste U Soffiu Novu, ne débride guère l’atmosphère. « Le nouveau-né que je suis en politique n’a jamais imaginé vivre un tel moment », débute l’avocat bastiais. « Mon cher Gilles », lance-t-il à son ancien collègue du barreau, « ta majorité absolue te confère tous les pouvoirs et surtout tous les devoirs. Je sais que tu mesures l’ampleur de ta tâche… ». Il enchaîne sur le « fléau en termes de précarité et de logement » qui mine l’île. Et affirme : « Je mène un combat pour la justice. Il n’y a pas pire injustice que de ne pouvoir travailler, trouver un logement, manger à sa faim... La seule émancipation, que je connaisse, est celle amenée par le travail qui nous rend plus libres et plus autonomes. Si nous n’arrivons pas à enrayer ce fléau, je crains que notre beau soleil de Corse devienne un soleil noir ». Avant de lancer : « Il faut discuter tous ensemble avec l’Etat. Il n’y a plus de place pour la Com, l’heure est à l’action ! ».

Nanette Maupertuis vient d'être élue présidente de l'Assemblée de Corse. Photo Michel Luccioni.
Nanette Maupertuis vient d'être élue présidente de l'Assemblée de Corse. Photo Michel Luccioni.
Un lieu de démocratie
Trois candidatures pour la présidence de l’Assemblée de Corse, trois femmes : Nanette Maupertuis pour Fa Populu Inseme, Valérie Bozzi pour U Soffiu Novu et Véronique Pietri pour Core in Fronte. La décision de Gilles Simeoni de placer une femme au perchoir a entrainé les deux autres candidatures de circonstance ! Le groupe de Jean-Christophe Angelini n’a pas participé au vote, Josepha Giacometti, élue de Corsica Libera, a visiblement voté blanc. Le score n’a guère réservé d’autre surprise : chaque groupe a voté pour sa candidate. Nanette Maupertuis a été élue au 1er tour par 32 voix sur 63, donc à la majorité absolue. Cette ascension historique d’une femme au perchoir de l’Assemblée a été saluée par une ovation sur les bancs de l’hémicycle et dans les tribunes où s’entassaient les militants de Femu a Corsica. Avec émotion et in lingua nustrale, la nouvelle présidente a pris la parole, d’abord pour remercier tous ceux qui lui ont permis d’être là, ont permis à « une femme d’être présidente de l’Assemblée. Il y a des femmes au pouvoir dans tous les pays du monde… Donna so et Donna sto ! ». Elle revient longuement sur l’exercice démocratique : « L’essentiel, dans ce mandat que vous me confiez, c’est le pouvoir qu’un président ou qu’une présidente peut déployer pour faire de cet hémicycle le lieu de la représentation démocratique du peuple corse, le réceptacle mais aussi la caisse de résonance de ses aspirations profondes. La question n’est pas de savoir s’il vaut mieux qu’un homme ou une femme préside cette assemblée. L’important est que nous soyons chacun d’entre nous à la hauteur des mandats qui nous ont été ou qui nous seront donnés ». Elle dévoile sa méthode : Le respect du pluralisme politique et de l’opposition, une articulation rénovée avec le Conseil exécutif de Corse, et la qualité des débats. Et fait une proposition : « Femu populu inseme, avanzemu à core in fronte è demu un soffiu novu à l’avvene di u nostru paese ».

La Commission permanente
Après une longue suspension de séance de plus d’une heure, une seule liste paritaire de 14 élus, est constituée, à la représentation proportionnelle des groupes politiques, pour la Commission permanente et adoptée, sans vote, dans la foulée. Huit élus de la majorité – Hyacinthe Vanni, Nadine Nivaggioni, Romain Colonna, Marie-Hélène Casanova-Servas, Jean Biancucci, Véronique Arrighi, Paul-Jo Caïtucoli, Danielle Antonini -, quatre élus de droite Valérie Bozzi, Jean-Martin Mondoloni, Christelle Combette et Laurent Marcangeli - un élu d’Avanzemu - Julia Tiberi - et un élu de Core in Fronte - Paul-Félix Benedetti. L’élection des deux vice-présidents, issus de Fa Populu Inseme, s’est faite avec la non-participation des autres groupes. Hyacinthe Vanni a été élu 1er vice-président et Nadine Nivaggioni, 2ème vice-présidente.

Le nouveau Conseil exécutif de Corse. Photo Michel Luccioni.
Le nouveau Conseil exécutif de Corse. Photo Michel Luccioni.
Un Conseil renouvelé et rajeuni
Nouvelle longue suspension de séance avant le vote des 11 membres du Conseil exécutif. Gilles Simeoni a présenté sa liste composée entièrement des élus de Fa Populu Inseme : Alex Vincinguera pour l’ADEC, Angèle Bastiani pour l’Agence du tourisme (ATC), Flora Mattei pour l’Office des transports (OTC), Gilles Giovannangeli pour l’Office hydraulique (OEHC), Guy Armanet pour l’Office de l’environnement (OEC), Julien Paolini pour l’Agence de l’urbanisme et de l’énergie (AUE), Dominique Livrelli pour l’ODARC, Antonia Luciani en charge de la culture, Bianca Fazi garde la santé et Lauda Guidicelli, la jeunesse et le sport. Seules, ces deux dernières sont issues de l’ancien Conseil. Tous les autres sont, pour moitié, issus de l’ouverture voulue par Gilles Simeoni, et sont, pour l’autre moitié, des militants jeunes et plus ou moins aguerris. Le président de l’Exécutif a, comme il avait promis, fait la part belle à la jeunesse. Seul, le camp de droite a décidé de présenter une liste contre, conduite par Laurent Marcangeli. Il suffira d’un vote à la majorité absolue, sans participation des autres groupes nationalistes, pour que Gilles Simeoni soit élu, pour la troisième fois consécutive, président de l’Exécutif. Sous une longue ovation de la foule massée aux tribunes et de sa majorité, il rejoint avec son Conseil les bancs de l’Exécutif. Si Josepha Giacometti, élue de Corsica Libera, applaudit, les élus d’Avanzemu conservent des visages fermés, ceux de Core in Fronte restent stoïques. Sur Internet, le président sortant de l’Assemblée, Jean-Guy Talamoni, adresse, avec élégance, « ses compliments à la nouvelle présidente de l'Assemblée de Corse, au Président du Conseil exécutif, ainsi qu'à tous les nouveaux élus. Cumplimenti à tutti! »

Gilles Simeoni. Photo Michel Luccioni.
Gilles Simeoni. Photo Michel Luccioni.
Des émotions contrastées
C’est par un hommage aux Nationalistes qui ne sont plus élus que Gilles Simeoni débute son discours. D’abord à Jean-Guy Talamoni, premier président nationaliste de l’Assemblée de Corse, « J’ai eu plaisir à travailler avec lui », puis François Sargentini et Lionel Mortini « avec qui j’ai noué des liens particuliers », également Fabienne Giovannni, « une militante exemplaire ». Il se réjouit « que nombre d’élus de l’ancienne majorité soient de nouveau présents dans l’hémicycle, j’espère que nous continuerons à travailler ensemble ». Mais avoue ressentir « des émotions contrastées : la joie, l’émotion, mais aussi la gravité ». La joie de la victoire qui lui a donné la majorité absolue, les électeurs qui lui ont fait confiance, et aussi « le rôle extraordinaire » tenue par la jeunesse dans cette victoire. « Ce score massif donne à notre démarche une légitimité incontestable et crée pour nous, majorité, plus de devoirs que de droits ». Quelques mots pour dire à Nanette Maupertuis « combien nous sommes fiers et heureux. Vous devez ce poste à vos qualités humaines, à votre patience légendaire, vos qualités professionnelles, votre ténacité, votre clairvoyance et votre force de conviction, notamment lors de la crise du COVID, où vous avez défendu le tourisme corse. Quel bonheur et quelle fierté de voir une femme accéder à ce poste et que ce soit nous, Nationalistes, qui accomplissons ce geste historique ! ». L’émotion en pensant à « ces générations qui ont cru à notre idéal, qui se sont battus, et qui lui ont sacrifié leur liberté… ces visages sont avec nous à jamais ». Il redit encore une fois la nécessité du rapprochement des prisonniers politiques, « doit venir le temps de l’apaisement et de la réconciliation. Le conflit doit cesser. Le temps est venu de construire une solution politique négociée. Et quand je pense à cela, le moment est à la gravité ».

Photo Michel Luccioni.
Photo Michel Luccioni.
Une main tendue
Le président réélu est bien conscient de l’attente très forte des Corses - « Notre responsabilité commune est immense » - et des urgences sociale, économique, environnementale, sociétale à régler. « Un peuple corse qui a besoin de sens, une jeunesse qui demande à être rassuré sur son avenir, des mécanismes puissants qui menacent notre société, spéculation, dépossession, logique de l’argent… Nous avons l’impérieuse obligation d’infléchir le cours des choses, nous allons le faire, nous ne souhaitons pas le faire seuls. Il n’y a ni ivresse des cimes, ni ivresse du pouvoir, ni volonté de l’exercer seul ». Et promet : « La majorité entend respecter strictement le mandat porté devant les Corses en termes de valeurs, de projet, de méthode et d’objectifs ». Si fidèle à ses principes, il tend de nouveau la main aux autres composantes du mouvement national, « Notre politique reste ouverte, nous avons vocation à la construire avec l’ensemble des Nationalistes, le plus vite possible », il prévient : « Il ne peut pas y avoir de rafistolage, de silence et d’omission sur les questions qui nous divisent, ou d’accommodement sur des sujets que nous considérons comme essentiels. Ce n’est pas la majorité absolue qui nous a empêché de nous rapprocher au 2ème et au 3ème tour ! La majorité aurait-elle été relative, la situation aurait été la même ! Nous devons régler les problèmes de fond. Voyons-nous, discutons, nous le devons au peuple corse. Nous devons pouvoir construire des convergences très larges dans tous les domaines, y compris dans le quotidien ».

Photo Michel Luccioni.
Photo Michel Luccioni.
Equilibre et modernité
Gilles Simeoni reconnaît que « cette situation est insatisfaisante, on ne construit pas un pays avec seulement 41% des voix ». Il fait, donc, quatre propositions. La première est de renforcer la complémentarité et l’équilibre entre le Conseil exécutif et l’Assemblée de Corse. Son idée est d’inventer de nouvelles façons de travailler à travers une conférence de coordination régulièrement convoquée afin de suivre au quotidien les grands dossiers. La seconde est, comme il l’avait déjà évoqué en fin de mandature, de renforcer les droits et prérogatives de l’opposition « qu’elle prenne la tête de commissions » et par la mise en place d’un système de niche parlementaire « pour faire des propositions, associer les instances délibératives, CESEC, chambre des territoires, assemblea di a ghjuventu, comité d’évaluation des politiques publiques ». La troisième, dévoilée au soir du 1er tour, est de « sortir de cette assemblée à travers une conférence politique pour impliquer l’ensemble des forces vives et citoyennes » et les groupes politiques sanctionnés par le suffrage universel. La quatrième est de consacrer la mandature au renforcement de la Collectivité de Corse. L’objectif est de réussir l’intégration de la Chambre de commerce, et des Chambres des métiers, dont les présidents étaient présents dans le public. « Nous engagerons aussi, en concertation avec les syndicats, une modernisation des agences et offices ».
 
Un fleuve d’eau vive
L’enjeu majeur reste la mise en œuvre du projet qui « mérite des mesures rapides ». Gilles Simeoni promet à horizon des 100 jours des changements. Pour cela, une nécessité : amorcer un vrai dialogue avec l’Etat sur des questions cruciales de la mandature : PTIC, CPER, PEI, fonds européens… « Nous en connaissons les insuffisances. Ces échanges seront décisifs et se cristalliseront d’ici plusieurs mois ». Il martèle, toujours et encore, l’indispensable solution politique « qu’il faut obtenir sans délai. La situation actuelle n’est pas digne du grand Etat démocratique que la France revendique d’être. Que demandons nous ? Des choses insensées, excessives ? Nous demandons le droit, la justice, l’équité ! Un statut d’autonomie de plein droit et de plein exercice, ce n’est pas l’indépendance ! Comment l’Etat pourrait-il continuer à refuser d’ouvrir une négociation sérieuse qui respecte la question corse dans toutes ces dimensions ? Cela doit être fait au plus vite ! ». Et conclut, le ton cassé par l’émotion et la fatigue, in lingua nustrale : « De toutes nos larmes, nous avons fait un fleuve d’eau vive qui sait d’où il vient et où il va. Il va plus calme, plus serein, plus sûr. Nous savons que ce fleuve soulèvera les digues de l’injustice. L’Etat doit comprendre que nous ne faiblirons pas, que nous savons où nous voulons aller. Nous voulons la paix, que nos prisonniers rentrent chez eux et, pour notre jeunesse, un avenir d’espérance. Oui ! Nous sommes un peuple debout et éveillé, et nous voulons un avenir de paix et de fraternité ». Après le Dio Vi Salvi Regina entonné par le public et repris par toute l’assemblée debout, la séance se clôt sur le Ghjuramentu, le serment solennel des Nationalistes. Un serment d’intégrité, d’équité, de transparence, de respect des droits démocratiques, d’intérêt général au service du peuple corse.
 
N.M.

Photo Michel Luccioni.
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