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Après la crise chez Corsica Linea, l’OTC ouvre le chantier de l’avenir maritime corse


Léana Serve le Lundi 12 Octobre 2026 à 18:48

Près de deux semaines après la grève chez Corsica Linea, l’Office des transports de la Corse a réuni les dirigeants des deux compagnies délégataires et les syndicats à Bastia. Financement de la continuité territoriale, fiscalité environnementale et avenir de la flotte étaient au cœur des discussions, sur fond de tensions persistantes entre les acteurs.



Après la crise chez Corsica Linea, l’OTC ouvre le chantier de l’avenir maritime corse

Près de deux semaines après la grève de la CGT et du STC chez Corsica Linea pour dénoncer le projet d’affrètement du Massalia, navire de La Méridionale, sur les lignes de la délégation de service public (DSP) entre Marseille, Propriano et L’Île-Rousse, l’Office des transports de la Corse (OTC) a réuni les dirigeants des deux compagnies délégataires et les représentants des syndicats dans les locaux de la Collectivité de Corse à Bastia. L’objectif de cette réunion : « faire le bilan de ce qu’il s’est passé mais surtout se projeter », indique Jean-Félix Acquaviva, président de l’OTC. « Nous avons des sujets qui ne faisaient pas l’objet de la grève mais qui sont pourtant des sujets urgents à traiter pour protéger la continuité territoriale de service public sur le plan maritime, et aller plus loin vers une plus grande maîtrise par la Corse et sa collectivité avec ses acteurs des transports maritimes. »
 

Parmi les dossiers évoqués : le financement de la dotation de continuité territoriale, que l’OTC juge urgent de régler pour l’année à venir, mais aussi la fiscalité environnementale européenne dont le coût pèse notamment sur le transport de marchandises. « Nous avons fait des démarches offensives pour l’exemption, on attend maintenant du gouvernement qu’il défende la Corse à Bruxelles, il faut qu'on ait des réponses d’ici la fin d'année », poursuit le président de l’OTC. « Et il y a l’évolution de la présence de la collectivité dans la DSP actuelle et dans la future DSP. Nous avons défini deux jours de travail d’ici début novembre pour aller le plus loin possible dans la trajectoire juridique institutionnelle sur ces questions, nous y sommes prêts parce que nous avons des propositions concrètes et à ce moment-là nous tirerons les conclusions pour créer les conditions d'un rapport et des présentations à l’Assemblée de Corse. Nous prendrons des initiatives communes pour les ETS devant l’État mais aussi pour la DSP avec d'autres acteurs », détaille Jean-Félix Acquaviva.


Les syndicats plaident pour une meilleure maîtrise du transport maritime corse

Du côté des syndicats, la réunion a permis de remettre sur la table plusieurs enjeux qui dépassent le seul conflit autour du Massalia. Pour Frédéric Alpozzo, secrétaire général CGT des marins de Marseille, l’initiative de l’OTC est « bienvenue ». « Le sujet de la taxe carbone a été abordé par le président de l’OTC. Nous défendons une régulation sur l’ensemble des lignes avec les compagnies low cost qui ne cessent de nous attaquer, y compris au départ de Toulon et de Sète », affirme-t-il. « Les compagnies délégataires se retrouvent pendant les meilleures périodes en saison d’été privées des remplissages et de la période de haute saison au détriment de l'exploitation annuelle qui génère l'intégralité de l'emploi et des retombées économiques et sociales en Corse, mais également avec des besoins forts d'investissement pour ne pas polluer et avoir un transport maritime vertueux. »
 

Jean Brignole, pour le STC, insiste de son côté sur « l’outil naval ». « Le STC dit depuis longtemps qu'il faut se réapproprier les navires. Aujourd’hui, les compagnies continuent à acheter des navires sans que la Corse soit propriétaire de cet outil naval. Sans lui, il n'est pas question de pouvoir constituer une compagnie publique régionale maritime. Nous sommes confortés puisqu'il va y avoir une rencontre, semble-t-il, entre l'OTC et les compagnies sur ce thème, et nous serons très attentifs. On a toujours des épées de Damoclès au-dessus de la tête et il faut se réapproprier l'outil naval. »


Des tensions qui restent vives malgré la volonté de dialogue

Si l’OTC entend ouvrir une nouvelle phase de discussions, les tensions entre les acteurs ne semblent pas pour autant retombées après la fin de la grève. Après de vifs échanges avec le STC et la CGT, Pascal Trojani, président de Corsica Linea, a subitement quitté la réunion avant son terme. Pour Jean Brignole, « le problème, c’est qu'il y a deux compagnies qui sont sur la DSP ». « À un certain moment, il y a une pérennité à mettre en œuvre pour garantir le devenir des deux compagnies, puisqu’il y a un déséquilibre. C'est pour ça que nous revendiquons encore une fois une compagnie régionale maritime. » Du côté de l’OTC, Jean-Félix Acquaviva reconnaît « qu'il y a des divergences qui se sont encore manifestées et des aspérités qui sont encore là ». « Il faut se mettre en perspective de créer une cohésion à travers un projet commun, et les deux jours de travaux permettront de bien éclaircir cette trajectoire. Bien sûr, il n'y aura pas que ces deux jours de travaux, nous allons rencontrer les compagnies délégataires en tête à tête notamment sur la question de l'outil naval et sur le devenir de la DSP. Mais l'urgent, c'est le financement de la dotation de continuité territoriale parce qu’on parle de l'année qui vient, et l’arrêt de la fiscalité qui pèse sur les ménages. Il faut mettre un coup d'accélérateur et le faire ensemble. »