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Ajaccio : Exposition Josiane Pape à la Bandera, "Voyage voyage…"


Rédigé par Jean-François Vinciguerra le Vendredi 29 Avril 2016 à 00:04 | Modifié le Vendredi 29 Avril 2016 - 00:13


Les murs où étaient exposés des militaires et des armes des deux dernières Grandes Guerres ont retrouvé leur virginité originelle. Les lieux résonnent peut être encore de leurs éclats d’obus mais ils ont fait place à de la matière autrement plus pacifique, plus douce, avec des couleurs où le profane et le sacré se chevauchent. La musique adoucit les mœurs certes, mais la peinture génère la liberté d’entrer dans un autre monde, dans cette peinture expressionniste qui reste une époque fascinante de l’histoire de l’art. C’est étrangement beau et prenant. C’est à la Bandera, rue Maréchal Ornano. Faites-vous plaisir, entrez sans frapper dans le « monde » de Josiane Pape. Un voyage qui se situe à mi-chemin entre le sacré, le religieux et le pictural


Il était prémonitoire que l’exposition se déroulât dans ces lieux. Pourquoi ? Simplement parce que le hasard a bien fait les choses. Parce que le hasard a fait se rencontrer la peinture et la guerre dans un lieu mythique qu’il était impossible d’éviter. Et puis c’était le musée de la Bandera, là où l’on expose les souvenirs. Les mauvais qui ont un passé, les bons qui s’accrochent au regard et entrent dans la mémoire. Lorsqu’on saura que l’expressionnisme est né en Allemagne, à l’époque de la Première guerre mondiale, donc en période de crise profonde, on comprendra mieux la relation de cette rencontre inédite. Les peintres expressionnistes, sentant venir la guerre, ont exprimé leurs sentiments visionnaires dans des images extrêmement torturées. C’est la raison pour laquelle Josiane Pape s’est lancée à corps perdu dans ces expressions, dont le moins que l’on puisse dire est que leurs visages, même cachés, sont loin d’être épanouis. Elle pourra dire ainsi que son expressionnisme ne cherche pas à montrer le monde tel qu’il est mais à l’exprimer comme elle le ressent, dans les thèmes du corps, du portrait, de l’allure jusqu’à la distorsion des traits…   
 
La torture et la lumière…
Dans sa peinture, Josiane pape n’affiche pas la nuance d’une gaité débordante, c’est vrai, on s’en rend compte au fil des expos et de ses coups de couleurs, mais elle garde bien au creux de sa palette quelques touches qui confinent à la recherche, à l’espoir et dès lors, quelques traits de clarté rehaussent le violet, le gris ou le noir. C’est là que la magie de la lumière opère avec cet orange qui s’étale et ces filets de bleu qui viennent éclairer certaines scènes de ses tableaux dans lesquels les personnages se rejoignent, s’entrecroisent et deviennent pluriels dans un caravansérail qui les abrite et duquel débordent ses couleurs.
Mystérieuse, épurée, passionnée, c’est vrai, teintée d’un zeste de violence, la peinture de Josiane crée cette émotion particulière qui invite au mystique, presque malgré nous. Elle s’en explique :
« Je n’ai pas une palette gaie, c’est vrai. Mais elle traduit l’ensemble de mes influences, qu’elles soient religieuses, ésotériques, mystiques ou exotiques. Ces couleurs associées au mouvement sont celle qui dépeignent le mieux ma vision des rapports hommes/femmes, du profane au sacré, mes rapports au voyage… »
Sa recherche permanente devient une peinture capable d’exprimer les problèmes humains. Elle les ressent dans la mesure où certaines de ses couleurs s’étalent un peu comme un cri de désespoir sévère, voire austère, mais comment ne pas la comprendre lorsqu’il s’agit de décrire une société qui nous offre trop souvent angoisse et peur du lendemain. Cela est valable pour tous les continents et lorsque le regard se laisse accrocher par celui de « l’homme pluriel » ou celui de « l’ode Africaine », on imagine aisément l’atmosphère qui se crée autour de l’œuvre dont la déformation volontaire est utilisée justement pour faire éclater le sentiment intérieur de l’artiste. 
 
Le mystère de la passion
Elève de Jacques Bartoli, peintre Provençal, elle a appris la technique du glacis à l’huile, de Pierre Bonnard, coloriste génial, elle va retenir cette conception « moderne » de la peinture et de la couleur menant jusqu’aux frontières de l’abstraction. Certes, Josiane a commencé son art avec une peinture très intimiste et assez  « floue » comme elle aime à le préciser mais elle a par la suite révolutionné son écriture picturale en introduisant la matière et en repoussant chaque fois davantage les limites de l’abstraction :
 « J’ai grandi façonnée par l’art, j’ai intégré l’école de la Restauration du patrimoine Bâti de Venise puis une formation en histoire de l’art qui influencera durablement ma formation. L’art est pour moi un langage à l’endroit de l’humanité. Libérée des courants de l’histoire de l’art et de la mode passagère mais sans faire fi des références artistiques, je redéfini l’œuvre d’art comme le reflet du langage de l’âme et de la mienne propre. J’ai trouvé mon propre langage, mon expression personnelle. Mes réalisations ouvrent les portes de mon intimité, mes passions, mon engagement que je livre en partage et en mélodie... »
Raoul Dufy disait : « peindre, c’est faire apparaître une image qui n’est pas celle de l’apparence naturelle des choses, mais qui a la force de la réalité ! » 
J.-F. V. 
 




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