Corse Net Infos - Pure player corse

À Ajaccio, l’hommage à Pierre Alessandri entre recueillement et exigence de justice


Jeanne Soury le Mardi 17 Mars 2026 à 17:33


Un an après l’assassinat de Pierre Alessandri, plusieurs centaines de personnes se sont réunies ce mardi en fin de matinée devant la préfecture d’Ajaccio. Une mobilisation à la fois digne et déterminée, où se mêlaient émotion, colère contenue et appel à en finir avec l’impunité.



(Photos : Paule Santoni)
(Photos : Paule Santoni)
Le 17 mars 2025, Pierre Alessandri était abattu à proximité de son exploitation d’huiles essentielles, à Sarrola-Carcopino. Un meurtre « manifestement préparé », selon le procureur de la République d’Ajaccio, Nicolas Septe, qui a rappelé dans un communiqué transmis à la presse lundi soir, qu’une information judiciaire est toujours en cours.
 
S’il assure que les investigations se poursuivent activement, le temps judiciaire peine à répondre à l’attente des proches et de ceux qui, ce mardi matin, se sont massés devant la préfecture d’Ajaccio à l’appel de Via Campagnola. Un rassemblement où cette impatience se lisait autant dans les regards que dans les discours.
 
« Un homme honnête, lâchement assassiné »
 
Dans la foule, plusieurs centaines de personnes : agriculteurs, militants, élus, représentants de collectifs anti-mafia et anonymes. Tous venus rappeler qui était Pierre Alessandri.
 

Pour ses camarades de Via Campagnola, il ne peut être réduit à une victime anonyme. « Ce n’était pas quelqu’un qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment », insiste Jean-Dominique Musso, président régional du syndicat agricole. « C’était un homme honnête, qui travaillait pour nourrir sa famille, lâchement assassiné sur son lieu de travail. »
 
Secrétaire général du syndicat, Pierre Alessandri portait des positions assumées : lutte contre la fraude agricole, défense du foncier, promotion d’une agriculture productive. Un engagement qui, pour les siens, trace encore une ligne. « Aujourd’hui, nous savons qui nous sommes. Nous suivons la voie qu’il a ouverte », poursuit le président. 
 
Un hommage sobre, appelé à durer
 
Le rassemblement s’est voulu digne. Sans slogan, sans tension. Mais avec un symbole fort : une bougie allumée devant la préfecture. Un geste simple, appelé à être renouvelé chaque année. « Cette bougie sera la manifestation de notre volonté de ne pas arrêter tant que les assassins ne seront pas jugés », affirme Jean-Dominique Musso.
 
Au-delà de l’hommage, c’est aussi une première action syndicale qui s’inscrit dans la durée. Avec, en ligne de mire, une pression assumée sur l’État : « Il doit donner les moyens à la justice pour mettre fin à ce sentiment d’impunité », a martelé le président de Via Campagnola qui a d’ailleurs été reçu en fin de matinée par le préfet de Corse, Éric Jalon, accompagné de plusieurs syndicalistes et du père de Pierre Alessandri.
 

La mafia en toile de fond
 
Car très vite, les prises de parole ont élargi le propos et replacé la mort de Pierre Alessandri dans un contexte plus large : celui de la violence et de l’emprise mafieuse qui gangrènent la Corse. Pour les collectifs présents, le constat est sans détour. « Nous sommes tous en danger », lance Jean-Toussaint Plasenzotti, porte-parole du collectif Massimu Susini. « La mafia ne ronge pas seulement l’économie, mais aussi la société et les âmes. »
Un appel est lancé, à la fois à l’État et à la société corse. Si les autorités doivent agir, la mobilisation collective est jugée indispensable. « À travers les actes du quotidien, la société corse peut participer à en finir avec la mafia. Sinon, on ne s’en sortira pas », poursuit-il. 
 
Même analyse du côté de Léo Battesti, du collectif Maffia No, A vita Iè, qui évoque un assassinat qui « n’a pas été improvisé », mais « longuement mûri », signe d’une action structurée.

Refuser la banalisation, maintenir la pression
 
Dans les discours, une même ligne se dessine : refuser que la violence devienne une habitude. La Ligue des droits de l’homme, par la voix de sa présidente Elsa Renaut, a ainsi dénoncé la « banalisation des exécutions sommaires » et appelé à dire « non à l’impunité, tous ensemble. »
 
À cette parole publique répond une autre, plus discrète, recueillie à l’écart de la foule. Un ancien ouvrier de Pierre Alessandri, Tsvetan, qui a travaillé douze ans à ses côtés, confie simplement : « C’était comme un frère pour moi. »
 
Entre indignation collective et douleur intime, c’est une même exigence qui s’exprime. Une exigence de vérité, mais aussi de sursaut. Un an après les faits, la mobilisation ne faiblit pas et entend désormais s’inscrire dans la durée.