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1er mai - Programme minimum à Bastia


Philippe Jammes le Vendredi 1 Mai 2026 à 12:06

La Fête du travail, le traditionnel défilé du 1er mai, a revêtu un caractère minimaliste ce vendredi à Bastia. A peine plus de 200 manifestants, en ordre dispersé qui plus est, sur le boulevard Paoli.



(Photos et vidéo Gérard Baldocchi)


« C’était à prévoir. En tombant un vendredi, ce 1er mai 2026 offre un pont de 3 jours aux travailleurs et beaucoup sont partis au village ou font un break » explique ce militant CGT de la première heure. Deux cortèges en fait ce vendredi à Bastia. Le premier à s’ébranler, celui de FO, apparemment exclu par les autres. « Je ne comprends pas pourquoi d’ailleurs » souligne Christophe Bertin, secrétaire général de FO Haute-Corse. Qu’à cela ne tienne. La trentaine de militants agite les drapeaux, et descend au son de musiques bien rythmées, souvent des tubes des années 80. 
Les revendications seront lues une heure plus tard devant la préfecture de Bastia : Partage des richesses, égalité femmes/hommes, protection de la sécurité sociale, défenses des services publics, refus de la précarité et la pauvreté comme fatalité... « Le 1er mai est un acquis historique et il doit rester férié et chômé » clame le leader syndicaliste qui pointe une Corse, « terrain de toutes les injustices » et d’ajouter. « C’est aussi l’occasion de réaffirmer nos valeurs à FO : La paix par la justice sociale, la solidarité ouvrière et syndicale, l’indépendance face au pouvoir ».  


Le second cortège est plus étoffé.  Accrochés à la locomotive CGT, une poignée de militants d’autres syndicats et de partis politiques : UNSA, FSU, Solidaires, Parti Communiste, LFI, Lutte Ouvrière, CRPC…Le son est aussi différent et on retrouve les traditionnels chants contestataires : Le chiffon rouge, Antisocial, Bella Ciao, Motivés, motivés…
Destination différente aussi : Le monument de la résistance, devant la mairie. « Un lieu hautement symbolique de nos luttes et de notre attachement aux valeurs de liberté et de justice sociale » explique Charles Casbianca, secrétaire de l’UD CGT Haute-Corse. Côté revendications, elles n’ont rien à envier à celles des autres syndicats : Augmentation générale des salaires, des pensions et des minima sociaux, défense des services publics de proximité, amélioration des conditions de travail et la reconnaissance de la pénibilité, solidarité internationale pour la paix entre les peuples... A ses côtés,

François Giudicelli, de l’UNSA opine. « Nous dénonçons les atteintes contre les droits sociaux des travailleuses et travailleurs, le plan gouvernemental de lutte contre les arrêts maladie, la hausse des prix. Dans un contexte international dramatique, nous demandons un plan d’action à la hauteur des enjeux sociaux, économiques et environnementaux pour la Corse qui en a bien besoin ».

Un 1er mai qui fait donc l’unanimité et qui fêtait cette année ses 140 printemps, puisqu’instauré aux Etats Unis, à Chicago, en 1886. Aussi au fil des rencontres ce vendredi avons-nous demandé aux manifestants s’ils détachaient un 1er mai, plutôt qu’un autre.


Francis Riolacci, Parti Communiste : «J'ai participé à beaucoup de défilés mais je garde en souvenir celui du 1er mai 1989. Nous étions en pleine bataille pour la prime d'insularité, devenue la prime de transport. Ça a été un grand moment en Corse car on a fait la démonstration que pour lutter efficacement contre la vie chère, ça passait par des luttes. La réponse que les travailleurs ont obtenue, la victoire qu'ils ont obtenue, marque encore la vie des corses, puisque la prime de transport est aujourd'hui largement répandue, et nous continuons à nous battre pour qu'elle soit attribuée aux salariés qui ne l'ont pas encore, et notamment aux retraités »
Simone, une trentaine d’année, du Cumitatu di Ricustruzzione d’u Partitu Cumunistu : «J'ai passé mon adolescence au lycée à Paris, donc les 1ers mai à Paris, c'est assez extraordinaire. J’étais jeune, mes premières manifestations dans la rue avec du monde, des manifestations qui n'étaient pas sur une actualité. J'avais 13/14 ans quand le mariage gay est passé, donc les manifestations pour le mariage gay, je voyais très bien. Mais le 1er mai c'est vraiment là que pour la 1ère fois je me suis posée la question de que font ces gens, avec quel drapeau, de quel syndicat, qu'est-ce qui se passe, pourquoi c'est tous les ans, etc… et c'est extraordinaire de se poser ces questions-là quand on est enfant. Le 1er mai, c'est avant tout quelque chose qu'il faut qu'on fasse vivre aujourd'hui, c'est la fête des travailleurs, c'est encore plus symbolique cette année, parce que c'est un jour qui est attaqué, qu'on essaye de supprimer, qu'on essaye de réduire. On essaye de forcer les gens toujours à travailler plus pour le même salaire, et donc c'est d'autant plus important qu'aujourd'hui on y soit pour montrer que le 1er mai ça a un sens, celui de célébrer l'histoire de la lutte sociale en France, en Corse aussi »
Laurent, la quarantaine, Lutte Ouvrière. « Celui qui m’a marqué, c’est le 1er mai 2002, avec une énorme manif Place de la République à Paris. Toute la gauche avait appelé à voter pour Chirac, et nous à Lutte Ouvrière on était bien seuls, parce qu'on renvoyait dos à dos Le Pen, l'ennemi mortel des travailleurs, et Chirac, l'ami des patrons. On était les seuls à avoir refusé d'appeler à voter Chirac, mais on est fiers de cette position. Il y a beaucoup de gens qui nous ont dit quelques années après : je me suis fait avoir, vous aviez bien raison. Le 1er mai, ce n'est pas un jour de manifestation comme les autres. Le 1er mai, c'est lié fondamentalement à l'histoire du mouvement ouvrier, au massacre de Haymarket aux États-Unis en 1886, quand les flics ont tiré et ont fait des morts parmi les anarchistes de Chicago. Donc ça a toujours été une journée de lutte pour la défense de la fierté de la classe ouvrière ».


Charles Casabianca, CGT. « Beaucoup de défilés m’ont marqué mais je mettrais peut-être en 1er celui qui a suivi la lutte pour la prime d'insularité où nous étions très nombreux dans la rue. Le 1er mai, c'est une journée historique avec une revendication qui est partie de Chicago et arrivée en France 15 ans après. Cette journée doit rester une journée revendicative et bien entendu, qu'elle donne le la de l'action sociale à mener dans l'année »
François Giudicelli, UNSA : « Il n'y a pas vraiment de 1er mai qui m'ait marqué plus qu’un autre. Ce sont en fait tous les 1ers mai, car il y a toujours quelque chose de nouveau et d'original. Cette année on part un peu chacun de son côté, mais on arrive quand même à faire des trucs intersyndicaux. Ce 1er mai 2026, c’est l’augmentation du gaz, des carburants, des augmentations à tous les niveaux et des soucis, bien sûr. Un 1er mai qu'on veut annuler. Mais on ne laissera pas faire ».
Christophe Bertin, FO : « Le 1er mai qui m’a marqué, c'est celui pendant la réforme des retraites. De grandes manifestations où là, les salariés étaient mobilisés, se sentaient impliqués. Aujourd'hui la mobilisation y est toujours mais beaucoup plus faible. C'est dommage, mais c'est un grand week-end, il fait beau, les salariés ont des priorités en famille. La faible mobilisation s'explique comme ça. Mais c'est vrai que depuis un moment on n'est plus en mobilisation parce que c'est le calme plat, entre guillemets, à part sur l'agression qu'on a subie pour notre 1er mai. Mais il y a une mobilisation quand même car c’est une journée très importante pour les syndicats et pour tous les salariés, pour les travailleuses, les travailleurs. C'est un symbole fort, c'est un symbole de nos luttes, de nos combats »
Martine, retraitée : « Celui qui m’a un peu plus marqué, c'est celui d’il y a 3-4 ans car on était extrêmement nombreux à défiler. On était parti du palais de justice et on a mis des heures à arriver à la préfecture. Aujourd'hui on sent que la mobilisation est moindre, mais on doit toujours se méfier des interprétations ».