La Corse vieillit, et cette évolution démographique pose de nouveaux défis au sein du monde du travail. En 2022, 31 % de la population insulaire avait 60 ans ou plus, soit autant que les moins de 25 ans. Une tendance qui devrait se poursuivre dans les prochaines décennies : à l’horizon 2050, les personnes âgées de 65 ans ou plus pourraient représenter 34 % de la population régionale. Un vieillissement qui soulève notamment la question du renouvellement des générations au travail, de la transmission des savoir-faire et des difficultés de recrutement.
Pour mieux comprendre ces enjeux, l’Agence régionale pour l’amélioration des conditions de travail (Aract) Corse a réalisé une étude consacrée aux liens entre démographie et travail sur l’île. Fondée sur les réponses de 193 salariés et agents et de 52 employeurs, elle vise à identifier les difficultés rencontrées par les organisations et les pistes d’action pour anticiper ces évolutions.
Un vieillissement démographique qui transforme le monde du travail
Au-delà de son évolution démographique, la Corse doit faire face à un renouvellement des générations qui pose de nouveaux défis aux entreprises. La population en âge de travailler représente désormais 55 % des habitants, contre 63 % en 1975. Selon l’étude de l’Aract, 40,9 % des salariés et agents interrogés considèrent que la transition démographique représente « un impact majeur, avec un risque systémique pour l’emploi et la compétitivité ».
Pour les organisations, l’enjeu est double : anticiper les départs des salariés expérimentés tout en parvenant à attirer et fidéliser de nouveaux travailleurs. Une adaptation qui suppose aussi de préserver les compétences nécessaires à la continuité de l’activité.
La transmission des savoir-faire, un enjeu majeur encore peu anticipé
Parmi les principaux défis identifiés par l’étude de l’Aract Corse, la transmission des savoir-faire arrive en tête des préoccupations. Elle est jugée prioritaire par 89,6 % des salariés et agents interrogés et par 88,5 % des employeurs. Au-delà des compétences techniques, il s’agit aussi de préserver des relations avec les clients ou encore la capacité à gérer des situations imprévues, des savoirs souvent difficiles à formaliser.
Pourtant, cette transmission reste encore insuffisamment structurée. Selon l’étude, 53,8 % des employeurs interrogés déclarent ne mettre en place que des initiatives ponctuelles, souvent à l’approche d’un départ. Un manque d’anticipation qui préoccupe certains salariés, qui évoquent la nécessité d’« anticipation des hommes clefs dans un contexte de transmission ». Du côté des employeurs, la question se pose également. « Il serait utile que les services compétents contactent les entreprises dont les dirigeants sont proches de la retraite afin de les aider dans la transmission par anticipation », estime l’un des répondants.
Des difficultés de recrutement accentuent les tensions
La transformation démographique s’accompagne également de difficultés importantes en matière de recrutement. Plus de la moitié des employeurs (57,7 %) signalent rencontrer des difficultés majeures pour pourvoir certains postes, notamment à cause d’une pénurie de candidats qualifiés. Cette situation est particulièrement marquée dans les très petites entreprises (TPE) où 62,5 % des employeurs font état de ces tensions.
Pour les salariés et agents, ces difficultés se traduisent souvent par une surcharge de travail, des remplacements fréquents et une moindre disponibilité pour former les nouveaux arrivants. Une charge de travail supplémentaire qui pèse ainsi durablement sur les équipes et fragilise les conditions d’emploi, menaçant à son tour la fidélisation des personnels.
Anticiper pour mieux préparer les entreprises
Face aux difficultés de recrutement, l’étude de l’Aract Corse souligne l’importance d’améliorer l’attractivité des emplois. Pour 69,2 % des employeurs interrogés, les conditions d’emploi, la rémunération et la qualité du travail constituent des leviers prioritaires. Du côté des salariés et agents, 57 % mettent en avant l’anticipation des recrutements et l’intégration des nouveaux arrivants. L’enjeu est aussi de donner aux salariés les moyens de rester durablement en poste. La charge de travail et les conditions d’emploi sont citées comme des priorités par 86 % des salariés et agents interrogés. Pour y répondre, l’étude préconise notamment de développer la formation interne, le mentorat et l’alternance.
L’aménagement du temps de travail des seniors, cité par 41,5 % des répondants, constitue également une piste pour favoriser le maintien en emploi et la transmission des compétences. Au-delà du recrutement, l’objectif est donc de proposer des emplois dans lesquels chacun peut s’intégrer, évoluer et travailler durablement.











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