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Santé environnementale : à Ajaccio, l’appel à réduire les expositions pour prévenir les maladies chroniques


Patrice Paquier Lorenzi le Samedi 26 Septembre 2026 à 18:20

Réunis ce vendredi à l'occasion d'une conférence au sein de l’amphithéâtre de Castelluccio, professionnels de santé, associations et institutions ont placé la santé environnementale au cœur de la prévention. Pollution, perturbateurs endocriniens, alimentation, PFAS ou qualité de l’air : la Journée régionale de la démocratie en santé veut faire émerger des actions concrètes en Corse.



Notre santé ne se joue pas seulement à l’hôpital ou dans les cabinets médicaux. Elle dépend aussi de l’air que l’on respire, de l’alimentation, des matériaux qui nous entourent et, plus largement, de notre cadre de vie. C’est autour de ce constat que France Assos Santé Corse, l’Agence régionale de santé et la Conférence régionale de la santé et de l’autonomie ont organisé, ce vendredi à Ajaccio, la Journée régionale de la démocratie en santé. « Nous sommes plusieurs associations de patients au sein de ce collectif et nous constatons que l’environnement a un impact sur différentes pathologies chroniques », explique Rose Marie Pasqualaggi, présidente de France Assos Santé Corse. « Moi-même, je suis diabétique de type 1. Il nous a donc paru essentiel d’alerter sur le lien entre l’environnement et ces pathologies. »
 

Pollution de l’air, perturbateurs endocriniens, PFAS, qualité de l’alimentation, médicaments ou urbanisme : la rencontre a voulu croiser les regards médicaux, associatifs et institutionnels, sans se limiter au seul constat. « L’information existe, mais individuellement, comment agir réellement pour améliorer la santé ? Un citoyen peut peut-être faire attention à son jardin, mais l’environnement est un sujet beaucoup plus large », poursuit-elle. « Il faut que les pouvoirs publics s’emparent de ces questions, prennent conscience des enjeux et, surtout, écoutent les citoyens et les malades. »
 

« L’état de santé dépend du système de soins à 20 % »

Invité à ouvrir les travaux, André Cicolella, président du Réseau Environnement Santé, ingénieur chimiste et toxicologue de formation, est une figure de longue date du combat contre les perturbateurs endocriniens. Il avait notamment contribué à faire émerger le débat public ayant conduit au retrait du bisphénol A des biberons. Pour lui, la prévention environnementale constitue un levier encore sous-exploité face à la progression des maladies chroniques. « Le chiffre sur lequel tout le monde s’accorde, c’est que l’état de santé dépend du système de soins à 20 %. Il reste donc 80 % sur lesquels on peut agir pour avoir la meilleure santé possible », avance-t-il, alors que l’Organisation mondiale de la santé évoque des épidémies mondiales de maladies chroniques non transmissibles.
 

Le spécialiste insiste notamment sur les perturbateurs endocriniens, dont les effets sont documentés dans de nombreuses publications scientifiques. « Peut-on prévenir une part des cancers, des diabètes ou des troubles neurologiques en réduisant les expositions ? La réponse est oui », affirme-t-il. Il cite notamment le cas du cancer du sein, pour lequel ces substances peuvent intervenir « dans les trois phases : l’initiation, la progression et la promotion ».


Santé environnementale : à Ajaccio, l’appel à réduire les expositions pour prévenir les maladies chroniques

Des gestes simples, mais aussi des choix collectifs

Si les réponses doivent passer par les politiques publiques — retrait de certains matériaux, surveillance des substances, prévention auprès des femmes enceintes, aménagement du territoire —, André Cicolella rappelle que certains gestes du quotidien peuvent réduire les expositions. « Éviter de mettre des récipients en plastique au micro-ondes pour réchauffer les aliments et aérer une, voire deux fois par jour : ce sont des gestes simples qui permettent de diminuer sensiblement la contamination », souligne-t-il. L’organisme élimine certaines substances rapidement, mais le problème tient à une exposition répétée, quotidienne.
 

Le toxicologue appelle toutefois à ne pas tomber dans l’anxiété. « On ne peut pas se contenter de dire qu’il y a un problème sans donner la possibilité d’agir. Oui, il existe un problème sérieux, mais nous pouvons agir. » Il insiste particulièrement sur la grossesse et les « 1 000 premiers jours », période déterminante pour la santé future de l’enfant. « La protection des femmes enceintes est un enjeu majeur », estime-t-il.
 

Une Corse « un peu préservée », mais pas à l’abri

La Corse peut-elle se considérer comme moins exposée que d’autres territoires ? « Apparemment, nous sommes un peu préservés par rapport au continent, mais pas tant que cela finalement », observe Rose Marie Pasqualaggi. La conférence a notamment fait apparaître des différences entre la Haute-Corse et la Corse-du-Sud, qui méritent selon elle d’être approfondies.
 

André Cicolella rappelle de son côté que l’échelle mondiale relativise les comparaisons nationales. « La Corse est légèrement en dessous de la moyenne française pour le cancer du sein. Mais à l’échelle mondiale, elle se situerait tout de même au quatrième rang », avance-t-il, appelant à développer les études territoriales et les comparaisons internationales pour mieux comprendre les écarts.
 

Au-delà des conférences de la matinée, le forum des solutions de l’après-midi devait mettre en lumière plusieurs leviers : prévention dès les premiers jours de vie, sensibilisation des soignants, surveillance des PFAS, bon usage des médicaments, outils grand public sur la qualité de l’air, alimentation durable, urbanisme favorable à la santé et lutte contre les perturbateurs endocriniens. « Nous espérons qu’à l’issue de cette journée, des actions concrètes pourront être mises en place et aboutir, au moins à l’échelle régionale », conclut Rose Marie Pasqualaggi.