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Nanette Maupertuis : « Les Corses attendent de nous des réponses concrètes à leurs préoccupations du quotidien »


Nicole Mari le Lundi 20 Avril 2026 à 17:19

Lors de son discours d’ouverture de la session d’avril, la présidente de l’Assemblée de Corse, Nanette Maupertuis, est revenue sur les élections municipales qui viennent de s’achever. Elle rappelle les attentes des Corses notamment en matière de logement et de pouvoir d’achat. Evoquant Lionel Jospin, qui s’est éteint le 22 mars dernier, elle se réjouit de l’ouverture des débats parlementaires sur la réforme institutionnelle. Avant de faire un bel éloge de Gilles Simeoni qui quittera, au terme de la session, la présidence de l’Exécutif, pour se consacrer à la mairie de Bastia et au combat pour l’autonomie de la Corse.



Nanette Maupertuis, présidente de l’Assemblée de Corse. Photo Paule Santoni.
Nanette Maupertuis, présidente de l’Assemblée de Corse. Photo Paule Santoni.
La présidente de l’Assemblée de Corse, Nanette Maupertuis, ne pouvait pas entamer son allocution d’ouverture de la session d’avril sans faire référence aux élections municipales qui viennent de s’achever et qui ont vu notamment la victoire de Gilles Simeoni à Bastia. Elle félicite les candidats qui se sont engagés et les citoyens qui se sont déplacés aux urnes « Dans chaque commune de Corse, des femmes et des hommes, dont bon nombre d’entre vous font partie, se sont engagés avec conviction. Ils ont porté des projets, confronté leurs idées, parfois leurs visions, toujours avec cette volonté de servir leur territoire et leurs concitoyens ». Saluant « un taux de participation exceptionnel. In Cismonte 69 %, in pumonte 68 % pour une moyenne française de 57%. In corte parolle, in Corsica a pulitica piace e demucrazia hè viva! », elle réaffirme que « dans l’enceinte de cette Assemblée de Corse qui est un lieu de débat, parfois d’opposition, mais surtout un lieu de responsabilité, la démocratie appartient à tous. E ghjè forse quessu risultatu u più bellu. A demucrazia hè di tutti è fatta per tutti ! Elle appartient à ceux qui ont gagné, à ceux qui ont perdu, à ceux qui nous ont précédés et à ceux qui viendront ». Elle invoque la « responsabilité particulière » qui pèse sur les nouveaux élus : « Une exigence d’exemplarité, de constance, et d’engagement au service de l’intérêt général », déclarant qu’être maire ou conseiller municipal, « ce n’est pas un statut. C’est un engagement total. C’est être à l’écoute, en permanence. C’est arbitrer, parfois dans la difficulté. C’est décider le plus souvent dans l’urgence et parfois en déplaisant. Et c’est surtout chercher à rassembler, toujours et encore ».
 
Les attentes des Corses

Nanette Maupertuis insiste aussi sur les attentes des Corses : « dans une période marquée par les doutes, les tensions et parfois la défiance, les Corses attendent de vous et de nous des réponses concrètes à leurs préoccupations du quotidien ». Premièrement, le logement. « La difficulté à se loger, à accéder à la propriété, à se maintenir sur sa terre, « le droit de rester » comme le dit l’Union Européenne, est devenue une réalité pour trop de familles, pour trop de jeunes. Cette situation alimente inévitablement un sentiment d’injustice et de dépossession que nous ne pouvons ignorer ». Elle mentionne que deux rapports à l’ordre du jour, le rapport « Una casa per tutti, una casa per ognunu pour la période 2026-2031 » et le rapport d’information « relatif au cahier des charges anti-spéculation pour l'attribution des logements en primo-accession de l'Office Foncier de la Corse », tentent d’y apporter des solutions concrètes.


Deuxièmement, le pouvoir d’achat, notamment la problématique du carburant examinée lors des questions orales. « La cherté de la vie en Corse n’est pas une réalité nouvelle, mais elle s’est aggravée. Elle pèse sur les ménages, sur les travailleurs, sur les retraités. Elle fragilise les équilibres sociaux. La hausse des prix du carburant directement liée à la situation internationale, aux tensions géopolitiques, vient se surajouter, à des contraintes déjà fortes d’insularité. Ici plus qu’ailleurs, le carburant n’est pas un confort, ce n’est pas une option. C’est une nécessité. Pour travailler. Pour se déplacer. Pour vivre simplement. Cette accumulation de difficultés crée une pression forte sur notre société. Notre devoir est d’agir, avec les moyens qui sont les nôtres, mais aussi avec détermination, en portant ces enjeux au plus haut niveau ». La question sera également débattue lors de l’examen de la motion déposée par le groupe Fà populu inseme pour « l’association de la Collectivité de Corse aux missions parlementaires relatives au prix des carburants et à la cherté de la vie ».
 
L’intérêt général

Pour la présidente Maupertuis, c’est dans ces moments que : « le rôle de l’action publique prend tout son sens. Nos institutions doivent être des outils pour protéger, pour accompagner, pour corriger les déséquilibres. Et cela suppose une action cohérente, coordonnée, et surtout guidée par un seul objectif : l’intérêt général ». Et c’est au moment où les discussions sur la réforme institutionnelle pour un statut d’autonomie de la Corse vont s’ouvrir au Parlement que la présidente Maupertuis choisit de rendre hommage à Lionel Jospin, « figure majeure de la vie politique française » qui s’est éteint le 22 mars dernier. Notamment sur son rôle dans la signature des accords de Matignon qui « constitue un moment important dans l’histoire contemporaine de la Corse. Il vint d’ailleurs, en tant que Premier Ministre, à cette tribune et nous lui devons de nous en souvenir. À une période où les tensions étaient fortes, où les perspectives semblaient largement incertaines, il a su ouvrir un chemin. Un chemin fondé sur le dialogue, sur la reconnaissance, sur la volonté de construire une solution politique ». Avant de préciser que « cet héritage, et celui de tous ceux qui ont œuvré alors, nous engagent de part et d’autre. Il nous rappelle que les avancées les plus importantes ne naissent ni de l’affrontement permanent, ni de la discorde, ni du renoncement, mais de la capacité à dialoguer, à comprendre, et à bâtir dans la durée ». Des qualités dont a su faire preuve, selon elle, Gilles Simeoni, depuis 2015, au cours de ses trois mandats à la présidence du Conseil exécutif.
 
Un bel éloge

Nanette Maupertuis ne manque pas d’évoquer l’intention du président de l’Exécutif de démissionner de son mandat, suite à son élection comme maire de Bastia le 29 mars dernier. Avant de s’adresser directement à lui pour lui rendre un bel hommage : « C’est l’Histoire qui dira si effectivement cette fonction tant enviée par les hommes politiques de notre île, et à laquelle vous avez décidé de renoncer aujourd’hui, a été remplie conformément à vos engagements devant le peuple, engagements pris d’ailleurs sur la Ghjustificazione di a Revoluzione di Corsica. Mais je peux témoigner que vous vous êtes pleinement engagé - corps et âme et au sens propre - pour faire le bien, et faire le bien pour ceux qui en avait le plus besoin, avec constance, honnêteté, avec un sens de l’équité et de la démocratie qui force le respect ! Vous avez su dans une conjoncture faite d’une succession de crises majeures, mener de front simultanément des réformes structurelles exigeant opiniâtreté, énergie et capacité de rassembler au-delà de la majorité territoriale : le règlement sur les aides aux communes, le logement, les conférences sociales, les DSP maritimes et aériennes, la création de l’Etablissement public industriel et Commercial de Corse, la réduction de la fracture numérique avec le déploiement de la fibre sur tout le territoire, et j’en passe parce que nous ne sommes pas à l’heure du bilan et que la mandature ne s’achève pas… ». Mais surtout, affirme-t-elle, le président Simeoni a initié « une façon de faire de la politique et en particulier produire de la politique publique qui constitue à n’en pas douter un changement de paradigme et désormais, je le pense sincèrement, plus rien ne sera comme avant 2015 ». Avant de le remercier : « Siate ringraziatu o Sgiò Presidente per u vostru impegnu maiò à prò di l’interessi materiali è murali di i Corsi è di a Corsica ! È riparleremu di e cunsequenze pulitiche, organisaziunale mà dinò administrative di a vostra decisione dà cui à pocu ». Elle conclut sur un vœu simple : « Que nous soyons, les uns et les autres, à la hauteur des responsabilités qui sont les nôtres. Que nous sachions répondre aux attentes concrètes de nos concitoyens. Que nous fassions vivre nos institutions avec sérieux et dignité. Et que nous continuions à faire de la démocratie un outil au service du peuple corse. A strada ver di l’emancipazione hè longa de volte ghjè ancu una stradaccia mà nulla ùn pò parà un populu in marchja ».