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Miceal O’Griafa : Quand le 7è et le 9è Art s’unissent dans l’émotion !


le Mercredi 12 Décembre 2012 à 18:25 | Modifié le Jeudi 13 Décembre 2012 - 02:36


A l’occasion du double évènement culturel du Festival du film anglais et irlandais "Under My Screen" et de celui de la Bande dessinée d’Ajaccio, nous avons rencontré Miceal O’Griafa. Scénariste de bandes dessinées et président du jury du festival du film, irlandais/chilien marié à une corse, l’homme est avant tout un passionné qui aime parler! Boulimique de travail, artiste multicartes, Miceal O’Griafa a une conception bien précise de son univers, celui de la BD, mais aussi une grande connaissance en cinéma dont il a fait profiter le jury du Corsica Film Festival. Sympathique et chaleureux, il a accepté notre interview avec un plaisir non feint. Rencontre avec un artiste pas tout à fait comme les autres, en toute simplicité !


Miceal O'Griafa a présenté la bande dessinée "Libera Me" avec Frédéric Bertonchini lors du festival de la BD d'Ajaccio. (Photo: Yannis-Christophe Garcia)
Miceal O'Griafa a présenté la bande dessinée "Libera Me" avec Frédéric Bertonchini lors du festival de la BD d'Ajaccio. (Photo: Yannis-Christophe Garcia)
L’INTERVIEW GRAND ANGLE… Miceal O’Griafa, scénariste de Bandes dessinées

- Corse Net Infos : Miceal O’Griafa, vous êtes avant tout scénariste de BD mais également président du jury pour le festival du film Anglais et Irlandais cette année. Est-il compliqué de faire le grand écart entre ces 2 univers..?
- Miceal O’Griafa : Pas tant que ça en fait ! Quelque part, la BD est une sorte de cinéma sur papier qui, contrairement à ce dernier, n’a pas de problèmes de budget. La BD est plus accessible et plus facile à réaliser. Par exemple, une scène de course poursuite peut se réaliser en seulement 3 images!
 
- CNI : Parlez-nous un peu de ce festival de la BD d’Ajaccio, quel est le but d’une telle manifestation ?
- M.O’G : C’est une chose très importante car c’est une forme très riche ! Vous savez, il y a 3 types de BD : la bande dessinée corse qui a le mérite d’exister et qui est de très grande qualité car je suis persuadé que les insulaires ont une capacité incroyable à raconter des histoires ! Mais aussi la BD historique qui vient apporter un nouvel éclairage, différent, sur l’Histoire. Et enfin les nouveaux formats comme la BD destinée a être lue sur les nouveaux outils multimédias, comme les tablettes etc… C’est un fond très riche !
D’ailleurs, actuellement  je travaille sur une BD d’adaptation du roman de Mérimée « La Venus d’Ile ». Mais l’action sera transposée dans les années 1920 en Egypte au moment de la découverte de la tombe de Toutankhamon. La BD, c’est avant tout l’immersion !

- CNI : Justement, on sait que le secteur de l’édition est en crise même si la BD échappe encore à cette récession de l’écrit. Ne craignez-vous pas que le développement du numérique porte atteinte de la même façon à la BD papier ?
- M.O’.G : Non seulement je ne le crains pas mais j’ai également la certitude que le numérique ne tuera pas le livre papier ! Après, il faut admettre que souvent, l’erreur des éditeurs est de vouloir transposer des livres papiers vers le numérique. Cela est difficile car, même avec un écran assez large, imaginez des œuvres de plusieurs centaines de pages avec des caractères réduits, cela devient vite un cauchemar !
La bonne stratégie serait plutôt d’écrire directement et différemment pour le format numérique. Cela a l’avantage d’offrir de nouvelles possibilités d’écriture et d’ainsi amener le lecteur à nous suivre dans ce nouvel univers. La différence avec le cinéma où le spectateur est concrètement présent devant l’écran, c’est que dans la BD il faut le capter, le captiver.

- CNI : On constate de jour en jour davantage une désaffection de la jeune génération pour la lecture au profit d’autres supports, plus modernes peut-être… Inversement alors, la bande dessinée peut-elle être le vecteur de la découverte ou de la redécouverte de la littérature en général ?
- M.O’.G : L’adaptation des œuvres en bande dessinée peut clairement décider le lecteur à aller découvrir l’œuvre originale selon moi. Et plus généralement, je suis persuadé que la BD peut amener jeunes ou moins jeunes vers la lecture.





Le public ajaccien s'est déplacé en masse au Festival de la BD pour découvrir les nouveautés et rencontrer les auteurs. (Photo: Yannis-Christophe Garcia)
Le public ajaccien s'est déplacé en masse au Festival de la BD pour découvrir les nouveautés et rencontrer les auteurs. (Photo: Yannis-Christophe Garcia)
- CNI : Quel est votre rapport avec la BD ? D’où vous vient cette passion peu commune..?  
- M.O’.G : Alors… Pour commencer, j’ai vécu dans 7 pays différents avant l’âge de 10 ans. A cette époque, je connaissais très peu de références en BD, juste les fondamentaux comme Tintin, Astérix, Lucky Luke et les Comix. J’ai d’ailleurs été élevé à l’école Comix ! C’est à l’âge de 10 ans que je suis arrivé en France et j’ai alors découvert la bande dessinée franco-belge avec Hermann notamment.
On peut dire que j’ai développé ma passion à ce moment là et que je n’ai jamais arrêté depuis.
 
- CNI : Et du côté professionnel alors, comment Miceal O’Griafa est-il devenu scénariste de BD..?
- M.O’.G : En fait c’est vraiment en Corse que tout a commencé ! C’était dans une revue qui s’appelle Eklipse à Petreto Bicchisano à laquelle j’ai commencé à collaborer et qui traitait de BD franco-belge, de comics et de mangas. Puis j’ai collaboré avec diverses autres revues notamment Tram 9 et bien d’autres…
Je travaille également pour le festival d’Angoulême pour lequel je suis interprète, je collabore aussi pour Marvel et Disney ainsi que pour la FNAC.

- CNI : Pourquoi scénariste et pas dessinateur ? C’est un choix délibéré ?
- M.O’.G : (rire) En fait, pour tout vous dire, même si je m’y suis essayé, je n’étais pas un assez bon dessinateur ! Alors, je me suis dit pourquoi pas devenir scénariste ? Cela s’est fait comme ça ! J’ai fait l’adaptation par exemple des « 5 petits cochons » d’Agatha Christie, mais je me suis également lancé dans des interprétations de films, des interviews, des traductions pour des réalisateurs et je suis aussi interprète Anglais/Français et Espagnol pour le Festival de la BD d’Angoulême.
 
- CNI : Au milieu de tout cela, comment avoir atterri comme président du jury du Festival du film anglais et irlandais ? Pourquoi avez-vous accepté ?   
- M.O’.G : Cette 4è édition du festival donne une grande place à l’Irlande. Etant donné que je suis né d’un père irlandais et d’une mère chilienne, je pense que cela avait du sens pour moi. Par ailleurs, il y avait en parallèle l’évènement de la BD « Libera Me » avec Frédéric Bertonchini, qui a été un gros carton en terme de ventes.
Du coup, le festival du film et celui de la BD se sont télescopés et j’ai été contacté par l’équipe de Corsica Film Festival. J’ai également la réputation d’aimer parler beaucoup, donc je pense qu’il y a un peu de tout cela !
Mais également car ce jury distinguait l’aspect anglais et irlandais.

"Le rapport et le contact avec le public sont pour moi très importants" a affirmé Miceal O'Griafa. Comme ici lors de séances dédicaces durant le festival de la BD d'Ajaccio. (Photo: Yannis-Christophe Garcia)
"Le rapport et le contact avec le public sont pour moi très importants" a affirmé Miceal O'Griafa. Comme ici lors de séances dédicaces durant le festival de la BD d'Ajaccio. (Photo: Yannis-Christophe Garcia)
- CNI : Concrètement, quel a été votre rôle au sein de ce jury du festival du film ?
M.O’.G : Nous étions 6 jurés en tout. A mon niveau, le président du jury, même si c’est un grand mot, joue un peu le rôle de modérateur. Il y a des personnalités différentes au sein du jury avec des avis souvent différents et il faut parvenir à faire la synthèse en respectant les convictions de chacun.
Mais le jury a également la mission de faire la promotion du festival et d’accompagner les invités. Par exemple cette année, nous avons accompagné en permanence David Mackenzie, pour lui faire découvrir la Corse mais aussi dans ses rencontres avec le public en général et par exemple avec le public scolaire.
Côté cinéma, j’ai fait mon maximum pour voir les films en salle car le rapport et le contact avec le public sont pour moi très importants.

- CNI : Justement, que représente le cinéma pour vous ?
- M.O’.G : Je me répète mais pour moi, le cinéma se fait et se vit avant tout en salle ! C’est une véritable expérience communautaire !
 
- CNI : Comment s’est passée l’analyse des films et comment se prenaient les décisions ?
- M.O’.G : Pour l’analyse des œuvres, on a fait les choses un peu chacun de notre côté au départ puis nous avons confronté les points de vue. Comme je vous l’ai dit, il y avait des personnalités très différentes au sein de ce jury et cela a parfois été de grands débats ! (rire) Au départ, nos échanges tournaient autour de 4 films et cela a été de longues discussions, de longs débats passionnés !

- CNI : Justement, la sélection des œuvres était-elle selon vous de qualité ?
- M.O’.G : Incontestablement ! Cette sélection était d’une grande qualité. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons eu autant de mal à trancher. Puis, de fil en aiguille, nous avons restreint notre choix, car il fallait vraiment que le vote du jury d’Ajaccio ait un sens ! Quoiqu’il en soit, ce qui compte avant tout, c’est l’émotion !


"J’ai horreur de la manière dont la Corse est montrée, pointée du doigt par les médias nationaux en ce moment. Je pense que des initiatives comme ce festival permettent de casser ces clichés et de montrer qui nous sommes vraiment !" Miceal O'Griafa (Photo: Yannis-Christophe Garcia)
"J’ai horreur de la manière dont la Corse est montrée, pointée du doigt par les médias nationaux en ce moment. Je pense que des initiatives comme ce festival permettent de casser ces clichés et de montrer qui nous sommes vraiment !" Miceal O'Griafa (Photo: Yannis-Christophe Garcia)
- CNI : Que peut-on souhaiter enfin à ce festival pour les prochaines éditions ? Y a-t-il des chances dans l’avenir que ce festival devienne celui du film anglais, irlandais et écossais comme l’avait, en guise de clin d’œil, évoqué David Mackenzie au cours de notre interview..? 
- M.O’.G : (sourire) Honnêtement je ne pense pas. Non pas évidemment que le cinéma écossais ne présente pas d’intérêt, bien au contraire ! Mais seulement pour des questions de praticité. Imaginez que chaque année des réalisateurs d’origines diverses soient invités et que l’on diffuse des films de ces pays, à un moment, ça ne rentrerait plus sur l’affiche !
Plus sérieusement, ce n’est pas un festival de films faciles, vous l’avez constaté en suivant les films pour vos chroniques. C’est un challenge permanent qui nous met tous au défi et nous avons besoin de cela !
On doit évidemment souhaiter que ce festival continue longtemps, évolue, et je tiens à m’engager dans ce sens. Mais ce festival est également indispensable car il permet à un large public d’avoir accès à des films en VOST (version originale sous-titrée) et ainsi, permet de faire découvrir autre chose, d’avoir un regard ouvert sur ce qui se fait à l’extérieur de notre île. Et de fait, de nous confronter à autre chose pour pouvoir partager des moments privilégiés entre les films.
Pour l’exemple, j’étais d’ailleurs très intéressé de voir les réactions des élèves du collège de Baléone lorsque David Mackenzie s’est rendu sur place pour échanger avec eux sur les films. Et lui aussi était ravi de ces échanges et souvent bluffé par la qualité de ces discussions avec les enfants.
Vous savez, j’ai horreur de la manière dont la Corse est montrée, pointée du doigt par les médias nationaux en ce moment et je pense que des initiatives comme ce festival permettent de casser ces clichés et de montrer qui nous sommes vraiment !
 
- CNI : Merci beaucoup de nous avoir accordé cette longue interview !
- M.O’.G : C’était avec plaisir ! Merci à vous ! 

Interview réalisée par : Yannis-Christophe GARCIA

Une pleiade de bandes dessinées et des dizaines d'auteurs ont constitué le cadre de ce festival de la BD d'Ajaccio. (Photo: Yannis-Christophe Garcia)
Une pleiade de bandes dessinées et des dizaines d'auteurs ont constitué le cadre de ce festival de la BD d'Ajaccio. (Photo: Yannis-Christophe Garcia)

La BD nustrale est riche et diversifiée, à l'image du "Bagne de la honte"  de Frédéric Bertonchini et Eric Ruckstuhl. (Photo: Yannis-Christophe Garcia)
La BD nustrale est riche et diversifiée, à l'image du "Bagne de la honte" de Frédéric Bertonchini et Eric Ruckstuhl. (Photo: Yannis-Christophe Garcia)




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