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Les gardiens de l'Empire : à Ajaccio, ces passionnés font revivre l'histoire de Napoléon


Jeanne Soury le Jeudi 6 Août 2026 à 20:00

Depuis près de trente ans, l'association du 2ème Régiment des Chasseurs à pied de la Garde fait battre le cœur de la cité impériale au rythme des tambours et des fifres. Mais derrière les uniformes impeccables et les cérémonies se cache un véritable travail de transmission, de recherche historique et de passion, porté par des bénévoles qui ont fait de l'héritage napoléonien une seconde nature.



(Photos : Paule Santoni)
(Photos : Paule Santoni)
Le bruit des tambours résonne dans les rues d'Ajaccio. Les fusils claquent au rythme des ordres, les bonnets à poil attirent les regards et les touristes dégainent leurs appareils photo. Chaque jeudi soir, la relève de la garde offre un voyage dans le temps. Mais derrière ce spectacle devenu incontournable se cache une aventure humaine vieille de plusieurs décennies. « C'est une fierté de représenter l'Empire et surtout de représenter la ville d'Ajaccio », confie José Fogacci, président du 2ème Régiment des Chasseurs à pied de la Garde depuis bientôt trente ans. Une passion qui ne s'est jamais démentie.

 Aujourd'hui, le groupe est composé de 28 membres, dont six femmes et une benjamine de seulement huit ans, qui participe aussi bien aux relèves de la garde qu'aux cérémonies officielles, aux journées napoléoniennes de Corte, aux commémorations religieuses ou encore à l'accueil des visiteurs arrivant par bateau. « Nous sommes un peu sur tous les fronts. L'idée, c'est de promouvoir l'emblème d'Ajaccio et son histoire napoléonienne. »

Des années à traquer le moindre détail

L'authenticité n'a pourtant pas été acquise du jour au lendemain. En 1999, lors d'un déplacement pour une reconstitution historique, les Ajacciens essuient plusieurs remarques de spécialistes. « Les uniformes n'étaient pas conformes », se souvient José Fogacci. Bonnet à poil synthétique, boutons inadaptés, épaulettes approximatives... impossible d'accéder aux champs de bataille sans respecter les standards historiques.

Plutôt que de se décourager, les bénévoles prennent ces critiques comme une feuille de route. « À chaque voyage, on revenait avec une nouvelle liste de choses à corriger. On repartait, on fabriquait, puis on revenait l'année suivante. Ça a pris des années », explique José Fogacci. Aujourd'hui, les coupes, les galons, les boutons et les accessoires respectent fidèlement les modèles de l’époque.

Le plus impressionnant reste sans doute que la plupart des uniformes sont confectionnés... par les membres eux-mêmes. Face au coût exorbitant des tenues, près de 800 euros pour un seul uniforme, José Fogacci décide de se lancer dans la couture. « J'ai appris sur le tas. Ça m'a coûté beaucoup de tissu », raconte-t-il en souriant.

Avec l'aide de son épouse, il démonte des uniformes, réalise ses propres patrons et adapte chaque modèle à la morphologie des membres de l’association. « Aujourd'hui, je peux pratiquement tous les faire. » Un savoir-faire qu'il transmet désormais aux plus jeunes. C'est le cas d'Anaïs Caton, entrée officiellement dans l'association il y a quatre ans mais plongée dans cet univers depuis sa naissance. « Ma maman défilait déjà lorsqu'elle était enceinte de moi », raconte-t-elle avec un sourire.

Aujourd’hui, elle est la photographe du groupe. « C'est comme ma deuxième famille. José m'a appris la couture. Je suis fière de faire partie de ce groupe et de partager ces moments ensemble. » Même si l'exercice demande quelques sacrifices. « Beaucoup de jeunes me demandent comment je fais avec la chaleur. C'est vrai que c'est une grosse épreuve. Au début, je faisais même des malaises pendant les essayages. Avec l'habitude, on s'y fait. »

Bien plus qu'un spectacle

Pour les visiteurs, la relève de la garde impressionne par sa précision. Pour les membres, chaque geste raconte une histoire. Lorsque les soldats exécutent certains mouvements, José prend le temps d'en expliquer le sens. Pourquoi dit-on « passer l'arme à gauche » ? Pourquoi les commandements sont-ils plus longs qu'aujourd'hui ? Comment les soldats apprenaient-ils leur gauche et leur droite alors que beaucoup ne savaient ni lire ni écrire ?

Autant d'anecdotes qui captivent le public. « Les gens viennent nous poser des questions. Certains veulent savoir comment est mort Napoléon, d'autres demandent si les uniformes sont vraiment identiques à ceux de l'époque. Il y a un véritable intérêt historique derrière le spectacle », souligne le passionné. 

À seulement 21 ans, Marie-Isabelle a rejoint l'association il y a deux ans presque par hasard. Flûtiste dans le même orchestre que José Fogacci, elle accepte un jour d'essayer le fifre, cette petite flûte traversière utilisée dans les musiques militaires. « J'ai tout de suite aimé l'esprit de l'association et le fait de porter des uniformes d'époque. » Le soir de la relève, elle accompagne les tambours, contribuant à recréer l'ambiance des régiments impériaux.

À travers leurs démonstrations, leurs explications et leurs cérémonies, les Chasseurs à pied de la Garde offrent ainsi bien plus qu'une animation touristique. Ils donnent corps à une page d'histoire. « Ajaccio est la cité impériale. Napoléon est né ici. Nous avons le devoir de préserver ce patrimoine », conclut le président.