
Ce questionnement semble avoir touché une bonne partie des candidats corses, qui ont modifié leur stratégie numérique pour les élections législatives du 30 juin et 7 juillet. Plusieurs concurrents à la députation ont choisi d'investir l'espace numérique, reconnaissant l'importance croissante des réseaux sociaux dans le paysage politique contemporain.
L'art de manier les leviers d'internet
Face à la caméra, ils communiquent avec leur public numérique, certains avec plus d'aisance que d'autres. Ils intègrent souvent des extraits de débats, agrémentés de musique et d'effets sonores. Ce style de présentation évoque les vidéos populaires sur TikTok, où des rappeurs se défient avec des punchlines percutantes. Jean-Baptiste Luccioni, maire de Pietrosella et candidat du Nouveau Front Populaire dans la deuxième circonscription de Corse-du-Sud, est un exemple.
Connecté sur Instagram, Facebook et X (Twitter), c'est sur TikTok qu'il espère captiver les jeunes électeurs. Bien que son compte ne compte que 360 followers, l'édile utilise une touche d'ironie et des vidéos rythmées par la musique pour mener sa campagne contre la montée de l'extrême droite, car "ça l'énerve".
Watch on TikTok
La présence de plusieurs candidats corses sur TikTok illustre bien comment les aspirants députés diversifient leurs moyens de communication pour atteindre différents segments de l'électorat, en particulier les jeunes adultes souvent moins engagés par les canaux traditionnels. Par exemple, Romain Colonna, candidat de Femu a Corsica dans la première circonscription de Corse-du-Sud, a su tirer parti des réseaux sociaux pour dynamiser sa campagne électorale. Actif sur Instagram, Facebook et X (Twitter), il se distingue par des vidéos sous-titrées qui mettent en avant son engagement pour le "peuple corse", son programme, et sa présence constante "sur le terrain". Le conseiller exécutif de la majorité territoriale a particulièrement réussi à percer sur TikTok, où il cumule plus de 7500 abonnés.
Cette plateforme, prisée par les jeunes, est un choix stratégique pour captiver le vote des primo-votants qui se rendront aux urnes pour la première fois. En utilisant des vidéos courtes et percutantes, les candidats parviennent à toucher une audience jeune et connectée, renforçant ainsi leur influence et leur visibilité. Cependant, les messages condensés par le format TikTok "peuvent entraîner une simplification excessive des enjeux politiques, en vue d'un public qui est peut-être moins informé ou moins cultivé politiquement parlant", souligne de son côté Refka Payssan, experte en technologies de l'information et de la communication à l'ère numérique. Romain Fargier note également l'utilisation du sarcasme, de l'ironie et de mèmes humoristiques par l'extrême droite, qui crée "des communications politiques très stéréotypées", souvent basées "sur les émotions et le pathos".
Watch on TikTok
Paul-André Colombani, député sortant de la deuxième circonscription de Corse-du-Sud (PNC), adopte une approche légèrement différente. Présent sur le web, il a choisi une stratégie axée sur les faits. En plus de partager des moments de cette campagne éclair, il met en avant le bilan de sa mandature à l'Assemblée nationale et les actions qu'il a menée pour la Corse, offrant ainsi à ses followers la possibilité de constater par eux même son action et renforcer sa crédibilité et son engagement pour l'ile.
Etre omniprésent dans le quotidien des électeurs
De plus, les plateformes comme TikTok, Instagram et Twitter permettent de toucher une large audience à un coût relativement faible par rapport à une campagne électorale traditionnelle. Cela offre aux candidats une opportunité précieuse de se faire connaître et de mobiliser des soutiens électoraux. En parallèle de sa présence sur le terrain et de l'organisation de soirées pour rencontrer ses soutiens, François-Xavier Ceccoli, candidat dans la deuxième circonscription de Haute-Corse s'investit également dans l'élaboration de vidéos explicatives sur son programme. Battu de 156 voix lors des dernières élections, le candidat qui comptabilise 5000 fans sur Facebook et 1600 sur X semble déterminé à combler cet infime écart avec son principal adversaire.