L’écho, en plaine, dans toute la Corse et sur le Continent, de la disparition tragique de Jean-Paul Garcia, 65 ans, infortunée victime des intempéries qui ont frappé la Plaine orientale, et plus particulièrement Ghisonaccia et la base aérienne de Solenzara, laisse, pour ceux qui l’ont connu et approché, la viduité pénétrante d’un homme à l’humanisme rare.
Venant sur l’Île des Justes à la faveur de vacances en Corse avec ses parents, il campait à Aléria dès la fin des années 1970, où il rejoignait sa famille au Fort de la cité antique.
Puis Jean-Paul Garcia est arrivé définitivement sur l’île il y a une quinzaine d’années pour s’installer à Casevecchje. Le maire d’Aléria, Jean-Claude Franceschi, déplore son décès, à l’image des hommages unanimes qui affluent à notre rédaction. Il garde le souvenir « d’une belle personnalité altruiste, très proche des animaux ». « Il nous manquera beaucoup », souffle-t-il.
Cette personnalité atypique était aussi très attachée à ses racines corses. Proche des sentiers, proche des rivages, proche des hommes et de ce bréviaire d’animaux, de bêtes, de chiens qu’il portait, pourrait-on dire, en amulette autour de son cou, Jean-Paul avait décidé de jeter l’ancre sur cette terre corse qui le reconnaissait parmi les siens. Par les voies impénétrables de la génétique, il avait fait siennes sa terre, son peuple, sa langue, sa culture, son identité autant que ses particularismes.
Au quotidien, éclectique, ouvert, chaleureux, il engageait avec confiance et insouciance, sans aucun mot discordant, un débat, une discussion pacifique avec ses congénères corses, ou un dialogue sans fin avec les animaux, les chiens, le vivant, le brûlant, l’animé et l’inanimé.
Unanimement reconnu, avec son chapeau de cow-boy coiffant sans ostentation ni orgueil les cheveux portés libres de ce beau profil indien pétri de bonté, Jean-Paul était de ceux « qui donnait ce qu’il n’avait pas ». Cette terre le pleure aujourd’hui, lui dont les origines étaient partagées entre La Destrousse, près de Marseille, et sa famille corse du Fort d’Aléria.
Il laisse des amis, mais aussi une faune tant aimée, désormais esseulée, orpheline, puisque, comme nous le précise le maire d’Aléria, « Jean-Paul œuvrait avec passion comme bénévole au sein du refuge I Cani Corsi ».
Ses frères corses, choqués, bouleversés, ne pourront occulter de leur mémoire son esprit de fête, son humble phrasé et sa fibre humaniste, subodorée comme une ultime liane le reliant à l’univers. Restent aussi ses dernières photos et vidéos publiées sur Facebook lors de ces maudites intempéries : dernier signe, dernière signature, dernier souffle d’amour à l’humain, à sa famille, à ses proches, depuis cette sépulture d’eau les appelant à fraterniser.
Aujourd’hui, nos profondes condoléances, émues et attristées, vont vers sa maman, son « frérot », dépositaire de ses derniers mots et « missions », ses proches et ses amis. Tous retiendront, comme nous, de son exode corse, de son accostage sur sa terre ferme insulaire, une échappée, une route de pèlerinage, une terre d’élection, avant qu’elle ne devienne le ciel de lit de son plus beau voyage.
Il est de ces belles âmes, comme Jean-Paul Garcia, dont la lumière diamantifère de la physionomie, du regard et des pas dégageait, de facto, des routes et des chemins d’amour, d’altruisme et de paix, divinement aptes à rééquilibrer les chakras éteints quand l’espoir pâlit.
Cher ami des hommes et des bêtes, vole et poursuis ton voyage de passeur.
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