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Florence Grilli : " Toutes les femmes n'arrivent pas à raconter à la police les drames qu'elles vivent "


Rédigé par Rémi Di Caro le Lundi 4 Mars 2019 à 21:27

A la suite du drame qui a eu lieu ce dimanche 3 février à L'Île-Rousse, Francine Grilli, directrice du Centre d'Information des Droits et des Familles de Haute-Corse (CIDFF) s'est exprimée sur la question des violences conjugales de plus en plus récurrentes et aux issues de plus en plus dramatiques.




Florence Grilli : " Toutes les femmes n'arrivent pas à raconter à la police les drames qu'elles vivent "
- Pour commencer est-ce que vous pouvez nous expliquer le rôle que joue la CIDFF sur le plan des violences conjugales ?
- C’est un centre d’information des droits des femmes et des familles en Haute-Corse. La clé de voûte de l’association est l’information juridique. On donne des informations juridiques aux femmes qui en ont besoin. Nous en Haute-Corse on a développé tout ce qui était relatif à la violence faite aux femmes. On est au plus près des personnes dans l’établissement de leurs projets, et en ayant toutes les informations juridiques nécessaires concernant leurs situations, on suit les orientations qu’elles ont prises, en lien avec nos partenaires : les services de justice, les services de police, les services de sécurité, le service social, l’unité violence de l’Hôpital de Bastia ou encore avec des psychiatres.


- Pour revenir à l’actualité, et au drame de ce dimanche on affirme que la victime avait auparavant émis 2 signalements aux services de police qui étaient restés sans suite.  Comment se fait-il que les plaintes n’aboutissent que très rarement à des procédures pénales ?
Quand une victime va déposer plainte dans une gendarmerie, il y a un procès verbal qui est établi et qui est transmis directement au procureur. Après je ne peux pas parler de ce cas spécifiquement, mais c’est ce qui se fait régulièrement : une fois que la victime a déposé plainte, les gendarmes ont obligation de prendre cette plainte qui arrive directement aux services de justice. Après là on est plus dans le rôle du CIDFF qui reste la prévention, l’accueil des victimes et un accompagnement personnalisé.

- Justement, ces femmes que vous accueillez ne soulèvent jamais une éventuelle faille dans le système judiciaire, comme si elles n'étaient pas écoutées ?
-
Chaque situation de violence est particulière. Avant de parler des violences faites aux femmes, il faut imaginer ce que ces femmes vivent : elles sont dans la peur, dénigrées, ne prennent plus aucune initiative. Donc une femme victime de violence a du mal à parler d’elle, elle a honte de ce qu’elle vit, elle craint son compagnon. Alors quand elle arrive dans un service de gendarmerie pour déposer plainte, quelques fois elle peut dire des choses et se rétracter. Moi j’ai des femmes qui m’ont appelé en me disant qu’elles se faisaient cracher au visage et c’est seulement au bout d’un certain moment qu’elles avouent les violences physiques. Il faut prendre la situation dans sa globalité. Pas toutes les femmes n'arrivent à raconter à la police ce qu’elles vivent réellement. Le service de justice doit prendre en compte la parole de la femme mais aussi celle du monsieur, et souvent le monsieur violent va rejeter la faute sur sa compagne en disant «  non je ne suis pas violent » ou encore « je suis obligé de l’être car ce n’est pas une bonne mère ». Ce sont des situations à examiner avec beaucoup de prudence et de soins. 


- Est-ce-que vous pensez qu'il faudrait revoir les formations des services de police et judiciaires concernant les violences conjugales ?
- Moi je pense qu’il faudrait qu’il y ait un module de formation sur les violences dans toutes les disciplines. On en a si peu parlé, on découvre tellement maintenant, c’est nouveau cette ampleur et cette gravité des violences. C’est aussi un problème de société : j’ai entendu des gens témoigner ce matin en disant qu’ils savaient, qu’ils lui ont donné des habits parce que son ex-compagnon l’avait mis dehors. Mais ce n’est pas aider une femme victime de violence, il faut aller vers elle, quelques fois elle ne dit pas tout mais il y a des appels au secours. Il faut que tout le monde soit formé, qu’on sensibilise plus : à partir du moment où une femme meurt tous les 2 jours et demi, c’est d’une extrême gravité. Mais pour me réconforter, je me dis que on a réussit à en sauver pas mal, notamment une jeune femme récemment.

- Alors, quelles seraient les options à mettre en place pour aider ces femmes qui ne sont que trop peu entendues ?
- Les solutions sont déjà de faire plus d’information sur ce qui existe. Par exemple, au CIDFF on a développé de nombreuses activités dont une des premières en 1994 qui est un numéro vert anonyme et gratuit que les femmes peuvent appeler quand elles en ont le plus besoin, c’est le 0 800 400 235. Elles trouvent une correspondante qui va les aider à mettre de vrais mots sur ce qu’elles sont en train de vivre et les orienter vers l’informatrice juridique du CIDFF qui va leur donner leurs droits. Tout ce travail se fait en lien avec nos divers partenaires cités précédemment.
Il y a par exemple, pour parler de L’Ile-Rousse, un accueil de jour avec une vraie possibilité pour ces femmes de venir et d’en parler : l’accueil peut ensuite contacter la gendarmerie et lui expliquer la situation, ou encore la mettre en lien avec un docteur spécialisé qui pourra établir un certificat médical. Une fois que cette femme a déposé plainte, qu’elle a un dossier avec les certificats médicaux qui vont correspondre, il y a des avocats qui sont spécialisés dans les violences conjugales. Et c’est grâce à toutes ces personnes réunies qui parlent le même langage, qu'on arrive à aider correctement la victime.  " 

 



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