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Déblocage des ports : Des mesures exceptionnelles d’urgence pour faire baisser le prix du GNR marin


Nicole Mari le Jeudi 9 Avril 2026 à 21:39

Après trois jours de blocage des ports corses, un protocole d’accord a été validé lors de la table ronde organisée jeudi après-midi en préfecture d'Aiacciu, en présence des services de l'Etat, de l’Exécutif corse, des représentants des pêcheurs, des pétroliers et de la Chambre de commerce nouvelle formule. Les pétroliers et les autorités portuaires, ont accepté de baisser, voire d’annuler temporairement leurs marges au niveau du GNR marin. Des mesures exceptionnelles d’urgence pour deux mois à effet immédiat, le temps que la mission parlementaire sur le prix des carburants rende ses préconisations. Explications de Gilles Giovannangeli, conseiller exécutif et président de l’ADEC.



Déblocage des ports, ici le port de commerce de Bastia. Photo Gérard Baldocchi.
Déblocage des ports, ici le port de commerce de Bastia. Photo Gérard Baldocchi.
« Après une réunion qui a duré plus de trois heures, la proposition, qui a été faite au syndicat des pêcheurs, a été acceptée. Elle nous paraît être, dans ce moment de crise, une solution acceptable par tous », se félicite Gilles Giovannangeli, conseiller exécutif et président de l’ADEC, au sortir de ladite réunion. L’objectif était double : aborder la problématique des prix des carburants au niveau structurel et celle plus spécifique du GNR marin au niveau conjoncturel après le blocage des ports corses par les pêcheurs pour protester contre la flambée des prix du carburant qui les empêche de travailler. Les participants sont d’abord tombés d’accord sur un constat. « La Corse fait face à un problème structurel qui dure depuis plus de 40 ans. La Collectivité de Corse n’a pas cessé depuis 1987 d’alerter l’État sur ce problème du prix des carburants. En décembre 2025, le président de l’Exécutif a adressé un courrier au Premier ministre pour lui demander de réunir rapidement une Commission sur ce sujet. Nous n’avons jamais eu de véritable réponse. Nous considérons que la réponse implique forcément des modifications législatives et réglementaires intégrant à fortiori l’avis de l’Autorité de la concurrence et qui a vocation à travailler à la fois sur la disparition de mécanismes qui pourraient conduire à des surcoûts ou à des surprofits, sur une fiscalité adaptée et aussi sur l’encadrement des prix, chaque fois que nécessaire. C’est la proposition que nous faisons de manière récurrente depuis plusieurs années au gouvernement », précise-t-il.
 
Des missions parlementaires
Face à l’acuité de la crise pétrolière, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a finalement confié au député de la 1ère circonscription de Haute-Corse, Michel Castellani, une mission parlementaire sur la vie chère en Corse, chargée de diagnostiquer les raisons de la hausse des prix dans l’île et de formuler des propositions. Une mission concernant plus spécifiquement la question des prix des carburants en Corse a, elle, été confiée au député de la 2ème circonscription de Corse-du-Sud, Paul-André Colombani. « Nous souhaitons que cette mission puisse travailler, urgemment, en profondeur et rendre dans les trois mois, son analyse et ses préconisations, et qu’elle le fasse en associant largement la Collectivité de Corse », commente Gilles Giovannangeli. « Nous avons acté la nécessité de ce volet structurel, il était important que nous soyons tous d’accord là-dessus ».
 
Des mesures d’urgence
Dans l’attente des résultats de ces missions et compte tenu de l’urgence, les différentes parties ont fini par valider un protocole d’accord conjoncturel pour résoudre provisoirement la situation des pêcheurs. « Nous avons travaillé et fini par aboutir à une proposition d’action à plusieurs niveaux. Il y avait d’abord sur la table la proposition de l’État d’une baisse de 20 centimes sur le GNR marin qui, en l’occurrence, permet de travailler sur la crise, mais ne permet pas de travailler sur le différentiel structurel entre les prix du GNR en Corse et du GNR sur le continent. Nous avons convenu qu’ajouter à cette baisse de 20 centimes, les distributeurs de GNR feraient un effort sur leur marge, un effort qui reste à quantifier, qui peut varier suivant les ports, voire même annuler leurs marges. TotalEnergies, a par exemple, proposé de faire un effort de 10 centimes sur les deux ports où il était à la fois distributeur et détaillant, que ce soit pour les bateaux de plaisance ou les pêcheurs. De la même façon, les autorités portuaires ont décidé de baisser ou d’annuler leurs marges », explique Gilles Giovannangeli.
 
Le cas d’Aiacciu
Les autorités portuaires, qui sont généralement propriétaires des ports, sont, soit des communes, soit le nouvel EPCI (Etablissement public de commerce et d’industrie) qui remplace l’ex-Chambre de commerce et d’industrie. Elles fournissent le gasoil aux pêcheurs par une mécanique, soit de régie, soit de Délégation de service public (DSP). « Ce deuxième accord est important car il permet d’avoir un prix du gasoil globalement équilibré afin qu’il n’y ait plus de disparité forte entre l’ensemble des ports corses qui sont sous autorités portuaires différentes. Dans ce cadre-là, un effort spécifique a été consenti pour Aiacciu dans l’autorité portuaire est l’EPCI de Corse. C’est le port qui compte le plus de pêcheurs et où le prix du GNR marin est aujourd’hui le plus cher, de l’ordre de 1,46 € contre 0,94 centimes à 1,15 euro pour les autres ports. Nous avons proposé de baisser le prix du GNR à 1,05 € de manière transitoire pendant les deux mois à venir. L’EPCI de Corse prendra en charge le différentiel après discussion dans le cadre de la DSP avec l’exploitant actuel. Cet effort conséquent sera fait à la fois par l’EPCI et par le délégataire », indique le président de l’ADEC. Ces mesures exceptionnelles prennent effet de manière immédiate, pour une période de deux mois, le temps, espère Gilles Giovannangeli, de laisser retomber la crise pétrolière et d’attendre les conclusions de la mission parlementaire. « Ces mesures exceptionnelles sont suspendue à la nécessité de voir la mission des parlementaires aboutir dans un temps le plus court possible qu’on estime à deux, voire trois mois, maximum, pour pouvoir traiter au fond le sujet du prix des carburants en général et du prix du GNR marin en particulier et permettre au gouvernement de prendre les mesures nécessaires, y compris par une modification législative ou réglementaire ». 
 
N.M.