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Cancer du sein : en Corse, le dépistage reste un défi malgré les progrès de la prise en charge


Jeanne Soury le Jeudi 1 Octobre 2026 à 09:00

Alors que débute Octobre Rose, le Dr Stéphane Oden, chirurgien gynécologue à l’Hôpital Privé Sud Corse, revient sur les progrès de la prise en charge du cancer du sein. En Corse, environ 400 cancers sont pris en charge chaque année. Mais derrière les innovations médicales, une réalité demeure : certaines femmes arrivent encore trop tard.



Selon le Dr Oden, 20 à 30 % des femmes ne réalisent toujours aucun dépistage du cancer du sein (©CNI)
Selon le Dr Oden, 20 à 30 % des femmes ne réalisent toujours aucun dépistage du cancer du sein (©CNI)
Elle a senti une petite boule. Elle l’a vue, l’a probablement sentie plusieurs fois. Mais plutôt que de consulter, comme encore de trop nombreuses femmes, elle a préféré attendre. Parce que le diagnostic fait peur, parce qu’elles imaginent déjà le pire.

C’est une situation que le Dr Stéphane Oden, chirurgien gynécologue, rencontre encore dans sa pratique. « Les patientes avaient bien vu qu’elles avaient une petite boule, mais elles disaient : bon bah si j’ai un cancer, de toute façon je suis foutue, je fais rien », raconte le chirurgien. Pourtant, le retard peut changer la suite de la prise en charge. « On a beaucoup de patientes qui arrivent avec des cancers du sein avancés qui auraient pu être prises en charge bien plus tôt avec un très bon pronostic », observe-t-il.

Le dépistage reste donc le premier enjeu. Selon le Dr Oden, 20 à 30 % des femmes ne réalisent toujours aucun dépistage, ni dans le cadre organisé, ni à titre individuel. En l’absence d’antécédent particulier, le dépistage organisé repose sur un courrier reçu de façon indépendante d'une consultation médicale. Ce courrier est envoyé tous les deux ans chez les femmes entre 50 et 74 ans, et les incitent à se rendre dans un cabinet de radiologie pour effectuer une mammographie. 

À l’Hôpital Privé Sud Corse (HPSC), 85 patientes ont été prises en charge pour un cancer du sein l’an dernier. En Corse, le chirurgien estime à environ 400 le nombre de cancers pris en charge chaque année. Face à celles qui redoutent encore le diagnostic, il veut surtout rappeler les progrès réalisés : « L’idée, c’est plutôt de dire : attendez, on les guérit maintenant, les cancers du sein, n’attendez pas aux moindres symptômes. »

Des gestes plus précis, un parcours qui évolue

Car une fois la maladie détectée, la prise en charge a elle aussi beaucoup changé. Certaines innovations concernent directement la chirurgie. Pour les tumeurs découvertes à la mammographie mais qui ne sont pas palpables, un petit clip magnétique de 2 mm peut désormais être placé pour localiser la lésion. Le chirurgien le retrouve ensuite au bloc grâce à un détecteur. « Le seul ciblage qu’on avait jusqu’à présent, c’était un petit harpon, un petit fil métallique qu’on venait positionner dans le sein le jour de l’intervention ou parfois la veille, et la patiente ne devait plus trop bouger  », explique le Dr Oden. Avec le clip, « on est plus précis dans notre ciblage au bloc opératoire et les pour les patientes, cela leur évite un nouvel examen inconfortable ». L’objectif est donc notamment de limiter le risque de devoir ré-intervenir lorsque la lésion n’a pas été retirée au bon endroit.

À l’Hôpital Privé Sud Corse (HPSC), 85 patientes ont été prises en charge pour un cancer du sein l’an dernier (©Stéphane Oden)
À l’Hôpital Privé Sud Corse (HPSC), 85 patientes ont été prises en charge pour un cancer du sein l’an dernier (©Stéphane Oden)
La détection des ganglions sentinelles évolue également. Un système de fluorescence permet désormais de repérer les ganglions directement au bloc, sans passer par le produit radioactif utilisé auparavant. Et la reconstruction n’est pas en reste. Le Dr Clément Dabiri, associé du Dr Oden, s’est formé à Paris aux mastectomies avec reconstruction immédiate par cœlioscopie. Dans certaines indications, cette technique permet de conserver l’aréole et le mamelon, avec de très petites cicatrices sur le côté du sein.

Mais mieux soigner ne signifie pas nécessairement multiplier les traitements. Pour le Dr Oden, l’évolution de la prise en charge se joue aussi dans la capacité à préserver la vie des patientes après la maladie. « C’est clairement devenu le principal défi », estime-t-il lorsqu’il évoque la qualité de vie.

La médecine cherche désormais à adapter les traitements : « On arrive aussi à dés-escalader, c’est-à-dire à diminuer l’agressivité des traitements pour des patientes pour qui ce ne serait pas justifié », explique le chirurgien. Autrement dit, aller plus loin pour celles qui en ont besoin, mais éviter d’imposer des traitements trop lourds à celles qui peuvent en bénéficier autrement. Une évolution qui, selon lui, résume une grande partie des progrès actuels dans la prise en charge du cancer du sein.

Octobre Rose pour prolonger le message

C’est dans cette volonté d’informer que l’HPSC et l’association IFEMINA organisent plusieurs rendez-vous durant le mois. Ce jeudi 1er octobre à 19 heures, les Drs Stéphane Oden et Clément Dabiri ouvriront le mois avec une conférence consacrée au cancer du sein, à la reconstruction et aux innovations.

Le 9 octobre, de 8 h 30 à 15 h 30, la « Bulle Rose » proposera une journée de sensibilisation et d’échanges autour du cancer du sein et des soins de support. Deux ateliers suivront les 14 et 21 octobre, autour des huiles essentielles et de l’alimentation adaptée aux traitements. Un rendez-vous consacré à l’image de soi pendant et après le cancer est également prévu.

La façade de l’HPSC sera par ailleurs illuminée en rose, tandis que les soignants du bloc opératoire porteront eux aussi des tenues roses. Des symboles qui accompagneront les différentes actions d’information et de sensibilisation menées auprès des patientes, durant tout ce mois.