Et si l’avenir professionnel des jeunes corses se dessinait aussi sur leur île ? C’est l’une des questions au cœur de Strada Mea, dont la première édition s’est tenue mardi 27 octobre sur le campus de KEDGE Corsica, à Bastia. Le temps d’une journée, les salles de cours ont laissé place aux échanges avec des chefs d’entreprise, aux témoignages de professionnels et aux réflexions collectives. Objectif : rapprocher les étudiants du monde économique et leur donner des clés pour imaginer la suite de leur parcours. Au total, une centaine d’apprenants, issus notamment des formations BTS et Bachelor, ont participé à cette rencontre organisée en deux temps.
Le matin, place aux parcours professionnels et à la découverte des métiers. Parmi les intervenants, des entrepreneurs, des directeurs et d’anciens diplômés venus raconter leurs expériences, parfois bien différentes des trajectoires toutes tracées que les étudiants peuvent imaginer. Pour Mélinda Pagano, étudiante en première année de Bachelor, cette première partie a permis de découvrir des professions dont elle connaissait encore mal les réalités: "On a pu découvrir le quotidien de personnes qui étaient elles-mêmes dans la vie active", explique-t-elle. Des témoignages qui donnent une autre dimension aux enseignements et permettent de mieux comprendre les responsabilités qui se cachent derrière un intitulé de poste.
Des idées pour répondre aux défis de l’île
L’après-midi, les étudiants ont changé de rôle. Fini le temps de la seule écoute, répartis en équipes, ils ont dû plancher sur huit problématiques proposées par les professionnels, autour de deux secteurs majeurs de l’économie insulaire : le tourisme et l’hôtellerie-restauration, d’une part, l’industrie agroalimentaire, de l’autre. Attractivité des métiers, recrutement, valorisation des savoir-faire locaux ou encore développement durable, les sujets abordés touchent directement aux défis auxquels les entreprises corses sont confrontées. Pendant deux heures, les groupes ont élaboré des pistes de réponse avant de les présenter devant un jury composé de professionnels.
"Ils ont été très satisfaits des propositions, surpris aussi de leur capacité à répondre rapidement à des problématiques", souligne Thomas Vallesi, chargé de l’organisation de la journée. Les productions des étudiants doivent être rassemblées dans un document qui sera transmis aux partenaires présents, notamment aux représentants des filières et aux institutions économiques. Une manière de prolonger les échanges au-delà du campus et de donner une portée concrète au travail réalisé. Pour les étudiants, l’exercice a également permis de sortir de leur cercle habituel. Mélinda a ainsi travaillé avec des élèves de troisième année de Bachelor et d’autres filières, notamment des BTS: "Cela nous a permis de rencontrer des personnes avec qui on n’est pas forcément en contact", raconte-t-elle. Des échanges qui permettent aussi de découvrir d’autres formations et d’enrichir sa vision du monde professionnel.
La Corse, un avenir à portée de main
Derrière cette journée, une autre ambition se dessine : montrer aux jeunes que l’île offre des perspectives professionnelles, même si celles-ci restent parfois méconnues: "Les professionnels nous ont dit qu’ils avaient de la place dans leurs entreprises et qu’ils recherchaient des employés", rapporte Mélinda. Un constat qui l’a confortée dans son envie de rester en Corse après ses études, mais qui pourrait aussi rassurer ceux qui hésitent encore à y construire leur avenir. "Ce n’est pas parce qu’on est moins nombreux à habiter sur l’île qu’il n’y a pas de métiers", souligne-t-elle en substance.
Pour Léna Paccini, également en première année de Bachelor, les rencontres ont surtout permis d’élargir le champ des possibles. Si elle souhaite découvrir le continent ou l’étranger, elle n’exclut pas de revenir plus tard sur l’île: "Ça nous a montré qu’il y avait beaucoup de possibilités ici", estime-t-elle. Les témoignages entendus lui ont aussi fait comprendre qu’un parcours professionnel n’est pas nécessairement linéaire. Les intervenants ont présenté des trajectoires différentes, avec des évolutions et des changements de direction possibles. De quoi relativiser la pression ressentie par les étudiants lorsqu’il s’agit de choisir leur voie.
Reste à faire vivre cette dynamique. Pour Mélinda, ces rencontres mériteraient d’être organisées plus régulièrement, idéalement deux fois par an, afin de rassurer les jeunes et de multiplier les occasions de dialoguer avec les entreprises. Thomas Vallesi envisage lui aussi de "renouveler" l’expérience. Si les professionnels interviennent déjà régulièrement dans les formations, réunir l’ensemble des premières années autour d’un même événement demande une organisation particulière.
Cette première édition pourrait donc en appeler d’autres. Car au-delà des rencontres et des ateliers, Strada Mea pose une question essentielle: comment permettre aux jeunes de mieux connaître les métiers qui les attendent et de trouver leur place dans l’économie insulaire ? Une journée ne suffit pas à y répondre. Mais elle peut ouvrir des portes, faire naître des vocations et, surtout, donner aux étudiants l'envie de se projeter.
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