Corse Net Infos - Pure player corse

Autonomie - Jean-Christophe Angelini (PNC) : « Il ne faut pas retourner à Paris en ordre dispersé »


Patrice Paquier Lorenzi le Mardi 27 Octobre 2026 à 18:45

Au lendemain du rejet du texte constitutionnel par le Sénat, Jean-Christophe Angelini, maire de Porto-Vecchio, dénonce une soirée « très négative » pour la Corse. Le leader du PNC assume et reste solidaire du départ de la délégation corse de l’hémicycle, mais estime qu’une sortie de crise reste possible. À condition, selon lui, que les partisans de l’autonomie « se concertent rapidement avant de remonter discuter à Paris »



(Photo : Archives Paule Santoni)
(Photo : Archives Paule Santoni)

Quel enseignement tirez-vous de cette soirée au Sénat, où le texte constitutionnel sur l’autonomie de la Corse a été profondément remanié avant d’être finalement rejeté ?
Je pense que cette soirée ne fera date que de façon très négative dans la mémoire du peuple corse. On aurait largement pu éviter ce naufrage. La difficulté ne vient pas, pour une fois, du gouvernement, mais de l’opposition au Sénat qui, par hostilité idéologique et opportunisme, a mis en pièces un compromis patiemment élaboré au cours des quatre dernières années. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation de blocage. Il appartient à chacun, y compris aux groupes politiques qui se sont opposés au texte, de s’employer à trouver une sortie de crise, s’il en a réellement la volonté.
 

Avez-vous été surpris par les amendements déposés, notamment ceux du sénateur Jean-Jacques Panunzi, qui semblait avoir adopté une position plus souple en faveur de l’autonomie, lors de son élection ?
Oui, j’ai été surpris. Mais j’ai aussi le sentiment qu’une forme de piège collectif nous a été tendue hier soir. Je ne veux pas individualiser les responsabilités ni désigner qui que ce soit. Je préfère m’en tenir aux faits et au débat politique. Nous ne contestons à aucun moment au Sénat son droit d’amendement ni la possibilité, pour les sénateurs, de revenir sur ce qui a été fait. Ce que nous contestons vivement, c’est le fond et la forme retenus. Certains amendements n’étaient pas, selon nous, destinés à enrichir le texte ou à améliorer le compromis, mais à le détruire. Après un débat aussi long, c’est difficilement concevable.
 

La délégation corse a quitté l’hémicycle après l’adoption du premier amendement supprimant la notion de « communauté insulaire ». Était-ce la bonne décision ?
Nous avons pris cette décision collectivement, avec les personnes présentes, dont Paul-André Colombani. Nous ne sommes pas du genre à revenir sur notre parole. J’assume totalement ce geste. Je veux aussi souligner que les propos du sénateur Paul Toussaint Parigi ont été mesurés et responsables. Il aurait pu y avoir davantage de polémique ou de conflit, mais cela n’a pas été le cas. Et son intervention n’empêche en rien de trouver une sortie de crise. Je pense même que, sans ces propos, nous n’aurions peut-être pas eu le vote négatif intervenu un peu plus tard. Si le texte avait été adopté dans la version remaniée au Sénat, le processus aurait été achevé, mais de manière négative.
 

Certains sénateurs ont parlé de « chantage démocratique » après le départ de la délégation. Le vote du Sénat révèle-t-il un fossé entre cette chambre et l’Assemblée de Corse ?
Je ne le crois pas. Ce qui peut sembler rassurant dans ce qui s’est passé, c’est le caractère très marginal de certaines positions hostiles à l’autonomie. La position de certains sénateurs des Républicains est minoritaire en Corse, et même très minoritaire. Elle est également minoritaire à l’Assemblée nationale. Je ne crois pas qu’elle soit majoritaire au Sénat. Je ne veux pas entrer dans une bataille de légitimité. Je constate simplement que cette position a contribué à créer une situation de blocage, mais je ne pense pas qu’elle soit définitive. Je ne parle même pas de l’état de l’opinion : certains sondages montrent que les habitants du continent seraient eux-mêmes majoritairement favorables à l’autonomie de la Corse. À mes yeux, ce qui s’est passé ne témoigne donc pas d’un fossé entre les opinions ou entre les assemblées. Cela révèle plutôt le caractère très minoritaire des positions de certains élus opposés à l’autonomie, en Corse comme sur le continent.
 

Le gouvernement envisage une réunion avec les élus corses et les présidents des deux chambres. Le dialogue reste-t-il possible ?
Le principe du dialogue doit être maintenu. Mais pour cela, il faut d’abord que les partisans de la délibération en faveur de l’autonomie — près de 80 % des élus de l’Assemblée de Corse — puissent en discuter au préalable. Je n’ai pas envie que nous retournions à Paris ou ailleurs en ordre dispersé, dans une compétition ou une logique de surenchère. Il faut d’abord que nous nous entendions entre nous. La solution n’appartient ni au PNC, ni à Femu a Corsica, ni à une autre formation. Elle appartient à l’ensemble des partisans de l’autonomie, et même au-delà. Le rendez-vous doit avoir lieu très vite et avec un ordre du jour clair. Nous convoquer ou nous inviter à une réunion dans un mois, sans savoir précisément de quoi nous allons parler, n’aurait pas beaucoup de sens. Aujourd’hui, notre principal ennemi, ce n’est pas le groupe des Républicains au Sénat ou telle ou telle opposition : c’est le temps. Nous sommes à quelques semaines de la fin de l’année et à quelques mois des échéances présidentielle et législatives. Nous ne pouvons plus parler du processus dans les mêmes termes qu’en 2023 ou en 2025. Chaque semaine qui passe rend la situation plus précieuse et plus dangereuse. Nous avons donc besoin d’une concertation entre nous, puis d’une réunion à Paris organisée le plus rapidement possible.
 

Vous souhaitez donc un rassemblement des partisans de l’autonomie avant toute nouvelle discussion à Paris ?
Exactement. À défaut de rassembler tous les nationalistes et de nous mettre d’accord sur tout, faisons au moins en sorte que les partisans de la délibération en faveur de l’autonomie se rencontrent et s’entendent. Certaines formations y sont hostiles depuis le début comme Nazione ; d’autres ont une position différente, mais restent réservées sur le processus. De notre côté, Femu a Corsica et le PNC demeurent sur la même longueur d’onde sur ce sujet.
 

Je veux rappeler un point important : nous avons toujours distingué notre opposition à la majorité territoriale actuelle de notre soutien au processus d’autonomie. Nos prises de parole, nos votes et nos attitudes dans les différentes assemblées en témoignent. On peut être opposé à une majorité et rester partisan du processus et d’une politique fondée sur l’autonomie. Il ne faut pas confondre les deux.
 

La notion de « communauté insulaire » peut-elle être abandonnée pour faciliter un compromis avec le Sénat ?
Honnêtement, cela me paraît difficile. Cette notion est le fruit de plusieurs mois de dialogue. Elle a été retenue dans le projet constitutionnel, validée par notre Assemblée et votée au Palais-Bourbon. L’abandonner me paraît donc délicat. Cela ne signifie pas que nous fermons la porte au dialogue. Nous restons ouverts à la recherche d’un compromis, mais il ne doit pas aller trop loin. Il ne faudrait pas abandonner tout ce qui a été élaboré au profit d’une aventure dont personne ne peut aujourd’hui prévoir l’issue.
 

À l’approche de l’élection présidentielle, le texte peut-il encore être inscrit à l’ordre du jour des deux chambres ? Que peut-il se passer maintenant ?
Au PNC, notre exécutif doit préciser dans les prochaines heures ou les prochains jours les suites à donner. J’espère aussi que les partisans de la délibération en faveur de l’autonomie pourront se réunir rapidement, comme nous l’avons proposé. À mes yeux, nous sommes désormais face à deux possibilités : une évolution ou une impasse. L’évolution supposerait qu’un texte soit de nouveau présenté à l’Assemblée nationale et au Sénat, puis adopté dans les mêmes termes par les deux chambres. Dans le cas contraire, nous irons vers une impasse. Si les choses n’évoluent pas et que toute perspective est renvoyée après l’élection présidentielle, cela pourrait signer la fin — pour ne pas dire la mort — du processus.