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À Cassanu, les confréries chantent pour les sinistrés de l’incendie


Maria-Serena Volpei-Aliotti le Lundi 14 Septembre 2026 à 18:35

Deux semaines après le violent incendie qui a frappé la commune de Montegrossu, la solidarité ne faiblit pas. Vendredi 11 septembre, trois confréries de la microrégion se sont réunies à Cassanu pour une soirée caritative organisée avec la municipalité et l’archiprêtre Louis El Rahi. Près de 5 000 euros supplémentaires ont été récoltés au profit des familles sinistrées.



Après l’urgence, vient le temps de la reconstruction. Mais aussi celui d’une solidarité qui, depuis l’incendie de la fin du mois d’août, prend de multiples formes à Montegrossu.
 
Vendredi soir, c’est par le chant que les confréries de la microrégion ont choisi d’apporter leur pierre à l’édifice. Réunies à Cassanu, elles ont proposé un concert caritatif dont les bénéfices seront reversés aux sinistrés les plus durement touchés. Une soirée organisée en lien avec la mairie de Montegrossu et l’archiprêtre Louis El Rahi, qui a permis de recueillir environ 5 000 euros.
Pour les confrères, cette mobilisation s’inscrit naturellement dans leur mission de solidarité.
« C’est notre manière de proposer notre aide, notre soutien et notre solidarité à ces gens qui ont tout perdu. C’est la première mission des confréries : aider les plus démunis et ceux qui sont dans la difficulté », souligne François Croce, maire de Lavatoghju et confrère.
 
« On ne réfléchit pas, on essaie d’apporter tout ce qu’on peut »
Pour Frédéric Antoine-Santoni, cette soirée revêtait une dimension toute particulière. Engagé comme sapeur-pompier lors de l’incendie, il avait vécu le sinistre au plus près avant de revenir, cette fois comme confrère, auprès des familles touchées.
« Il y a eu énormément d’émotion à la suite de cet incendie, avec des familles qui ont perdu leur maison, leurs souvenirs. Le minimum, dans l’esprit des confréries, était de venir leur apporter notre soutien, notre aide et notre amitié. Mais il faut aussi trouver de l’argent pour leur permettre de se reconstruire autant que faire se peut
L’idée d’un concert commun s’est alors imposée naturellement. « Nous avons la capacité de chanter tous ensemble. Nous nous retrouvons souvent pour les messes et les célébrations, alors pourquoi ne pas proposer un concert et demander à la population d’être solidaire ? »
Pour lui, l’engagement ne s’arrête pas avec la fin de l’intervention des secours. « J’ai vécu l’événement de l’intérieur. Même avec l’uniforme de pompier, on reste sensible à la situation des personnes. Je suis aussi impliqué dans la vie du village et nous sommes proches des gens qui ont été touchés. On ne réfléchit pas, pour nous, c’est normal de s’engager et d’essayer d’apporter tout ce qu’on peut». 
 
Près de 50 000 euros déjà réunis avant le concert
La soirée de Cassanu vient renforcer une mobilisation engagée dès les premières heures suivant le sinistre. Avant même les recettes du concert, la cagnotte mise en place en faveur des victimes approchait déjà la barre symbolique des 50 000 euros.
« J’ai fait les comptes il y a quelques minutes, nous sommes arrivés à 49 976 euros », indiquait vendredi soir Louis El Rahi. Plus que le montant, l’archiprêtre retient l’ampleur de la mobilisation , plus de 340 donateurs avaient alors participé. 
« Il y a des petites sommes, des grosses sommes, des entreprises… Cette mobilisation est un signe d’espoir. Elle montre que, dans notre communauté et dans notre région, il y a encore des gens qui se mobilisent pour les autres».
Une solidarité qui ne se mesure pas uniquement à la valeur des dons. « Beaucoup de personnes ont donné de petites sommes, et c’est important aussi, chacun donne ce qu’il peut».
 
Pour Louis El Rahi, l’émotion suscitée par le drame doit désormais se traduire en actes. « Quand on voit des familles qui ont tout perdu, cette situation nous touche profondément. Mais on ne peut pas rester uniquement dans la compassion. Il faut aussi agir pour aider».
 
Réseaux rétablis et entreprises mobilisées
Deux semaines après le passage du feu, la commune s’efforce parallèlement de retrouver une situation normale. Jean-Marc Borri, maire de Montegrossu, rappelle que les principaux réseaux ont été progressivement remis en service.
L’électricité a notamment été rétablie très rapidement après le sinistre, tandis que les autres réseaux endommagés ont fait l’objet d’interventions dans les jours suivants. Le travail se poursuit également pour l’évacuation des véhicules brûlés et des épaves, en collaboration avec l’intercommunalité et différentes entreprises.
Mais la solidarité dépasse largement la seule collecte financière. Des entreprises de Montegrossu et d’ailleurs ont proposé gratuitement leurs moyens humains ou matériels pour participer au déblaiement, évacuer les végétaux et les déchets ou intervenir auprès des familles.
« Il y a une chaîne de solidarité conséquente qui s’est mise en place et qui fonctionne très bien », se félicite Jean-Marc Borri. « Pas mal d’entreprises se sont manifestées et m’ont fait savoir que l’on pouvait compter sur elles».
 
La commune maintient elle aussi son accompagnement. Matériel municipal, tractopelle, camion ou encore moyens permettant de répondre à certains problèmes d’approvisionnement en eau peuvent être mis à disposition. Une cellule psychologique avait également été activée après le sinistre.
« Ils savent qu’ils peuvent compter sur moi et sur mon équipe municipale. On essaie de les accompagner au mieux. On ne les laisse pas tomber », insiste le maire.
 
« On pensait que la maison brûlait »
Parmi ceux qui ont vécu l’incendie au plus près, Clélia Fayolle, exploitante agricole, se souvient encore de l’angoisse de l’évacuation. Son exploitation a été touchée, notamment sur les terrains accueillant ses ruches, mais son habitation a pu être sauvée.
Au moment de quitter les lieux, elle a eu le réflexe d’ouvrir l’arrivée d’eau agricole. « Je remercie l’Office hydraulique de Corse d’avoir laissé l’eau agricole. Cela a permis que le feu ne passe pas le muret et cela a sauvé la maison».
 
L’entretien préalable des terrains a également joué un rôle déterminant dans la progression des flammes. « On avait tout nettoyé avant. Le feu n’avait rien à manger et cela a sauvé la maison».
Reste le souvenir d’une évacuation particulièrement éprouvante. « On est partis de la maison sans rien. De plus loin, on voyait la fumée et les flammes et on pensait que la maison brûlait. On entendait les explosions des bouteilles de gaz. C’était vraiment très difficile à vivre».
 
Une solidarité appelée à se poursuivre
Le concert de Cassanu ne devrait être qu’une étape. D’autres initiatives sont déjà envisagées, notamment une soirée à la salle de spectacle de Calvi, tandis qu’associations, entreprises, commerçants et particuliers continuent de proposer leur aide.
Avec environ 5 000 euros recueillis vendredi soir, les chants des confréries auront ainsi apporté une contribution supplémentaire à un élan beaucoup plus vaste. Une mobilisation financière, matérielle et humaine qui accompagne désormais les sinistrés dans une étape autrement plus longue que celle de l’urgence, celle de la reconstruction.