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​La qualité de vie des Ajacciens s’invite au débat sur les finances de la Ville


Patrice Paquier Lorenzi le Vendredi 28 Juin 2024 à 09:47

Si l’adoption du compte financier 2023, anciennement compte administratif, a été voté sans surprise ce mercredi soir lors du conseil municipal d’Ajaccio, les débats ont largement débordé sur d’autres sujets bien plus vastes. Et notamment concernant la qualité de vie et le bien-être des Ajacciens, avec forcément, des avis bien divergents.



Le compte financier 2023 a été adopté lors de la séance du conseil municipal d'Ajaccio, ce mercredi soir.
Le compte financier 2023 a été adopté lors de la séance du conseil municipal d'Ajaccio, ce mercredi soir.
Après le vote du budget primitif 2024, au mois de mars, c’est un autre rendez-vous important qui était au menu du conseil municipal d’Ajaccio ce mercredi soir avec l’adoption du compte financier unique, anciennement compte administratif. Un document qui a pour objectif de valider la parfaite corrélation entre les perspectives évoquées lors des budgets prévisionnels et les réalisations effectives.
 
A ce jeu de lecture comptable, Pierre Pugliesi, adjoint aux finances, synthétise les grandes lignes du budget global de la Ville : « La présentation de ce compte financier est un acte politique important dans le cadre de notre collectivité. Pour l’année 2023, les dépenses totales d’élèvent à 176 millions d’euros et les recettes à 186 millions d’euros, ce qui donne un résultat global de clôture de près de 10 millions d’euros, incluant les restes à réaliser en matière d’investissement. Nos recettes réelles de fonctionnement augmentent de 7,87% par rapport à 2022 notamment grâce à la fiscalité communale ou aux contributions directes. Les dépenses réelles de fonctionnement augmentent, quant à elle, de 3,7%, avec notamment la hausse des charges de personnels (suite aux décisions du gouvernement de revalorisation des salaires des agents). Le total des emprunts en cours s’élève à 78 millions d’euros et la capacité de désendettement de la ville est de 11 ans et 6 mois alors que le seuil d’alerte est de plus de 15 ans. Enfin, notre taux d’épargne brute est de 6,2%. Ajaccio peut s’enorgueillir de garantir plus de dépenses d’équipements ou investissements et donc de services publics à ses habitants par rapport aux autres villes de même strate tout en maintenant sa dette ».
 
« Une situation de cavalerie »
 
Des chiffres et un discours qui vont faire monter l’atmosphère de quelques dans la salle du conseil municipal ajaccien, et notamment de Jean-François Casalta, membre de l’opposition. Peu disert lors du même exercice réservé à la CAPA, la semaine dernière, l’élu ajaccien, « n’apprécie pas l’autosatisfecit montré par Pierre Pugliesi » et préfère dresser un portrait morose des finances de la Ville : « Je ne vais pas vous étonner en disant que nous avons une approche différente. Quand les choses vont bien, c’est grâce à vous et quand les choses vont mal vous dites que c’est uniquement l’effet des facteurs extérieurs et exogènes. Je ne nie pas les budgets contraints. Mais la politique du « ce n’est pas moi c’est l’autre » me gêne un peu. La masse salariale, on nous dit c’est les contraintes exogènes. Je dis que ces propos sont excessifs. C’est aussi la responsabilité de cette mandature et de celle qui l’ont précédé. L’épargne nette est négative depuis 10 ans. Je ne sais pas si d’autres communes ont une épargne nette négative depuis autant de temps. C’est quelque chose de curieux. On est obligés de faire financer les investissements par de l’emprunt. On est quasiment en situation de cavalerie ! »
 
Après une vague de critique sur les finances, Jean-François Casalta aborde un sujet plus vaste : la qualité de vie et le bien-être des Ajacciens : « Au-delà de tous ces chiffres : la vie des Ajacciens s’est-elle améliorée que ce soient en matière d’urbanisme, de logement, de transport, de qualité vie, les choses vont-elles vraiment mieux ? Nous ne le pensons pas. Les finances de la ville se dégradent comme la qualité de vie des Ajacciens en général. Et, ce n’est pas la baisse des dotations entendues ici et là, qui va nous aider à court terme ». 
 
Laurent Marcangeli, le député de la 1re circonscription de Corse-du-Sud, rappelle la situation des collectivités locales et prend déjà date : « Il y a une incertitude dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui notamment en matière politique. Je vous rappelle que les dotations publiques ont été gelées sous Nicolas Sarkosy puis sous François Hollande. C’est un fait avéré. Nous sommes arrivés au pouvoir avec ces contraintes et aujourd’hui il y a une période d’incertitude qui fait que nous aurons des choix à faire dans l’avenir. Concernant nos concitoyens, nous considérons que beaucoup de choses vont mieux dans la vie des Ajacciens. Il y a partout en Ville, des transformations urbaines qui se voient et s’apprécient. De toute façon, les Ajacciens auront à s’exprimer dans 1 an et demi, lors des prochaines Municipales pour nous dire ce qu’ils pensent de leur qualité de vie ».
 

« On ne peut pas ignorer toutes nos réalisations »
 
A ses côtés, Charles Voglimacci, répond… en chiffres « On revient chaque année sur le problème des frais de personnels. En 4 ans, nous avons fait 4 millions d’euros d’économies en termes de personnels, mais les mesures exogènes du gouvernement ont réduit ces efforts à néant. Je ne pense pas que les Ajacciens nous auraient réélus en 2020 s’ils n’étaient pas satisfaits de la mandature actuelle. Il y a plus d’arbres, plus de mobilité, plus de policiers et tout cela les Ajacciens le voient ! On ne peut pas dire que tout est bien, notamment dans les transports, mais on travaille dessus. En termes de qualité de vie, la ville est en mutation de façon positive ».
 
Stéphane Sbraggia énumère également les diverses réalisations effectuées avec son équipe depuis sa prise de fonction : « Le seul juge, ce sont les Ajacciens. Ils nous diront ce qu’ils pensent de tout cela. On ne peut pas dire que rien n’a été fait. On ne peut pas ignorer la revégétalisation, la piétonnisation de la vieille ville, les parcs relais en termes de mobilité, la récupération d’espaces publics, le futur conservatoire au sein du futur écoquartier du Finosello. Nous avons même désobéi à la Chambre régionale des comptes, en poursuivant les investissements. Nous, on veut des moyens supplémentaires, on est dans l’action, on crée des projets. Il y a toujours des choses à faire et tout n’est pas encore achevé ».
 

L’Adjoint aux finances, Pierre Pugliesi, égratigné par les critiques de l’opposition, conclut : « Je suis étonné d’entendre toutes ces remarques. L’épargne nette n’est pas négative depuis 10 ans et notre entrée aux responsabilités, mais bel et bien depuis 20 ans et l’année 2003. Les finances ont, en effet, été absorbées lors de la création de la CAPA. Pour le reste, les mesures exogènes représentent près de 12 millions d’euros. C’est un fait et forcément l’état des finances de la Ville ne serait pas le même sans ces contraintes qui nous ont été imposées ». Un compte financier 2023 qui sera adopté, sans les voix de l'opposition, Julia Tiberi et Jean-François Casalta qui ont choisi de s'abstenir.

L’examen du compte financier s’est ensuite poursuivi avec notamment celui du budget ANRU et celui du stationnement, qui laissent apparaître, respectivement, un excédent de 1,8 million d’euros et un autre de 570 900 euros.