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Xylella fastidiosa : « L’OEC et l’ODARC appellent l’Etat à prendre ses responsabilités et à stopper les dérogations


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 9 Avril 2018 à 23:11 | Modifié le Mardi 10 Avril 2018 - 02:41


La souche de la xylella fastidiosa, la plus dangereuse pour les oliviers et le couvert végétal, est arrivée en Corse. Pour la majorité territoriale et les présidents de l’Office de l’environnement (OEC) et de l’Office de développement agricole et rural (ODARC), le constat est indubitable. Tout en pointant « la responsabilité écrasante de l’Etat » qui a multiplié les dérogations sur les plants à risque et n’a pas « assuré la sécurité sanitaire » de l’île, les élus nationalistes l’appellent à prendre ses responsabilités. Lundi matin, à Corte, ils ont demandé le strict respect de l’arrêté d’embargo pris en mai 2015 et la mise en place d’une nouvelle stratégie concertée pour tenter d’enrayer la présence de la bactérie et contenir sa propagation. Avec en ligne de mire : le développement de la production de plants locaux dans toutes les filières.


Les oliviers corses atteints.
Les oliviers corses atteints.
« Chronique d’un désastre annoncé ». C’est en ces termes que les conseillers exécutifs de la Collectivité de Corse, François Sargentini, président de l’Office de l’environnement de la Corse (OEC), et Lionel Mortini, président de l’Office de développement agricole et rural de la Corse (ODARC), ont réagi, lundi matin à Corte, après les récentes découvertes sur l’extension de la bactérie en Corse. Pour eux, la présence de xylella sur l’île ne peut plus être niée : « Le stade du constat est largement dépassé ! Les derniers développements démontrent que, même si la xylella était présente en Corse depuis des décennies, aujourd’hui plusieurs souches sont arrivées, y compris les plus dangereuses. Désormais, il faudra vivre avec ! Mais, nous ne pouvons plus rester dans une situation de statu quo qui n’a pas réussi à enrayer l’entrée sur notre territoire de la souche la plus dangereuse pour nos plantes et notre couvert végétal », estime François Sargentini.
 
Un Etat défaillant
Entourés d’Agnès Simonpietri et des deux conseillers territoriaux, Nadine Nivaggioni et Marcel Cesari, ils pointent « la responsabilité écrasante de l’Etat » depuis trois ans. « Une fois de plus, malgré l’expérience douloureuse du cynips, de la fièvre catarrhale, du charançon du palmier, de nombreux parasites destructeurs (varroa, metcalfa pruinosa, cochenille du pin, etc), nous constatons que l’Etat n’exerce pas la compétence sanitaire au bénéfice de la Corse ». Et ce, rappellent-ils malgré les injonctions répétées des élus nationalistes qui, avec les oléiculteurs, ont pris très tôt la mesure de la gravité de la situation. « Nous n’avons jamais cessé, par des interventions répétées en CROPSAV, par des courriers et des échanges avec le Préfet et les ministres concernés, d’alerter sur les risques majeurs liés à la bactérie, quelle que soit la sous-espèce, et demandé, dès septembre 2014, la suspension de l’entrée de plants ».
 
Un arrêté inopérant
Suite à cette demande, le Préfet avait pris en mai 2015 un arrêté interdisant les introductions de plantes hôtes, sauf dérogation expresse au cas par cas. « Or, l’entrée massive et continue de plants d’espèces sensibles à la Xylella, tant à vocation ornementale qu’agricole, a rendu cet arrêté totalement inopérant », dénoncent les élus, chiffres à l’appui. De mai à décembre 2015, plus de 270 000 plants sont entrés en Corse grâce à des dérogations préfectorales. Le chiffre flambe en 2016 à plus d’1,79 million de plants concernés pour culminer à 2,15 millions en 2017. En janvier 2018, plus de 477 000 plants sont entrés par dérogation et 177 000 en février. Au total, les dérogations à l’embargo ont porté sur près de 4,87 millions de plants dont 3,5 millions pour la vigne et plus de 15 000 oliviers. « L’Etat a dévoyé la fonction première de cet arrêté : appliquer le principe de précaution en évitant l’entrée d’autres sous-espèces de la bactérie Xylella fastidiosa », taclent les élus.
 
Des tests insuffisants
Autre sujet de polémique : la valeur des tests effectués par les oléiculteurs que les pépiniéristes remettent en cause. Une question biaisée pour les deux conseillers exécutifs, vu qu’aucun test actuellement utilisé ne permet de certifier qu’un végétal n’est pas infecté : « Lorsque les revendeurs introduisent des plants, ils le font effectivement en conformité. Par contre, l’Etat sait parfaitement que les tests homologués n’assurent pas un niveau suffisant de détection de la bactérie, puisqu’ils ne la détectent qu’à partir d’un seuil de présence très élevé, entraînant ainsi un nombre important de « faux-négatifs ». Par conséquent, le passeport phytosanitaire européen (PPE) autorise de fait la dissémination légale de la bactérie. L’Etat sait qu’il existe un test plus précis pour déterminer la présence de la bactérie dont l’homologation tarde depuis trop longtemps. Cela permet de masquer la réalité et donc la gravité de la situation ».
 
Sourd aux alertes
Là encore, les deux présidents nationalistes dénoncent l’importation de nombreux plants, notamment d’oliviers provenant de zones à risque, notamment les Baléares infectées par la souche Multiplex, et la région de Valencia en Espagne, sans qu’aucune nouvelle analyse de risque n’ait été conduite, malgré les engagements pris par le Préfet. « Pire, la DRAAF a accordé des dérogations, même quand il y a une filière locale de production. C’est le cas des oliviers, des agrumes, des plantes aromatiques. Ou quand la filière est en cours de développement, comme pour les amandiers et les figuiers ». Pour eux, l’Etat est resté sourd à toutes les alertes. « L’Etat n’a pas joué le jeu ! Il n’a rien changé, bien au contraire ! Il a pris des risques très élevés d’atteinte à notre agriculture et à notre milieu naturel, malgré les nombreuses interventions communes de l’ODARC et l’OEC depuis notre arrivée aux responsabilités. Nos demandes n’ont pas été entendues », déclare François Sargentini. Avec une question en suspens : pourquoi l’Etat n’applique-t-il pas les mesures qu’il a mises en place ? Alors que le maitre-mot était d’éviter les risques !
 

Un risque majeur
La crise, tant redoutée, menace désormais les filières agricoles insulaires : oléiculture, agrumes, plantes aromatiques, vigne, amandiers… et la biodiversité : espèces endémiques, espèces rares, zones protégées... Pour l’OEC, comme pour l’ODARC, la Corse doit impérativement construire son propre système de protection pour empêcher l’introduction de nouvelles sous-espèces : « Nous sommes en contact permanent avec les chercheurs les plus reconnus au niveau international et leur avis est unanime : le risque majeur pour la Corse est la recombinaison des différentes sous-espèces, mais aussi la combinaison potentielle avec d’autres agents qui pourraient amener à une crise de type californien ». En clair, un remake de ce qui s’est notamment produit avec la maladie de Pierce dans le vignoble californien où l’introduction accidentelle d’un nouvel insecte a accéléré l’épidémie. Le risque est agrandi par la spécificité de la biodiversité de l’île qui offre un nombre exceptionnel de plantes sensibles à la Xylella (200 à 300 espèces) sur près de 600 000 hectares de maquis. « Il faut que tous ceux qui ont une part de responsabilité, construisent en commun une nouvelle stratégie pour enrayer au maximum la présence de la bactérie et contenir sa propagation. Cela dépend des services de la Collectivité de Corse, des services de l’Etat, de l’ensemble des filières agricoles et de production », estime François Sargentini.
 
Stop aux dérogations
Au vu de la gravité de la menace, les deux présidents demandent à l’Etat et, donc, au préfet, de prendre très rapidement deux types de mesures. Au niveau local, la suspension des dérogations concernant l’entrée sur le territoire de l’île de plantes ornementales sensibles ainsi que des plants agricoles et horticoles lorsqu’une filière de production locale existe. « Il ne doit plus y avoir de dérogations sur les plantes vecteurs qui risquent d’apporter encore plus de xylella sur notre territoire. Tout le monde est face à ses responsabilités. Nous prenons les nôtres. A l’Etat de prendre les siennes. Aujourd’hui, il ne l’a pas fait ! », poursuit-il. Pour les autres plants, les élus réclament un examen au cas par cas pour sécuriser au maximum la traçabilité et les conditions de production en amont. Egalement le renforcement des contrôles et une transparence en matière de données et de gestion des résultats d’analyses qui, aujourd’hui, font défaut. Ils affirment la nécessité de réorienter la demande vers les milliers d’autres espèces ornementales qui ne sont pas sensibles à Xylella. Et prônent un soutien massif aux pépiniéristes qui sont engagés dans une démarche de production locale (Corsica grana) et aux nouvelles installations. Au niveau français et européen, les élus militent pour l’homologation et la généralisation rapide du test le plus précis, ainsi que la mise en place de moyens importants de recherche pour la connaissance et l’expérimentation.
 
La Corse à protéger
De son côté, dès son accession aux responsabilités territoriales, l’Exécutif nationaliste a pris toutes les mesures possibles dans le cadre très restreint de ces compétences en la matière : la suspension de toute végétalisation sur les routes territoriales, à l’exception des marchés déjà attribués qu’il a fallu honorer. Le soutien au développement de filières de productions locales de plants et le développement par le Conservatoire botanique de la marque Corsica Grana. L’évaluation et le suivi de la présence de la xylella et des dégâts potentiels sur le plan environnemental. « Des études d’éco-épidémiologie des insectes vecteurs, financées par l’ODARC et l’OEC, sont toujours en cours. La Collectivité territoriale finance la production locale de plants, notamment d’oliviers. D’autres budgets seront attribués aux pépiniéristes dans le cadre de la relance des filières de production. Ces plants locaux seront plus économiques et donneront toute la sécurité nécessaire à ceux qui les planteront », précise François Sargentini. Et l’élu indépendantiste de conclure : « Si nous avions eu le pouvoir de prendre la décision sur les entrées de plants en Corse, nous l’aurions prise depuis plus de deux ans et nous en aurions assumé la responsabilité. Malheureusement pour notre île, la question de la xylella démontre, de façon dramatique, que nous avons besoin de moyens institutionnels et législatifs pour régler les problèmes de la Corse, et d’un pouvoir législatif large qui nous permettrait d’agir dans de nombreux domaines pour protéger notre pays ».
 
N.M.
 

Lionel Mortini : « Si tout le monde joue le jeu des plants certifiés, on pourra se protéger à minimà »
 



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