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Surfréquentation des sites naturels : les institutions corses songent à une charte territoriale


Pierre-Manuel Pescetti le Dimanche 22 Août 2021 à 19:14

En plein milieu de la saison estivale, les images de surfréquentation dans certains lieux naturels insulaires emplissent les réseaux sociaux, suivi de près par le ras-le-bol de certains internautes. Si le problème de la surfréquentation se situe tant au niveau environnemental qu'humain, les pouvoirs publics disposent de peu de moyens pour mettre en place des solutions. Le travail sur le long terme semble être privilégié face à la grande complexité, voire l'illégalité, de mettre en place des quotas et une tarification dans les sites naturels. Jean-Félix Acquaviva, président du comité de massif, rappelle que l'élaboration d'une charte, rattachée au PADDUC est en cours et qu'elle devrait être présentée à la collectivité de Corse en 2022. Elle contient un diagnostic des ressources végétales, de celles en eau, du répertoire toponymique, des impacts du changement climatique et de ceux de la fréquentation touristique. La charte regroupe 22 estives identifiées sur toute l’île comme le plateau du Cuscionu, le massif de Bavella et celui de Cagna.



L'été les cours d'eau sont pris d'assaut par les touristes et les locaux. Crédits Photo : Pierre-Manuel Pescetti
L'été les cours d'eau sont pris d'assaut par les touristes et les locaux. Crédits Photo : Pierre-Manuel Pescetti
Chaque été la même musique est rejouée en Corse. Le même refrain fustigeant la surfréquentation touristique dans certaines zones naturelles sensibles. Surtout en montagne. Une surfréquentation aussi périlleuse pour la nature que pour l’Homme comme l’illustre l’exemple du canyon de Purcaraccia en cet été 2021. Ce dernier est fermé au public non accompagné d’un professionnel habilité en raison du trop grand nombre d’accidents qui s’y sont déroulé cette année : 11 accidents graves et un décès. Une situation à laquelle le préfet de Corse a voulu mettre un terme en imposant une restriction d’accès temporaire du 12 août au 15 septembre 2021.

Lire aussi : Trop d'accidents à la Purcaraccia : le canyon en mode restreint

Face à une fréquentation touristique et locale en constante augmentation, même malgré la crise sanitaire, comment protéger les sites naturels tout en garantissant l’accès à tous et profiter de la fréquentation pour créer des retombées économiques ?

Travailler sur le long terme

Les termes « quotas » et « tarification » semblent être encore quelques peu tabous dans une île sur laquelle le tourisme équivaut à près de 31 % du PIB. Ils sont vus comme des risques, des freins à l’attractivité. L’idée de sites naturels où l’accès est règlementé en Corse est loin d’être une chimère. L’exemple de l’étang de Tanchiccia sur la commune de Serra-di-Ferro est parlant.
Ce site classé Natura 2000 est la propriété de la collectivité de Corse et permet aux visiteurs, grâce à une entrée gratuite et un parcours défini, d’observer la richesse de la faune et de la flore locale. Pas de tarification ici mais un nombre de visiteurs limités. Cependant, au sommet des institutions publiques insulaires, la réflexion avance pour des solutions sur le long terme allant dans ce sens et l’idée d’une tarification fait son chemin.


« Il faudrait généraliser et massifier cette initiative » propose Jean-Félix Acquaviva, député nationaliste et président du comité de massif. S’il est favorable à l’idée de sites naturels plus encadrés c’est parce qu’il travaille actuellement sur le dossier : « Nous établissons depuis plusieurs mois une charte territoriale sur la gestion des estives regroupant tous les acteurs pour réactualiser les données à l’aune du changement climatique et faire des recommandations par estive en termes de gestion pour trouver un équilibre entre tourisme, agriculture et protection des espaces naturels ». Cette charte, rattachée au PADDUC devrait être présentée à la collectivité de Corse en 2022. À l’intérieur, un diagnostic des ressources végétales, de celles en eau, du répertoire toponymique, des impacts du changement climatique et de ceux de la fréquentation touristique. La charte regroupe 22 estives identifiées sur toute l’île comme le plateau du Cuscionu, le massif de Bavella et celui de Cagna.

Lire aussi : En juillet 1 384 704 passagers ont débarqué sur l'ile

Si le but premier de cette charte est d’inciter les éleveurs à reconquérir les estives, il s’attache aussi à une cohabitation entre les activités agropastorales et les autres activités qu’elles soient sportives, économiques ou touristiques. Si elle peut être une première main tendue vers un développement plus durable des sites naturels de montagne, entre tourisme vert et agriculture durable, elle ne résoudrait qu’une partie du problème. Comment agir face à l’urgence ?

Quotas et tarification

Interdire l’accès à partir d’un certain nombre de visiteurs, faire payer une entrée pour pouvoir entretenir le site, maintenir une surveillance accrue semble être la solution miracle. Le mot n’est pas peu fort en raison des difficultés à la mettre en place. Tout d’abord sur la tarification. « La collectivité de Corse ne peut pas gérer sa fiscalité environnementale. Elle ne peut donc pas créer des éco-taxes et de l’interdiction d’accès. Elle peut seulement rassembler les acteurs publics et privés pour présenter un projet qui sera ensuite validé par l’Etat. Donner à la collectivité de Corse la possibilité de gérer sa fiscalité environnementale est un projet que nous portons jusqu’au sommet de l’Etat » explique Jean-Félix Acquaviva.

Lire aussi Exceptionnalité et surfréquentation des sites de Bavella : comment permettre un développement économique durable ?

De plus avant de pouvoir instaurer une entrée payante, les propriétaires qu’ils soient publics ou privés doivent être d’accord. Il en est de même pour l’instauration de quotas et donc de l’interdiction d’accès. « À Purcaraccia tout appartient à des propriétaires privés et beaucoup de terrains sont dans l’indivision » précise le président du comité de massif. Pourtant la volonté d'avancer est bien là. Les propriétaires se sont regroupés en association et ont déjà effectué une réunion la semaine passée pour trouver des solutions avec la communauté de communes de l'Alta Rocca et le comité de massif. 

« Les conditions sont rassemblées et nous pouvons avancer » souhaite Jean-Félix Acquaviva. Le député prône une gestion publique-privée équilibrée pour éviter tout accaparement des sites et garantir des retombées économiques justement partagées, au bénéfice du territoire. L’idée d’une tarification avec un tarif résident semble même dans les cartons. 

« Il faut sortir de l’économie de la cueillette !»

Mais pour Jean-Félix Acquaviva l’une des plus grandes causes de la surfréquentation de ces sites et la très forte saisonnalité que connaît le tourisme insulaire. « Il faut sortir de l’économie de la cueillette où on bourre l’été ! » s’exclame-t-il. Il prône « un étalement de la saison touristique », permettant de répartir les flux de population et de maintenir l’activité toute l’année.

Une opération à mener en premier lieu avec l’Agence du Tourisme de la Corse et qui demandera, ce sera sûrement la partie la plus difficile, une adhésion populaire au plus haut point car si les infrastructures sont créées et les plans sont biens ficelés, il faudra bien que la société dans son ensemble, économie comprise, change de paradigme. 














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