Alors que les prix des carburants atteignent toujours des records à la pompe, la crise énergétique s’est invitée ce lundi matin dans l’hémicycle de l’Assemblée de Corse lors des questions orales. Romain Colonna pour Fà Populu Inseme a tout d’abord rappelé que cette flambée des prix a récemment conduit au blocage des ports de Corse par les pêcheurs insulaires. Un « signal d’alerte particulièrement fort », a souligné le conseiller territorial, qui révèle « une fois de plus, combien notre île reste exposée à des fragilités structurelles persistantes, et à quel point les crises internationales – en l’occurrence la flambée des prix des carburants liée au conflit au Moyen-Orient – viennent brutalement aggraver ces déséquilibres ». « Au-delà de la situation conjoncturelle, c’est bien une question de fond qui est posée : celle du différentiel persistant des prix du carburant entre la Corse et le Continent, et plus largement celle de la cherté de la vie », a-t-il argué en notant que si la « réunion du 9 avril dernier, réunissant l’ensemble des acteurs concernés, a permis d’aboutir à des mesures immédiates, notamment auprès des acteurs de la filière pour atténuer temporairement les prix », celles-ci « ne sauraient suffire ». « C’est bien la question d’un traitement durable, équitable et adapté aux spécificités insulaires qui est désormais posée », a-t-il insisté.
Dans la même ligne, Jean-Noël Profizi pour Core in Fronte, a considéré que la situation de crise actuelle « ne peut pas être considérée comme un épisode isolé ». Si elle s’inscrit dans un contexte géopolitique particulier, il note ainsi qu’elle révèle surtout une « réalité plus profonde » : « Celle d’une dépendance structurelle des prix avec le système économique et politique français connue depuis des décennies et jamais corrigée ».« Le blocage des ports par les pêcheurs rejoints par les agriculteurs a montré une situation devenue insupportable pour l’ensemble des professions et du peuple », a-t-il appuyé en considérant le problème « dépasse celui des carburants ». « La vie chère en Corse est une réalité structurelle, liée à cette dépendance économique marquée par la concentration des acteurs, des situations de marché dites « captives » et un manque de régulation adaptée. Des dispositifs existent pourtant dans d’autres territoires insulaires français, notamment avec la loi « Lurel », qui permet une régulation directe des prix et des marges », a-t-il indiqué en concédant que « la Collectivité de Corse ne dispose pas aujourd’hui de toutes les compétences nécessaires pour agir comme il le faudrait. Cela renvoie directement à la question des évolutions institutionnelles attendues, qui permettraient d’adapter les règles à la réalité de notre territoire ».
« Un problème ancien, documenté et multifactoriel »
Dans ce contexte, les deux conseillers territoriaux ont interrogé l’Exécutif sur les mesures qu’il entend mettre en œuvre pour répondre à ce surcoût des carburants en Corse et plus généralement à la problématique de la vie chère. « Nous ne pourrons rien faire tant que la Corse n’aura pas la capacité législative et réglementaire d’adapter les règles pour faire baisser le prix de l’essence problématique », a glissé en écho le président de l’Exécutif Gilles Simeoni, « C’est un exemple clair de la corrélation qu’il y a entre autonomie et développement économique et social ». Dans la foulée, il a rappelé que « la problématique de cherté du carburant en Corse a été posée pour la première fois par l’Assemblée de Corse en 1987 ». Près de quatre décennies plus tard, il regrette ainsi qu’elle n’ait jamais connu de réponse satisfaisante. Y compris, lorsqu’au moment de la crise des Gilets Jaunes, le Conseil exécutif de Corse et l’Assemblée de Corse avaient créé une conférence sociale qui s’était attelée à travailler sur la cherté du prix du carburant et le coût de la vie en Corse, un travail qui avait donné notamment lieu à une délibération de 2021 qui demandait au Gouvernement des modifications législatives et réglementaires, en partie calquées sur ce qui a pu se faire dans certains départements et régions d’Outre-Mer. « Là comme ailleurs, cette demande n’a reçu aucune autre réponse que celle d’un accusé de réception type », a regretté le président de l’Exécutif.
En ce qui concerne la situation actuelle, Gilles Simeoni a d’abord tenu à replacer la crise dans un cadre plus large, rappelant qu’elle s’inscrit dans un problème « ancien, documenté et multifactoriel ». « Il y a d’abord l’insularité, avec des contraintes logistiques fortes liées à l’approvisionnement, au stockage et à la saisonnalité de la demande », a-t-il détaillé, évoquant également « une dépendance structurelle aux flux maritimes ». À cela s’ajoute, « une organisation de marché singulière », marquée par « des situations de monopole déjà pointées par l’Autorité de la concurrence », ainsi que par « une structure de distribution reposant sur un maillage de petites stations-service, très différent de celui du continent ».
Un déséquilibre que la flambée récente des prix, dans un contexte international tendu, n’a fait qu’exacerber. « Nous sommes face à un problème de fond aggravé par une crise conjoncturelle », a résumé le président de l’Exécutif.
Dans ce cadre, il s’est attardé sur les effets du bouclier tarifaire mis en place par TotalEnergies. « C’est une mesure vertueuse pour les consommateurs, puisqu’elle permet de plafonner les prix », a-t-il reconnu, avant d’en souligner les effets pervers en Corse. « Sur le continent, la distribution est assurée majoritairement par la grande distribution, où le carburant est souvent vendu à prix coûtant. L’impact est donc limité. Mais en Corse, la structure du marché est différente », a-t-il expliqué. Dans l’île, où une part importante de la distribution repose sur des opérateurs indépendants, « un différentiel de 20 à 30 centimes à la pompe suffit à déséquilibrer totalement le marché ». « Le client va naturellement se tourner vers l’opérateur le moins cher, ce qui fragilise fortement les autres réseaux », a-t-il poursuivi, pointant « un risque réel de disparition de certaines stations », notamment dans les zones rurales. « À terme, cela pourrait conduire à une situation de quasi-monopole, avec des conséquences économiques, sociales et en matière d’aménagement du territoire », a-t-il mis en garde.
Trouver des réponses structurelles
Par ailleurs, dans la crise il a rappelé qu’afin de trouver une issue à la crise des pêcheurs des discussions ont été engagées avec l’ensemble des acteurs de la filière, ainsi qu’avec l’État. « Chacun a été appelé à faire un effort », a souligné Gilles Simeoni, tout en rappelant les limites de l’action de la CdC. « Nous n’avons ni les moyens financiers, ni la compétence pour mettre en place une aide directe à la pompe », a-t-il insisté. Le dispositif trouvé repose ainsi sur « une réduction des marges à tous les niveaux ». Les distributeurs ont accepté de les diminuer « jusqu’à les rendre quasi nulles », tandis que l’État a activé des mécanismes de compensation. Du côté des ports, gérés soit en régie soit via des délégations, des efforts ont également été consentis. « À Bastia, la marge a été réduite, elle était déjà faible. À Ajaccio, où les prix étaient plus élevés en raison d’investissements importants, il a été demandé de les ramener à la moyenne constatée en Corse », a précisé le président de l’exécutif, saluant « un effort collectif ». Une réponse toutefois assumée comme temporaire. « Ce dispositif a vocation à durer deux à trois mois maximum », a-t-il indiqué, insistant sur la nécessité d’apporter, dans ce délai, des réponses structurelles.
À ce titre, deux missions parlementaires ont été lancées, confiées respectivement aux députés Michel Castellani sur la cherté de la vie et Paul-André Colombani sur la question des carburants. « Nous leur faisons confiance pour établir un diagnostic précis et formuler des propositions concrètes », a déclaré Gilles Simeoni, souhaitant que la CdC soit « pleinement associée » à ces travaux.
« L’enjeu est d’aboutir rapidement, dans un délai de trois mois si possible, à des solutions durables », a-t-il insisté, avant de rappeler que, selon lui, « la question de l’évolution institutionnelle reste centrale ». « L’autonomie permettrait d’agir plus efficacement sur ces sujets », a-t-il affirmé, tout en appelant également à « accélérer la transition énergétique » afin de réduire la dépendance de l’île aux énergies fossiles.
Dans la même ligne, Jean-Noël Profizi pour Core in Fronte, a considéré que la situation de crise actuelle « ne peut pas être considérée comme un épisode isolé ». Si elle s’inscrit dans un contexte géopolitique particulier, il note ainsi qu’elle révèle surtout une « réalité plus profonde » : « Celle d’une dépendance structurelle des prix avec le système économique et politique français connue depuis des décennies et jamais corrigée ».« Le blocage des ports par les pêcheurs rejoints par les agriculteurs a montré une situation devenue insupportable pour l’ensemble des professions et du peuple », a-t-il appuyé en considérant le problème « dépasse celui des carburants ». « La vie chère en Corse est une réalité structurelle, liée à cette dépendance économique marquée par la concentration des acteurs, des situations de marché dites « captives » et un manque de régulation adaptée. Des dispositifs existent pourtant dans d’autres territoires insulaires français, notamment avec la loi « Lurel », qui permet une régulation directe des prix et des marges », a-t-il indiqué en concédant que « la Collectivité de Corse ne dispose pas aujourd’hui de toutes les compétences nécessaires pour agir comme il le faudrait. Cela renvoie directement à la question des évolutions institutionnelles attendues, qui permettraient d’adapter les règles à la réalité de notre territoire ».
« Un problème ancien, documenté et multifactoriel »
Dans ce contexte, les deux conseillers territoriaux ont interrogé l’Exécutif sur les mesures qu’il entend mettre en œuvre pour répondre à ce surcoût des carburants en Corse et plus généralement à la problématique de la vie chère. « Nous ne pourrons rien faire tant que la Corse n’aura pas la capacité législative et réglementaire d’adapter les règles pour faire baisser le prix de l’essence problématique », a glissé en écho le président de l’Exécutif Gilles Simeoni, « C’est un exemple clair de la corrélation qu’il y a entre autonomie et développement économique et social ». Dans la foulée, il a rappelé que « la problématique de cherté du carburant en Corse a été posée pour la première fois par l’Assemblée de Corse en 1987 ». Près de quatre décennies plus tard, il regrette ainsi qu’elle n’ait jamais connu de réponse satisfaisante. Y compris, lorsqu’au moment de la crise des Gilets Jaunes, le Conseil exécutif de Corse et l’Assemblée de Corse avaient créé une conférence sociale qui s’était attelée à travailler sur la cherté du prix du carburant et le coût de la vie en Corse, un travail qui avait donné notamment lieu à une délibération de 2021 qui demandait au Gouvernement des modifications législatives et réglementaires, en partie calquées sur ce qui a pu se faire dans certains départements et régions d’Outre-Mer. « Là comme ailleurs, cette demande n’a reçu aucune autre réponse que celle d’un accusé de réception type », a regretté le président de l’Exécutif.
En ce qui concerne la situation actuelle, Gilles Simeoni a d’abord tenu à replacer la crise dans un cadre plus large, rappelant qu’elle s’inscrit dans un problème « ancien, documenté et multifactoriel ». « Il y a d’abord l’insularité, avec des contraintes logistiques fortes liées à l’approvisionnement, au stockage et à la saisonnalité de la demande », a-t-il détaillé, évoquant également « une dépendance structurelle aux flux maritimes ». À cela s’ajoute, « une organisation de marché singulière », marquée par « des situations de monopole déjà pointées par l’Autorité de la concurrence », ainsi que par « une structure de distribution reposant sur un maillage de petites stations-service, très différent de celui du continent ».
Un déséquilibre que la flambée récente des prix, dans un contexte international tendu, n’a fait qu’exacerber. « Nous sommes face à un problème de fond aggravé par une crise conjoncturelle », a résumé le président de l’Exécutif.
Dans ce cadre, il s’est attardé sur les effets du bouclier tarifaire mis en place par TotalEnergies. « C’est une mesure vertueuse pour les consommateurs, puisqu’elle permet de plafonner les prix », a-t-il reconnu, avant d’en souligner les effets pervers en Corse. « Sur le continent, la distribution est assurée majoritairement par la grande distribution, où le carburant est souvent vendu à prix coûtant. L’impact est donc limité. Mais en Corse, la structure du marché est différente », a-t-il expliqué. Dans l’île, où une part importante de la distribution repose sur des opérateurs indépendants, « un différentiel de 20 à 30 centimes à la pompe suffit à déséquilibrer totalement le marché ». « Le client va naturellement se tourner vers l’opérateur le moins cher, ce qui fragilise fortement les autres réseaux », a-t-il poursuivi, pointant « un risque réel de disparition de certaines stations », notamment dans les zones rurales. « À terme, cela pourrait conduire à une situation de quasi-monopole, avec des conséquences économiques, sociales et en matière d’aménagement du territoire », a-t-il mis en garde.
Trouver des réponses structurelles
Par ailleurs, dans la crise il a rappelé qu’afin de trouver une issue à la crise des pêcheurs des discussions ont été engagées avec l’ensemble des acteurs de la filière, ainsi qu’avec l’État. « Chacun a été appelé à faire un effort », a souligné Gilles Simeoni, tout en rappelant les limites de l’action de la CdC. « Nous n’avons ni les moyens financiers, ni la compétence pour mettre en place une aide directe à la pompe », a-t-il insisté. Le dispositif trouvé repose ainsi sur « une réduction des marges à tous les niveaux ». Les distributeurs ont accepté de les diminuer « jusqu’à les rendre quasi nulles », tandis que l’État a activé des mécanismes de compensation. Du côté des ports, gérés soit en régie soit via des délégations, des efforts ont également été consentis. « À Bastia, la marge a été réduite, elle était déjà faible. À Ajaccio, où les prix étaient plus élevés en raison d’investissements importants, il a été demandé de les ramener à la moyenne constatée en Corse », a précisé le président de l’exécutif, saluant « un effort collectif ». Une réponse toutefois assumée comme temporaire. « Ce dispositif a vocation à durer deux à trois mois maximum », a-t-il indiqué, insistant sur la nécessité d’apporter, dans ce délai, des réponses structurelles.
À ce titre, deux missions parlementaires ont été lancées, confiées respectivement aux députés Michel Castellani sur la cherté de la vie et Paul-André Colombani sur la question des carburants. « Nous leur faisons confiance pour établir un diagnostic précis et formuler des propositions concrètes », a déclaré Gilles Simeoni, souhaitant que la CdC soit « pleinement associée » à ces travaux.
« L’enjeu est d’aboutir rapidement, dans un délai de trois mois si possible, à des solutions durables », a-t-il insisté, avant de rappeler que, selon lui, « la question de l’évolution institutionnelle reste centrale ». « L’autonomie permettrait d’agir plus efficacement sur ces sujets », a-t-il affirmé, tout en appelant également à « accélérer la transition énergétique » afin de réduire la dépendance de l’île aux énergies fossiles.
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