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Plaine Orientale : Polémique et mobilisation contre la mise aux enchères du domaine Casanis


Rédigé par Nicole Mari le Vendredi 23 Mars 2018 à 22:46 | Modifié le Samedi 24 Mars 2018 - 02:37


Le plus grand domaine agricole de Corse, le domaine de Casabianca, plus connu sous le nom de Domaine CASANIS, - 469 hectares d’un seul tenant entre mer et montagne - situé en Plaine orientale, est à vendre. Placé depuis septembre en liquidation judiciaire, il se compose notamment du plus grand vignoble de l’île, quasiment à l’abandon, d'une parcelle jouxtant la déchetterie de Tallone et d'une parcelle de bord de mer. Sa subite mise aux enchères suscite, depuis 24 heures, une levée de boucliers des élus locaux, des Nationalistes et des syndicats agricoles qui pointent le risque d’une spéculation foncière et immobilière. Entre inquiétude, colère et appel à la mobilisation, la riposte s’organise…


Plaine Orientale : Polémique et mobilisation contre la mise aux enchères du domaine Casanis
Une annonce, qui se voulait anodine, a mis le feu aux poudres. « À VENDRE : Domaine agricole sur la commune de Linguizzetta comprenant vignes, maquis et bâtiments agricoles et à usage habitation pour une superficie totale de 469 hectares. Ce domaine est sis sur deux sections cadastrales séparées par la T10 ». Le domaine en question est le fameux domaine de Casabianca, plus connu sous le nom de Domaine CASANIS, qui s’étend au lieu-dit Bravone entre le phare d’Alistro et l’étang de Diana, le long de la Route territoriale 10 - ex-route nationale 198. Cette propriété familiale ancestrale, créée par Emmanuel Casabianca, fondateur de la marque CASANIS, est souvent présentée comme le plus grand domaine viticole du Sud-Est de la France par sa surface, mais dont la moitié est en friches et maquis. La partie au dessus de la route d’une superficie de 347 hectares comporte des bâtiments agricoles et à usage d’habitation. Celle en contre bas s’étale sur 122 hectares jusqu’au littoral et l’ancienne Torra di Bravone. Le vignoble avoisine 200 hectares dans une île où la superficie moyenne des exploitations viticoles est de 25 hectares et où moins de 8% d’entre-elles dépassent 60 hectares, pour une surface totale en production d’environ 6 500 hectares. C’est dire si l’annonce de sa mise en liquidation judiciaire, en septembre dernier, et celle de sa brutale mise aux enchères, aujourd’hui, soulève une inquiétude, une émotion et une protestation tant dans le monde agricole que politique… et des suspicions de spéculation foncière et immobilière.

La fronde sur la toile
C’est le co-leader de Core in Fronte, Paul-Felix Benedetti, qui lance l’alerte, jeudi soir, par un tweet sur les réseaux sociaux. « La plus grande vigne d'Europe, d'un seul tenant, est aux enchères sur la seule base d'une garantie bancaire. La CTC doit intervenir avec l'ODARC, la Chambre d'Agriculture & la SAFER pour un programme d'installation de jeunes agriculteurs, et ainsi faire vivre 15 familles corses ». Très vite, la toile s’embrase et les prises de position pleuvent. Le président délégué de la chambre d’agriculture de la Haute-Corse, Jean-Marc Venturi, répond sur le même mode : « Entièrement d’accord avec cette position. Essayons et battons-nous pour arriver à une solution via la Safer de partager cette exploitation à des jeunes agriculteurs. Nous avons déjà commencé ce travail ». Le mouvement nationaliste Femu a Corsica emboîte le pas : « Le Domaine Casabianca ne peut être abandonné à une opération spéculative.@IsulaCorsica la Safer et le monde agricole doivent se coordonner pour construire une offre de reprise conforme aux intérêts collectifs du peuple #Corse. #Femu appelle d'ores et déjà à la mobilisation. ». Le député Pè a Corsica de la circonscription, Jean-Félix Acquaviva, approuve : « Domaine http://agri.de  469 h.en vente a Linguizzetta:Devoir moral de préemption pour @IsulaCorsica afin d'installer des jeunes et produire #Prutege  ». Le président du groupe Corsica Libera à l’Assemblée de Corse, Petr'Anto Tomasi, annonce le dépôt d'une question orale pour la session des 28 et 29 mars : « Vente d'un domaine agricole à Linguizzetta : mercredi à l'@AssembleeCorse, j'interrogerai le conseil exécutif sur les outils mobilisables pour la sauvegarde de ce patrimoine foncier et la vocation agricole des terres. Per un agricultura di pruduzzione, contru à a speculazione ! ».
 

La faillite d’un modèle
De son côté, le monde agricole dénonce « un véritable gâchis » et un vignoble quasiment à l’abandon, qui n’est plus entretenu depuis deux ans. « Aucun entretien n’a été effectué cette année : ni taille, ni palissage, ni entretien des rangs, ni traitements… ce qui hypothèque probablement la future production des vignes en place. 2017 fut une année de très faible récolte, probablement liée au manque d’entretien de la vigne et à l’érosion des sols : soit environ 300 tonnes de raisins récoltés quand un peu plus de 1000 tonnes de raisins auraient dû être produits. Les sols sont dans un état de dégradation très avancés, pratiquement en situation de mort biologique. C’est du à la présence intensive de vignes depuis 50 ans, associée à des pratiques agricoles issues de l’agriculture productiviste », explique Paul-André Fluxia, porte-parole du syndicat agricole, Via Campagnola. Une partie du domaine fait l’objet de baux contractualisés auprès d’éleveurs, notamment la parcelle du bord de mer. Pour Via Campagnola, cette liquidation judiciaire est révélatrice de la faillite d’un modèle agricole. Il énumère : « Un modèle de monoculture intensif pratiqué sur de grandes surfaces. Des pratiques peu engagées dans le respect des sols, qui peuvent être considérés comme stériles, et de l’environnement. L’absence de maîtrise avec le processus de vinification délégué à un prestataire. Des quantités de vins importantes à écouler sur des marchés de volume, essentiellement orientés par des tarifs bas. Une faible valorisation liée à une problématique de volume et une rentabilité économique mise à mal. Le tout, couplé à une gestion approximative durant les dernières années et probablement à de mauvais choix de restructuration ».
 
Le triptyque du Diable
La liquidation  a été prononcée en septembre 2017, mais la publicité n’en est faite que le 22 mars 2018 : soit 6 mois plus tard. C’est bien ce qui inquiète Via Campagnola : « Le délai octroyé pour effectuer une offre au liquidateur est d’à peine un mois, ce, avec des garanties bancaires exigées. Toute demande de renseignement devant se faire par courrier, il sera difficile d’avoir accès, ne serait-ce qu’à la valeur estimée des biens dans un délai raisonnable pour, ensuite, pouvoir faire une offre sérieuse ». Le syndicat ne cache pas, également, sa crainte que la vente se fasse en 3 lots – le vignoble, la partie haute bordant la déchetterie de Tallone, et la parcelle littorale, avec, à la clé, un changement de vocation d’une partie des terres. Ce qui attiserait les appétits spéculatifs. « Cette mise aux enchères est le nœud cornélien de tous les problèmes qui se posent en Corse, c’est l’exemple-type de ce qu’il faut combattre. C’est le triptyque du Diable : une agriculture intensive, productiviste, chimique qui a ruiné tous les sols et qu’il faut bannir de Corse, un risque de spéculation immobilière sur la parcelle jouxtant le littoral, et, en filigrane, la problématique de gestion des déchets », commente Jean-Baptiste Arena, viticulteur, membre de Via Campagnola, maire de Patrimoniu, et co-leader de Core in Fronte.

Un foncier agricole
L’inquiétude est partagée par le maire de la commune de Linguizzetta, Séverin Medori, qui, dès sa prise de fonction en 2008, avait bloqué un projet immobilier, couplé à un golf touristique, sur la parcelle jouxtant le littoral. Depuis lors, il demande le classement de cette zone agricole en espace remarquable, ce qui lui est refusé. « En tant que maire de Linguizzetta, j’avais demandé à être reçu par le liquidateur parce que l’issue nous semblait inéluctable. La vigne n’était plus entretenue. Depuis trois ou quatre ans, on voyait le domaine dépérir, s’appauvrir année après année. On entendait dire qu’il était endetté. Tout cela nous inquiétait. Nous suivons cette affaire avec beaucoup d’attention. Nous sommes inquiets sur le devenir du domaine dans son intégralité, dans son intégrité et dans sa destination. La position de la mairie est très claire, intangible et pas négociable : il n’y aura aucun changement de destination des terres dans les documents d’urbanisme. Le domaine dans son entier est classé en zone agricole du PLU (Plan local d’urbanisme). Et tant que je resterai maire, il restera sur les trois parcelles en zone agricole du PLU », assure Séverin Medori. La précision est d’importance, vu que la SAFER affirme ne disposer d’aucun renseignement sur ce dossier. Réglementairement, elle ne devrait pas pouvoir intervenir avant l’adjudication, mais aurait la possibilité de casser la vente dans un délai de 2 mois.
 
La question des enchères
Reste, donc, pour l'instant, la possibilité de participer aux enchères. Une option que le nouveau président de l’ODARC (Office du développement agricole et rural de Corse), Lionel Mortini, entend étudier avec la SAFER. D’autant qu’il avait déjà le domaine en ligne de mire : « Nous sommes devancés par l’actualité. Nous avions en tête un projet pour lequel j’avais rencontré un certain nombre de jeunes agriculteurs intéressés par le site qui, aujourd’hui, est mis aux enchères. Nous aurions préféré que ça se règle à l’amiable entre la SAFER et le liquidateur. Ce n’est pas le cas, donc nous irons aux enchères avec la SAFER qui sera, je l’espère, notre bras armé pour réussir ce projet ». Seule effectivement, la SAFER peut enchérir, mais elle n’a pas les fonds pour le faire. « L’ODARC va mettre en place un fonds foncier. Cet axe fait partie des fondamentaux du mouvement national sur le traitement du foncier pour libérer des espaces de production liés à l’agriculture. Nous allons travailler avec la SAFER dans la transparence la plus totale et mettre les fonds au service des jeunes agriculteurs ». Lionel Mortini est, néanmoins, très prudent : « Ça dépend aussi du prix. On parle de plusieurs millions d’euros. On attend l’estimation de France Domaine. On ne fera pas n’importe quoi avec l’argent public. Il faut être sérieux, travailler avec tous les outils légaux qui sont à notre disposition pour bien monter le dossier, et réussir à ramener le domaine dans le patrimoine de la Corse ». Le problème est que, pour l’instant, comme le pointe Via Campagnola, tout le monde ignore la mise à prix. Certains dénoncent déjà « des enchères qui fonctionnent comme un appel d’offres ». De quoi nourrir la polémique et la suspicion…
 
N.M.



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