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Nanette Maupertuis : « L’objectif d’engager un véritable dialogue et d’acter l’ouverture d’un nouveau cycle politique a été atteint »


Nicole Mari le Dimanche 20 Mars 2022 à 19:29

Après une crise intense, la visite du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, et les engagements pris, semblent instituer une nouvelle ère dans les relations entre la Corse et l’Etat. La présidente de l’Assemblée de Corse, Nanette Maupertuis, revient, pour Corse Net Infos, sur cette semaine intense et sur les négociations qui ont débuté. Elle explique qu’un premier pas a été fait et que le dialogue, qui a, enfin, été renoué avec Paris, est indispensable pour avancer. Elle confirme que le rapprochement rapide des prisonniers est acté, et que le document signé par Gilles Simeoni et Gérald Darmanin est essentiel parce qu’il ouvre un processus historique de discussions. Elle rappelle que l’Assemblée de Corse travaille déjà depuis des mois pour proposer un projet robuste et adapté à la spécificité de l’île.



Nanette Maupertuis, présidente de l’Assemblée de Corse, représentante de la Corse au Comité européen des régions. Photo Michel Luccioni.
Nanette Maupertuis, présidente de l’Assemblée de Corse, représentante de la Corse au Comité européen des régions. Photo Michel Luccioni.
- Quel est votre premier sentiment à l’issue de cette semaine intense et des premiers entretiens avec le ministre de l’Intérieur ?
- Ce fut une séquence intense autour d’une première rencontre avec le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin. L’objectif était de poser les jalons d’une sortie de crise à court terme et d’acter la mise en place d’un processus de dialogue entre l’Etat et la Corse qui aura vocation à s’installer dans le temps. Je pense qu’il y a eu un signe fort de la part du ministre qui a accepté le format que nous lui avons proposé, au siège de la Collectivité de Corse et en présence de tous les acteurs du monde syndical, économique, politique, social, des associations de soutien aux prisonniers et des représentants de la jeunesse. Il faut le saluer ! Le ministre a entendu toutes les revendications portées de manière unanime par les forces vives en présence. Je crois que cette rencontre a eu une dimension cathartique et que chacun a pu y dire avec franchise et parfois avec beaucoup d’émotion ce qu’il avait sur le cœur. En particulier : le besoin de vérité sur la tentative d’assassinat d’Yvan Colonna, la demande de rapprochement, voire de libération, des prisonniers politiques et la nécessité de reconnaître le peuple corse, ses attentes et ses aspirations.
 
- Le bilan de ces entretiens est-il, pour vous, positif ?
- Oui ! Le ministre m’a semblé à l’écoute, ouvert, et est allé loin dans ses propos et dans ses positions en matière d’autonomie notamment. Il a fait des déclarations positives. Si nous avons beaucoup pointé du doigt, à raison d’ailleurs, le négatif dans la politique de l’Etat, il nous faut aussi avoir l’honnêteté intellectuelle de reconnaître lorsqu’il y a des points positifs. Bien entendu, nous restons prudents car l’histoire et le contexte électoral actuel nous invitent à ne pas nous contenter d’annonces et de promesses. Mais l’objectif d’engager, avec cette rencontre, un véritable dialogue et d’acter l’ouverture d’un nouveau cycle politique et d’échanges a été atteint. C’est un premier pas. Il est fait !

Réunion avec Gérald Darmanin.
Réunion avec Gérald Darmanin.
- Pourtant, certaines composantes du mouvement national ont exprimé leur déception et refusé de signer le compte rendu de la rencontre, le comprenez-vous ?
- Je comprends la déception, j’en ai été le témoin direct et j’en partage évidemment une partie. Les différentes parties prenantes attendaient, de la part du ministre, des annonces et des gestes forts à l’issue de cette rencontre avec, au premier rang, a minima, l’annonce de la date du rapprochement des prisonniers dès mercredi soir. C’est d’ailleurs la première chose que m’ont demandé les manifestants lorsque je suis descendue les voir devant le siège de l’Assemblée de Corse au soir du 16 mars pour leur faire un premier compte rendu de la réunion. Ce geste n’est pas venu tout de suite. L’évocation d’une date fixée « avant l’été » n’a pas satisfait les militants qui se mobilisent depuis quinze jours et dont c’est la première revendication. Puis les choses ont avancé en fin de semaine… Le ministre a rencontré aussi les familles des prisonniers et, je le rappelle, cela dépend surtout et avant tout des prisonniers eux-mêmes. Au final, c’est acté : le rapprochement se fera très vite, et c’est normal !
 
- Vous avez été agressée en essayant de livrer ces explications devant les grilles de l’Assemblée. Aucun dialogue n’était possible ?  
- Au sujet de l’épisode devant la Collectivité de Corse, je veux en profiter pour dissiper toute incompréhension : personne n’a été agressé ou bousculé. Surtout, personne ne s’entendait dans le tumulte des 300 militants présents et la frustration était élevée. Alors oui, il y a eu quelques invectives contre les élus et des éclats de voix, mais la colère et l’exaspération étaient fortes ! Ces événements nous ont encore prouvé qu’elles ne se dissiperont pas avec des effets d’annonce. Gerald Darmanin nous a assuré que le rapprochement était acté et qu’il allait à présent peser de tout son poids auprès du Premier Ministre et du Président pour qu’ils annoncent une date de retour avant la 2ème semaine d’avril. J’espère comme tous les Corses que cet engagement sera tenu. Quant au dialogue, entre Corses, entre Corses et Etat, il ne peut s’instaurer que si chaque partie écoute l’autre. Sans écoute, impossible de dialoguer ! Même pour se dire qu’on n’est pas d’accord ! Pire : j’ai entendu des Corses dire la même chose sur le fond, mais qui ne s’entendaient pas ! Il faut sortir des cris et du chaos. Rien n’est audible dans ce type de situation, rien ne peut avancer dans un tel contexte. Et certainement pas une négociation historique !

-  Le document signé par Gilles Simeoni et Gérald Darmanin n’est pas un protocole de sortie de crise, ni une déclaration d’engagement, mais un compte rendu. Finalement, quel est l’intérêt d’un tel document ?
- Ce document a été demandé par le Président de l’Exécutif de Corse. Gerald Darmanin a accepté d’y consigner ce que nous nous étions dit, ainsi que les positions de chacun, afin de poser les termes des échanges qui ont eu lieu et la nature du débat à venir. Ce document me semble essentiel pour plusieurs raisons. D’une part, il inscrit ce qu’il s’est dit, rendant plus difficile le retour en arrière sur certaines questions fondamentales comme l’engagement du processus de rapprochement d’Alain Ferrandi et de Pierre Alessandri avec l’annonce d’une date de retour dans le mois. Ce texte et ce processus ont, d’ailleurs, été validés par les avocats et les familles des prisonniers. Le texte acte aussi d’un engagement de l’Etat à faire la totale vérité sur ce qu’il s’est passé dans la prison d’Arles. Ensuite, le document acte l’inscription dans le périmètre des discussions de la reconnaissance du peuple Corse, des revendications culturelles, linguistiques et la libération des prisonniers. Le document évoque aussi le cas des prisonniers corses notamment inscrits au Fijait et des amendes de prisonniers. Enfin, il acte un calendrier resserré pour travailler sur l’évolution statutaire de la Corse vers une autonomie de plein droit et de plein exercice d’ici à décembre 2022. En matière d’échéancier, le ministre de l’Intérieur nous propose une réunion dès la première quinzaine d’avril, avant le premier tour de la présidentielle. Si tous ces points semblent converger dans le bon sens, il faudra a minima que l’annonce du rapprochement intervienne avant ce prochain rendez-vous.
 
- Concernant l’autonomie, le ministre a cité les statuts polynésien, calédonien, ou même celui des Açores. Irait-on vers des adaptations de statuts existants ou vers un statut propre à la Corse ?
- Il faut déjà considérer cela comme une plutôt bonne nouvelle, car les statuts mentionnés dans le document sont parmi les plus ambitieux. Pour nous qui visons l’autonomie de plein droit et de plein exercice, cela me fait penser que si le processus engagé ces derniers jours n’est pas qu’une simple promesse électorale et qu’il aboutit, alors le statut dont bénéficiera la Corse peut être ambitieux lui aussi. Et l’ambition n’est pas de vouloir faire comme ou de faire mieux qu’ailleurs. L’ambition du peuple corse est d’avoir un statut qui correspond à sa réalité géographique, historique, culturelle, économique et sociale et à ses aspirations. Il ne s’agit pas, en tout cas, de copier à tout prix un modèle existant. Nous le répétons suffisamment, la Corse a ses spécificités, ses difficultés, ses opportunités, et s’il faut un statut propre, sui generis, pour qu’elles soient prises en compte, alors il faudra tendre vers cet objectif.
 
- Le ministre a annoncé que la question de l’autonomie serait portée à l’agenda d’ici à fin 2022, c’est un calendrier très resserré si on prend en compte les élections présidentielles et législatives. N’est-ce pas trop court pour proposer un projet suffisamment solide ?
- Le ministre veut aller à un pas cadencé, nous n’allons certainement pas nous en plaindre compte tenu du temps qui est déjà passé ! Ce calendrier resserré nous permettra, d’une part de rester dans le rythme de travail qui s’amorce, de ne pas repousser les discussions aux calendes grecques et, d’autre part, il doit nous permettre de répondre vite aux attentes et aux inquiétudes des Corses. Nous allons devoir proposer un projet robuste. Je rappelle que le travail a commencé depuis septembre 2021 avec le rapport Mastor commandé par le Président de l’Exécutif, mais aussi le travail de la Commission des compétences législatives et réglementaires et des évolutions statutaires de la Corse de notre Assemblée qui auditionne différents experts depuis le mois de janvier. Ce travail, à la fois politique et technique, offrira des perspectives concrètes pour construire l’autonomie dont a besoin la Corse. Une chose est, en revanche, certaine : une grande réforme constitutionnelle sera nécessaire. Or, même dans l’éventualité où Emmanuel Macron est réélu Président, personne ne peut dire, pour l’instant, ce qu’il se passera du point de vue de la majorité des 3/5èmes nécessaire au Congrès pour faire adopter une telle modification. C’est pourquoi nous continuerons notre travail, entamé depuis 2015 et 2017, pour convaincre la représentation nationale française du bienfondé de l’autonomie de la Corse. Nous avons fait valoir nos revendications posément, et elles sont de plus en plus audibles car elles sont comprises comme légitimes. J’en veux pour preuve l’investissement exceptionnel de nos députés qui n’ont cessé de faire valoir les intérêts de la Corse et des Corses, ainsi que le soutien total de l’Association des Régions de France dans notre demande d’autonomie.
 
Propos recueillis par Nicole MARI.














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