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Michel Stefani : "Pour une action démocratique et efficace contre la dérive affairiste et mafieuse"


le Dimanche 29 Septembre 2019 à 12:10

"La Corse, région pauvre s’il en est, n’a jamais cessé ces 40 dernières années d’être profondément marquée par l’affairisme et le banditisme et dans un climat de plomb par une violence indépendantiste aux frontières pas toujours étanches avec ces phénomènes. Cette période est ainsi celle où le nombre d’homicides volontaires s’établira en records. L’annonce d’un dépôt des armes par le FLNC, en juin 2014, pour attendue qu’elle fut par les Corses, n’efface pas tout quand bien même l’atmosphère est devenue moins pesante" écrit Michel Stefani secrétaire départemental du PCF de Haute-Corse



Michel Stefani : "Pour une action démocratique et efficace contre la dérive affairiste et mafieuse"
Le collectif antimafia qui vient de se constituer parle d’une Corse « sous une emprise mafieuse d’une intensité jamais atteinte dans son histoire » et invite « à le dire haut et fort ». Les élus sont appelés à « se ressaisir » et à « organiser une session extraordinaire consacrée à cette dérive mafieuse. Nous les exhortons à ne pas l’évacuer par un débat improvisé mêlant toutes les formes de violence. On se rappelle le pathétique échec d’une commission ad hoc créée par une précédente assemblée… » On note ici le paradoxe de s’adresser aux élus tout en expliquant que leurs efforts précédents se résument en un « pathétique échec ». Mais puisque on nous demande de parler faisons le comme nous l’avons toujours fait librement et sans arrière pensée politicienne et sans concession pour le crime organisé.  



La société insulaire est d’autant plus fragile que la pauvreté y fait des ravages. La violence sociale qu’elle y distille à deux raisons les bas salaires et la cherté de la vie. Les deux se combinent mais ont une même origine identifiable dans l’économie même de la Corse désormais sous la main mise du consortium des patrons corses. Toute analyse de la situation sans cette dimension économique et sociale sera amputée d’un élément essentiel à la compréhension du mouvement de la société insulaire comme d’ailleurs à la recherche d’une issue positive. Sans progrès social, les mécanismes démocratiques qui forceront à la transparence resteront grippés. L’implication citoyenne, sans la perspective d’une amélioration des conditions de vie des plus modestes, restera incomplètement réalisable.

La pression exercée sur la société dans son ensemble à travers le racket, le gangstérisme, le trafic de drogue, les intimidations en tous genres, fera toujours obstacle au rassemblement et à l’action citoyenne, revendicative, démocratique et populaire visant à réduire les inégalités. Hors Ile de France, la Corse est la région métropolitaine la plus inégalitaire. La violence de classe s’ajoute donc à la violence criminelle. Pour autant, cette dernière, n’a rien d’atavique donc rien de définitif. L’individu ne naît pas violent il le devient et ce quel que soit le lieu où il vient au monde.



S’il est absurde en matière de criminalité de considérer de la même manière un délit quelconque avec un assassinat, réclamer l’Etat de droit implique d’accepter son application dans ses principes à tous faits délictueux. C’est effectivement le domaine régalien de l’Etat et de ses services de police et de justice. La sanction des criminels comme la vérité sont indispensables et relèvent exclusivement de leur action. Toutefois, trop de crimes restent non élucidés. C’est donc vers l’Etat qu’il faut se tourner sans ambigüité, lequel doit assumer ses responsabilités avec tous les moyens ordinaires à sa disposition.

La manifestation de la vérité fortifie le pacte républicain qui s’affaiblit dans le cas contraire. La question de l’Etat de droit ne peut donc être réduite à sa simple évocation au grès des circonstances. On se souvient de l’accueil, hostile, réservé en septembre 1998 au rapport « Glavany » de la Commission d’enquête parlementaire installée après l’assassinat du préfet Erignac, pour mesurer une élasticité parfois réfractaire à l’énoncé des faits révélateurs « d’une situation pré-mafieuse ».



La promotion exclusive du tourisme, puis du tourisme de luxe, la désanctuarisation, ont alimenté la spéculation, ouvert les appétits, aiguisé les rivalités commerciales, dopé les inégalités sociales. Le modèle économique de la Corse, dépourvu d’un secteur industriel et concentré sur le littoral, est devenu très spéculatif. Cette spécificité l’expose plus encore à la pénétration de l’économie souterraine.

L’indépendance de l’administration, qui repose sur le non démantèlement de la fonction publique, est un atout contre l’infiltration des sphères décisionnelles par cette économie parallèle. La proximité du politique et de l’entreprise, pour ne pas dire des affaires, est ici un problème d’autant plus aigue que la Corse est soumise, dans le cas des appels d’offres aussi, au handicap de l’insularité autrement dit des positions dominantes locales comme de la proximité relative aux caractéristiques de la société insulaire.



La commande publique qui soutient, en grande part, la croissance insulaire est convoitée au même titre que les réfactions de TVA sont détournées au détriment des consommateurs. Sur fond de compétitivité entre les hommes et les territoires, à l’opposé des principes républicains, les moyens de la solidarité nationale sont ainsi captés par une minorité et les entreprises de services publics démantelées. C’est particulièrement vrai dans le transport aérien et maritime ou des centaines d’emplois à statut ont été détruits à coup de concurrence déloyale des opérateurs low cost.

Cette compétition libérale, qui creuse les déficits budgétaires de pays entiers, ne peut qu’aggraver la situation de la Corse dont le marché au sens de sa définition capitaliste constitue de fait une mise à l’écart des grands circuits économiques. La démographie explique pour une part cette faiblesse mais le niveau des importations 10 fois plus important que les exportations en donne toute l’ampleur. Voilà les raisons qui doivent conduire véritablement à un développement durable avec à la clé des activités génératrices d’emplois stables, correctement rémunérés, une fiscalité juste et efficace plutôt que l’exonération d’impôt sur les sociétés ou des droits de succession favorable aux gros détenteurs de patrimoines. Justice fiscale et justice sociale ne peuvent être dissociées.



Un homme, privé d’emploi, de logement, de protection sociale, de soins est légitimement en droit de s’interroger sur ce qu’il représente en tant que citoyen dans cette société où le nombre de ménages contributeurs ISF peut augmenter de 150 % alors que 25 000 autres vivent avec des revenus inférieurs au seuil de pauvreté. Voilà pourquoi, il est nécessaire, non pas de définir une « citoyenneté corse », mais de faire en sorte qu’il y est plus de citoyenneté en Corse et de progrès social, plus de transparence et de démocratie. La création de la collectivité unique interroge en ce sens sur la concentration du pouvoir qui en résulte.

Pour les révolutionnaires de 1789, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen se fondait sur un principe universel « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » et la visée d’une modernité indiscutable inscrite dans la devise républicaine : Liberté-Egalité-Fraternité. A l’évidence, la logique libérale nous en éloigne, en creusant le sillon de l’individualisme qui détruit la conscience personnelle d’appartenir à une communauté d’êtres humains librement associé par un projet collectif appelé à rendre le peuple souverain et ainsi à garantir l'intérêt général.

 

Dans ce projet collectif, porté par un mouvement populaire et social fort, naitra l’action démocratique et efficace contre la dérive affairiste et mafieuse. C’est l’ambition à laquelle les communistes consacrent leurs efforts pour la Corse.





















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