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Les Eaux d’Orezza célèbrent 170 ans d’histoire et une nouvelle ère coopérative


Léana Serve le Mercredi 22 Avril 2026 à 17:43

À Rapaggio, les Eaux d’Orezza fêtent cette année leur 170e anniversaire avec une journée organisée vendredi 24 avril sur le site historique de la source. L’occasion d’aborder l’histoire de cette eau exploitée depuis le XIXe siècle, mais aussi de célébrer la création d’une Société Coopérative d’Intérêt Collectif, marquant une nouvelle ère de gestion participative de la source.



Photos : Eaux d'Orezza
Photos : Eaux d'Orezza

À Rapaggio, les Eaux d'Orezza célèbrent cette année leurs 170 ans, un anniversaire marquant pour une source qui a traversé les siècles depuis sa première exploitation au milieu du XIXe siècle. « C'est une source qui a toujours été là depuis l'Antiquité et qui est connue pour ses vertus », explique Carine Balli, directrice générale. « Il y a 170 ans, Napoléon III s'est intéressé à la source, d'autant que Napoléon Bonaparte, qui était passé par là, s'était fait soigner et avait réussi à guérir avant l’une de ses grandes batailles. Quand Napoléon III s’est intéressé à la source, il lui a donné l’autorisation administrative d'être exploitée et lui a aussi décerné la médaille d'or de la meilleure eau médicinale de France. »

Site thermal sur la seconde moitié du XIXe siècle et le début du XXe siècle, l’Eau d’Orezza est même utilisée lors des deux guerres mondiales afin de traiter l’anémie, notamment dans de nombreuses régions d'Afrique. À la même époque, on commence à s’intéresser à une exploitation plus commerciale de la source. « Des bribes d'usines ont commencé un petit peu à s'organiser, mais on peut dire qu'on est vraiment entré dans une démarche industrielle à partir des années 1980 voire 1990 avec une véritable exploitation et une vraie usine. »


La Société Coopérative d’Intérêt Collectif

En 2022, et après « des années de débats juridiques sur la notion d’exploitation privée d’une source publique », la source d’Orezza étant jusqu’alors exploitée par la Société Nouvelle d’Exploitation des Eaux Minérales d’Orezza (SNEEMO), la Collectivité de Corse « a engagé une réflexion autour d'une société coopérative d'intérêt collectif qui pourrait bénéficier de l'exploitation de la source ». Adoptée par l’Assemblée de Corse à la fin de l’année 2024, la SCIC a vu le jour au mois de février 2025, « faisant des salariés de la Collectivité de Corse et des communes de la vallée les principaux actionnaires de cette nouvelle société ».
 

« Elle a maintenant juridiquement la possibilité de pouvoir exploiter le fonds de commerce et de générer de la ressource, sachant que cette ressource est directement distribuée sur le territoire insulaire », précise Carine Balli. « Et par un système de partenariat et par des systèmes de mécénat, la société contribue au développement de la micro-région et au-delà. On valorise aussi tout ce qui est transmission intergénérationnelle, on est mécène de la fondation de l'université, mécène de Scola Corsa, puisque le travail avec les enfants représente un élément important de la nouvelle politique de l'entreprise, et évidemment la biodiversité, parce qu'on est une société coopérative qui relève de l'économie sociale et solidaire, donc de la transition écologique, avec une volonté très forte de porter ce discours sur la valorisation et la préservation de la ressource. »
 

Avec la création de cette SCIC, plusieurs défis ont dû être relevés. « Le premier, c’était de réussir à assurer la transition, puisqu'on passait d'un système hyper capitaliste à un système coopératif. L’enjeu, c'était de réussir à prouver qu'une entreprise non inscrite dans une stratégie de libéralisme et de capitalisme absolu pouvait réussir. Le deuxième, c'est qu'il y a une vraie redistribution de la richesse sur le territoire. On a par exemple rénové tous les bâtiments administratifs, et on a fait travailler des entreprises de la région. Tout ce qui est gestion des logiciels informatiques, c'est aussi géré en local. Les arômes étaient fabriqués par une usine à Grasse, et on s'est rendu compte que Grasse prenait les matières premières chez l'Atelier Corse, donc nous allons faire fabriquer les arômes en Corse. »

Désormais, la société porte des enjeux à plus long terme. « L’un des enjeux, c'est la rénovation de l'ensemble de la chaîne qui est vieillissante, puisqu'on a des modules qui ont 25 ans, d'autres qui ont 10 ans. Il va vraiment falloir réinvestir dans la chaîne et dans l'outil de production, on est en train de rédiger une programmation pluriannuelle d'investissement, et ça va séquencer nos investissements sur cinq ans. Mais on a aussi un enjeu de transition écologique, puisqu’on veut transformer cette usine qui est très consommatrice. Il est impératif de réintroduire dans tous nos modules des éléments de prise en compte de cette transition écologique. Par exemple, la souffleuse sera équipée d'une cheminée qui permettra de récupérer de la chaleur générée pour chauffer des bâtiments administratifs. »


Une journée de célébration

En attendant, les Eaux d’Orezza célèbrent ce vendredi 24 avril leurs 170 ans sur le site historique de la source à Rapaggio. Après « un spuntinu avec nos fournisseurs, nos clients et nos partenaires qui nous ont accompagnés pendant la transition », plusieurs animations sont prévues dès le début d’après-midi, comme « des stands réservés aux 11 artisans de la vallée qui vont venir exposer gratuitement », ainsi qu’un concours de chant dédié aux enfants. « Felì sera présent avec son école, il y aura également Scola Corsa qui va présenter un petit spectacle, ainsi que des ateliers autour de l'histoire d'une petite bulle qui traverse la montagne : on fait un petit peu d'écologie et de pédagogie pour expliquer d'où viennent les bulles d'Orezza, pourquoi elles sont naturelles et réputées, et les enfants seront amenés à faire des petits dessins à partir de cette petite histoire. »