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Jean-Guy Talamoni : « Un statut fiscal et social n’est pas un cadeau fait aux Corses ! »


Rédigé par Nicole Mari le Jeudi 25 Octobre 2018 à 13:27 | Modifié le Samedi 27 Octobre 2018 - 00:19


Dans son allocution d’ouverture de la session d’octobre de l’Assemblée de Corse qui se tient jeudi et vendredi à Ajaccio, le président Jean-Guy Talamoni est revenu sur la visite, lundi dernier, en Corse du ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, et sur le rapport de l’Inspection Générale des Finances. Il réaffirme son opposition générale aux propositions contenues dans ledit rapport et la nécessité d’un statut fiscal et social qui est, selon lui, « la seule manière de répondre aux besoins immédiats des Corses ».


Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse. Photo Michel Luccioni.
Jean-Guy Talamoni, président de l'Assemblée de Corse. Photo Michel Luccioni.
Voici son discours :
 
« Chers collègues,
C’est un grand livre qui s’est refermé cette semaine. Trop tôt. Nous avions tant encore à apprendre de lui. Vous l’aurez compris, je veux parler du journaliste, de l’ami, Petru Mari. Je voudrais que nous pensions fort à lui et aux siens.
Et puis, une nouvelle agréable, pour eux, pas pour nous : une nouvelle vie commence pour Anne-Marie de Peretti et Paul Santini, agents du Secrétariat général qui prennent leur retraite. Nous les remercions pour leur travail et leur souhaitons bonne route ! Enfin, nous accueillons avec plaisir au Secrétariat général Paule Alibelli-Marcucci et Jean-Dominique Damiano, respectivement en charge de la commission du développement social et de la commission des finances. Nous leur souhaitons la bienvenue.
 
La visite de Bruno Le Maire
Lundi dernier, Bruno Le Maire était à Ajaccio pour parler de l’avenir économique de la Corse et proposer des orientations en faveur du développement économique.
Pour notre part, nous avons demandé au ministre de prendre ses distances avec le rapport de l’Inspection Générale des Finances, lequel est fondé sur une argumentation spécieuse et contradictoire : la Corse serait trop riche pour prétendre à un statut fiscal spécifique mais elle serait trop pauvre pour pouvoir maîtriser sa fiscalité. Nous avons défendu l’idée que ce rapport ne pouvait constituer la base de la future politique fiscale de la Corse et réaffirmé la nécessité d’un statut fiscal et social. Finalement, Bruno Le Maire a largement écarté ce rapport nocif de l’IGF et nous avons commencé à discuter du contenu de cette fiscalité particulière que nous souhaitons. Vous le savez, nous avons déjà impulsé et coordonné la rédaction d’un document en 2016. Il me semble être un instrument majeur pour conduire la Corse sur la voie du développement. Je veux rappeler qu’un statut fiscal et social n’est pas un cadeau fait aux Corses. C’est la seule manière de répondre aux contraintes de l’insularité, de la très faible démographie et de la géographie montagneuse de la Corse, conformément à l’article 174 du traité sur le fonctionnement de l’Union Européenne. Il correspond au besoin de justice de la société corse d’aujourd’hui et de celle que nous envisageons à l’avenir.
 
Un statut pour les entreprises et les particuliers
Le Statut comporte des dispositions à destination de ceux qui entreprennent. Il s’agit de bâtir un nouvel environnement favorable au développement des entreprises et à la libération des énergies créatives. Nous entendons continuer à soutenir nos propositions en matière de baisse des charges, de financement et d’investissement. Ces dispositions sont indissociables des mesures en faveur des particuliers qui visent à augmenter leur pouvoir d’achat et compenser la cherté de la vie, cherté unanimement reconnue. Nous avons proposé la diminution de la CSG et du CRDS, la défiscalisation des heures supplémentaires ou la défiscalisation de l’intéressement perçu par les salariés. Bien entendu ces mesures ne sont pas exhaustives et demandent à être renforcées. Mais en tout état de cause nous ne pouvons envisager un statut fiscal qui exclurait les particuliers.
 
Un statut autant social que fiscal
Le volet social, ne doit pas venir en compensation des mesures accordées aux entreprises et aux contribuables, comme le fait Emmanuel Macron, selon des principes et une vision de la société que nous ne partageons pas. Pour nous, il n’y a pas à un bout de la cordée les premiers et à l’autre bout, les « traînards ». Pour nous, il ne peut pas y avoir en priorité des cadeaux faits aux riches et aux revenus du capital d’une part, et un plan de lutte contre la pauvreté « bonne conscience » d’autre part. Pour nous, tout le monde est employable, a des compétences à faire valoir et a sa place dans la société. Nous en sommes convaincus : il ne peut y avoir de développement économique sans justice sociale.
 
Qu’est-ce que la justice sociale ?
Pour nous, c’est donner à chacun les moyens de produire des richesses et d’en bénéficier. C’est créer les conditions d’un développement pour tous. Notre ambition est d’offrir à tous, dans chaque territoire, les mêmes chances de vivre et de s’épanouir sur cette terre. La justice sociale ce n’est pas seulement gérer les urgences des situations désespérées, c’est améliorer la situation de chaque corse. La justice sociale c’est le développement humain, c’est-à-dire un développement économique qui corresponde aux besoins des femmes et des hommes qui vivent ici. Les progrès technologiques et économiques ne sont que des moyens pour que les hommes puissent exploiter leurs propres potentialités et vivre en produisant et en étant reconnus. Et la justice sociale ne peut être séparée de la notion de reconnaissance. Le travail que nous avons entrepris dans la commission ad hoc relative à l’expérimentation d’un revenu de base a très vite démontré, entre autres choses, que le système d’aides sociales est humainement coûteux. En raison de sa complexité, ceux qui en ont le plus besoin n’y ont pas accès. Et qui plus est, il ne parvient pas à remplir son rôle premier qui est de protéger les plus fragiles et d’inclure les plus éloignés de la vie sociale. Nous allons donc poursuivre la réflexion de la commission pour faire des propositions réalistes, concrètes et adaptées au tissu social insulaire, propositions qui pourront être insérées dans le statut social si tel est le choix de notre assemblée.
Autre dossier que nous avons initié en faveur du social : Territoire Zéro Chômeur de Longue Durée. Nous partageons la philosophie de cette démarche qui considère que le capital humain est le bien le plus précieux d’un pays. Mais, ce capital humain c’est aussi des situations concrètes, des femmes et des hommes. Nous le savons bien et c’est la raison pour laquelle l’Assemblée de Corse a impulsé et accompagné la mise en œuvre de la démarche à l’échelle de l’île. Aujourd’hui, il ne fait plus aucun doute que TZCLD intéresse de nombreux territoires de la Corse, intercommunalités ou communes. Le 12 octobre j’étais à Francardu pour la signature de la création du comité de pilotage TZCLD de la communauté de communes Pasquale Paoli, présidée par Paulu Santu Parigi. 17 personnes, parfois très éloignées de l’emploi, se sont portées volontaires pour l’expérimentation. A la clef, il y a l’inclusion sociale et la reconnaissance, c’est-à-dire un contrat de travail solide et un salaire.

Un statut fiscal et social répondant aux besoins immédiats tout en construisant la société de demain.
A court terme, outre l’inclusion sociale et le soutien aux entreprises, le statut doit permettre de surmonter les défis qui se posent dès à présent : le vieillissement de la population, la pression foncière qui aggrave la dépossession de la terre, la préservation de la langue, la protection de l’environnement, les transports, la place de la Corse en Méditerranée.
A moyen terme, il s’agit de donner à la Corse les moyens de traverser les nombreuses transitions de notre époque. Par exemple, l’élévation des taux du crédit d’impôt recherche et du crédit d’impôt innovation est, je le rappelle, une demande que l’Assemblée de Corse a votée le 30 septembre 2016 et incluse dans la proposition de Statut fiscal et social. C’est là tout l’enjeu de cette transition globale : soit nous la subissons, soit nous l’utilisons à notre avantage au service de l’intérêt collectif, de l’intérêt de tous. Et dans ce second cas de figure, nous n’avons pas d’inquiétude à avoir si nous maîtrisons nos orientations.
A long terme une société juste sera celle où tous les Corses auront accès à la production de richesses. Cela nous conduira à définir ce qui constitue notre bien commun. On peut penser, entre autres, à la santé, l’éducation, l’eau, l’énergie... Ce que nous n’accepterons pas c’est la confiscation de ces richesses par un petit nombre toujours plus riche, alors que la majorité de nos compatriotes s’appauvrissent.
Parce que ces ressources naturelles, culturelles, patrimoniales, matérielles ou immatérielles, que nous voulons protéger et valoriser, appartiennent à tous les Corses et resteront dans propriété collective.
À ringrazià vi. »
 



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