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Jean-Guy Talamoni : « Les responsables français ont engagé une démarche de mise au pas de la société corse »


Nicole Mari le Lundi 21 Décembre 2020 à 13:43

Changer de stratégie par rapport à l’Etat qui oppose un Non systématique à toutes les demandes corses, c’est la proposition du président de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, formulée lors de son discours d’ouverture de la dernière session de l’année. Dénonçant la liste ininterrompue des derniers refus à tous les échelons et l’attitude du Préfet de région, il estime que Paris veut influencer le vote des Corses. Dans une charge virulente et un brin ironique, il conclut que l’île « se trouve dans une impasse sombre » et propose de rompre avec « un système politique stérile » et d’imposer un rapport de forces pour « contraindre » Paris à la démocratie.



Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse. Photo Michel Luccioni.
Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse. Photo Michel Luccioni.
C’est exceptionnellement en langue française que le président de l’Assemblée de Corse a prononcé son allocution d’ouverture de séance « afin de m’assurer d’être parfaitement compris, y compris par les occupants actuels – et transitoires – de nos locaux du Palais Lantivy », précise-t-il d’emblée. C’est dire si le propos est d’importance ! Une allocution traditionnellement en prise avec l’actualité brûlante et qui, au regard des derniers incidents entre le pouvoir corse, le préfet et Paris, a pris l’allure d’une charge politique à la hauteur des beaux jours de la contestation insulaire. Et ce, dès les premiers mots : « Au moment où une crise sanitaire, économique et sociale frappe l’ensemble de la planète, les responsables français semblent trouver le moment bien choisi pour engager une démarche de mise au pas de la société corse ». Et d’expliciter : « Si Paris fait preuve, depuis à présent des années, d’une volonté obstinée de s’opposer au projet politique validé par une majorité absolue de Corses, les derniers mois – et singulièrement les derniers jours – ont constitué l’acmé de cette politique méprisante et agressive à l’endroit de notre majorité, et plus généralement des institutions corses dont nous avons la charge. La mauvaise volonté de l’administration d’Etat, qui était devenue habituelle, prend aujourd’hui de nouvelles formes relevant d’un sabotage déterminé que l’on ne cherche même plus à dissimuler ».
 
Bien ou mal voter !
Pour lui, ce « sabotage déterminé » n’a qu’un but : inciter les Corses à ne pas voter nationaliste aux prochaines élections territoriales qui devraient se tenir dans les prochains mois, et à préférer les candidats macronistes ou affiliés. « Dans un certain nombre de dossiers financiers, économiques, sociaux ou d’aménagement du territoire, tout est fait pour signifier aux Corses que s’ils persistaient à mal voter, c’est-à-dire à voter pour des candidats nationalistes, ils n’obtiendraient rien de ce que la justice et le droit devrait naturellement leur permettre d’attendre ». Avec des effets pervers : « Le principe de neutralité de l’administration est ouvertement, ostensiblement, foulé aux pieds. À tel point d’ailleurs que cette démarche outrancière risque de finir par gêner, voire par desservir, les personnalités politiques que Paris entend favoriser ». Et d’autres plus inquiétants : « La gestion de la crise épidémique, conduite en dépit du bon sens par un gouvernement largement disqualifié aux yeux des Français eux-mêmes, n’a pas dans l’île permis aux élus Corses de voir leurs positions tant soit peu prises en compte : sur les aspects proprement sanitaires comme sur les aspects économiques et sociaux, tout ce qui vient de cet hémicycle est purement et simplement balayé ».
 
Une démarche inepte
Jean-Guy Talamoni commente, ensuite, les derniers incidents en date entre le pouvoir nationaliste et le représentant de l’Etat. Notamment la demande de certification sanitaire afin de sécuriser les arrivées dans l’île. « Cette mesure devrait aller de soi ici, comme dans les Outre-Mer où elle est appliquée. Le caractère insulaire de la Corse a été délibérément ignoré à travers une démarche inepte allant jusqu’à nier la géographie, pour faire de la Corse une sorte de prolongement de l’hexagone, une péninsule en quelque sorte ». À ce stade, il devient difficile, affirme-t-il, de départager entre « la malveillance et l’incompétence, bien que la première parvienne souvent à dépasser la seconde, ce qui relève d’un effort méritoire. Le comble de l’absurdité vient aujourd’hui d’être atteint avec l’instauration de tests obligatoires dont il n’est pas demandé de justifier... Dans cette affaire comme en d’autres, comment expliquer des positions de la sorte, si ce n’est par la volonté d’écarter par principe ce qui est proposé par les élus corses ? À tel point que le préfet pousse aujourd’hui l’autoritarisme jusqu’à nous contester le droit de prendre, ici, des délibérations exprimant une position sur une question internationale ». Faisant référence à la demande préfectorale de retrait de la motion en soutien à l’Arménie, il rappelle que « cette Assemblée a régulièrement voté de telles délibérations et que le préfet Bonnet lui-même n’a jamais songé à les contester ! ». Il évoque également : « les fermetures arbitraires de commerces déjà en grande difficulté, ou encore l’étrange décision de fermeture du port de Bunifaziu, finalement annulée quelques heures plus tard ».
 
Une sombre impasse
Le président de l’Assemblée de Corse s’interroge, ensuite, avec beaucoup d’ironie sur ce que réserve le Palais Lantivy : « Cette semaine cependant, un progrès semble se dessiner puisque nous n’avons encore enregistré aucune intervention intempestive du préfet de Corse. Il est vrai que nous ne sommes que lundi et que nous abordons à peine la mi-journée ! ». Avant de s’attarder sur « la dernière provocation en date, et au niveau hiérarchique supérieur, le décret du Premier ministre intervenu ces dernières heures et susceptible de produire des effets désastreux s’agissant du classement DPS de prisonniers ayant déjà été, depuis des années, exclus du champ du droit afin d’assouvir une vengeance d’Etat ». Le décret enlevant la décision au Garde des Sceaux a déclenché une houle de protestation dans l’île, dont une déclaration conjointe deux Présidents, du Conseil exécutif et de l’Assemblée de Corse. Ce dernier conclut que, désormais, la Corse n’est plus à la croisée des chemins, mais « dans une impasse d’autant plus sombre que nous demeurons dans l’impossibilité de respecter les engagements souscrits devant les Corses à travers le projet qu’ils ont approuvé par leur vote en 2015, et surtout en 2017 ».
 
Un changement de stratégie
La situation ainsi décrite, le président indépendantiste estime qu’il est temps d’en tirer les conséquences et de changer de stratégie. Et pose l’alternative entre deux attitudes possibles. La première est défendue par une partie de l’opposition : « Lorsque certains élus de cet hémicycle nous recommandent de faire preuve de « cordialité » et de « déférence » à l’égard des représentants de l’Etat, ils sont logiques avec eux- mêmes et avec leur conception de la Corse qu’ils considèrent comme une simple entité administrative française. C’est leur droit le plus absolu mais ils savent aussi, et nous savons tous, que ce n’est pas pour cela que les Corses ont voté en confiant les institutions à des Nationalistes. Une telle attitude n’aurait d’ailleurs d’autre effet que de nous déconsidérer et d’humilier les institutions que nous avons juré de défendre ». L’autre préconise : « la rupture avec un système politique stérile qui cantonne notre majorité à une activité de pure gestion, une gestion au surplus entravée à chaque pas, par la préfecture. Avons-nous les moyens de consommer cette rupture et de nous réapproprier le pouvoir réel que nous ont confié les Corses et qui a, de fait, été confisqué ? Je crois sincèrement que nous pouvons relever le défi ».
 
L’appel à la mobilisation
Comment relever le défi ? Pour Jean-Guy Talamoni, il n’y a qu’un seul moyen : revenir au bras de fer entre Paris et l’île. Il exprime sa conviction qu’avec « en premier lieu, l’ensemble des moyens institutionnels dont nous disposons, les élus territoriaux, municipaux, communautaires, consulaires – sans compter les parlementaires à Paris –, avec, en deuxième lieu, les forces sociales qui partagent nos idées, formations syndicales et socioprofessionnelles, avec, en troisième lieu, les forces militantes et la mobilisation populaire, nous pourrons empêcher l’administration d’Etat de nous imposer des décisions que nous désapprouvons et nous serons en mesure d’appliquer largement les délibérations de nos propres institutions. Cela passe certes par un rapport de force, mais seul ce dernier pourra contraindre Paris à reconsidérer, sur une base enfin démocratique, ses relations avec la Corse ». Il propose au président de l’Exécutif et aux élus, « particulièrement bien sûr ceux qui se réclament de la Nation », d’ouvrir rapidement le débat, « entre nous naturellement, mais également avec les formations politiques et les forces vives qui nous ont portés aux responsabilités, sur ce nécessaire changement de stratégie ».
 
Les vœux de Noël
Enfin, le président de l’Assemblée de Corse adresse, in lingua nustrale, ses vœux de Noël : « Nanzu di compie, vulerebbi ringrazià à tutti quelli chì, quist’annu, ci anu permessu di travaglia malgradu a crisa sanitaria: in particulare u Secretariatu generale, u serviziu infurmaticu, i cullaburatori di i gruppi, è u cabinettu di a presidenza di l’Assemblea. Infine, i mio auguri : ùn vi diceraghju micca « Bone feste » ma « Bon’ Natale » chì Natale ùn hè una festa cum’è l’altre, particularamente in Corsica ! Allora, pregu un bon’ Natale à tutte l’elette è à tutti l’eletti di l’Assemblea, di u Cunsigliu esecutivu, à tutti i Corsi, è ancu à l’altri ! ».
 
 






















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