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Jean-Christophe Angelini : « Nous ne tomberons pas dans le piège tendu par Emmanuel Macron »


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 6 Avril 2019 à 23:32

Le leader du PNC, conseiller exécutif et président de l’ADEC, Jean-Christophe Angelini, réagit, à son tour, aux propos du président de la République, Emmanuel Macron, concernant le devoir de repentance des Corses pour l’assassinat du Préfet Erignac. Mais pas seulement. Il revient, pour Corse Net Infos, sur le contenu du Grand débat de Cuzzà, tacle la vacuité des propositions et dénonce un piège tendu pour opposer les Corses entre eux. Mais refusant toute forme de surenchère, il affirme qu’il est encore temps de dialoguer.




Jean-Christophe Angelini, leader du PNC, conseiller exécutif et président de l’ADEC. Photo Michel Luccioni.
Jean-Christophe Angelini, leader du PNC, conseiller exécutif et président de l’ADEC. Photo Michel Luccioni.
- A l’issue du débat de Cuzzà, regrettez-vous de n’y être pas allés ?
- Non ! Comme Jean-Guy Talamoni et Gilles Simeoni, je pense que nous avons bien fait de ne pas être présents. A titre personnel, je n’étais pas invité, à l’instar de tous mes collègues du Conseil exécutif, du président du CESEC, des membres de la Chambre des territoires et de l’Assemblea di a Ghjuventu. C’est quand même stupéfiant de voir l’ensemble des instances représentatives de la démocratie corse au plan territorial, négligées de cette façon-là ! Au plan politique, nous avions tous compris que les choses ne pouvaient pas avancer favorablement, vu, au-delà de ces invitations non adressées et de cette morgue générale, le déni de réalité concernant la Corse.
 
- C’est-à-dire ?
- On a bien vu, sur le plan des propositions, une vacuité complète avec deux idées relatives à l’urbanisation des dents creuses et aux intercommunalités nouvelles qui n’apportent rien de probant en l’état. On a, ensuite, vu un mélange de généralités et de propositions sans lendemain qui inquiètent au plus haut point. Enfin, une chose beaucoup plus grave, parce qu’empruntant à un passé douloureux et à une mémoire partagée : je veux parler de l’assassinat du préfet Erignac dont on peut penser qu’il est, aujourd’hui, instrumentalisé de façon particulièrement grossière. Tout ceci nous a conforté collectivement dans le choix politique de ne pas participer.  
 
- Pourtant à Cuzzà, certains maires ont fustigé votre absence. Que leur répondez-vous ?
- Nous ne tomberons pas dans le piège qui semble être tendu : nous n’opposerons pas les Corses entre eux, notamment ceux qui sont montés à Cuzzà et ceux qui, comme nous, ont fait le choix politique de ne pas y être. Je constate d’ailleurs qu’un maire sur quatre s’est rendu à Cuzzà, ce qui revient à dire que trois sur quatre ont boudé le rendez-vous. Il y avait davantage de hauts fonctionnaires, de personnels de la préfecture et de personnalités en tous genres que d’élus locaux. Tout ceci nous conforte encore une fois. Mais je le répète, ce qui est important désormais c’est l’avènement d’un dialogue et d’un processus comparable à celui de Matignon parce que nous ne voulons pas entrer dans la logique du conflit ou dans l’impasse que constituerait une forme de surenchère. Nous voulons, au contraire, renouer les fils du dialogue. Nous pensons que, malgré l’incident très grave qu’ont pu constituer le débat de jeudi et son arrière plan politique, il est encore temps de dialoguer.
 
- Est-ce encore possible quand le président Macron semble poser le devoir de repentance comme un préalable au dialogue et à toute éventuelle avancée ?
- C’est très clair ! Demander à expier de façon collective – ce qui n’a aucun sens, ni au plan éthique, ni au plan juridique, encore moins au plan politique - un assassinat, qui reste dans la mémoire de tous les Corses et au-delà comme un moment particulièrement douloureux, est malhonnête et irresponsable ! Les évènements ont un temps. Ils ont marqué durablement la mémoire collective. Ils ont donné lieu à des manifestations monstres que le président Macron lui-même avait noté dans son allocution, l’année dernière. Ils ont donné lieu à des successions de procès avec des propos qui ont été tenus et, dans le même temps, à un certain nombre d’évolutions politiques. La paix est intervenue et dure depuis 2014, bien que récemment contrariée par un certain nombre d’actions. On sent bien la volonté générale d’apaiser. Et voilà que dans ce moment-là, dans ce contexte-là, le président de la République reparle de l’affaire Erignac en des termes comminatoires qui devraient consister pour nous en un repentir collectif alors même que les Corses ont tourné cette page en gardant à l’esprit l’ensemble de ses conséquences. Cela ne me paraît, ni logique, ni normal !

- Comment interprétez-vous ces propos présidentiels ?
- Conditionner l’ouverture d’un dialogue à je ne sais quel repentir à ce sujet, c’est éliminer toute volonté de dialogue sincère ! Nous avons, à l’époque, les uns et les autres, en tant que militants, dit notre analyse de ces faits. Nous avons tous été marqués par cet événement, en même temps que par la période. Les choses doivent être considérées globalement. Il y a certes eu l’assassinat du préfet Erignac qui demeure, pour nous tous, un drame, mais il y a eu aussi des dizaines de personnes de Corse et d’ailleurs qui ont eu à souffrir du conflit qui nous oppose à l’Etat depuis près d’un demi-siècle pour la période contemporaine. Nous sommes, donc, partisans d’un acte de mémoire, d’un acte de réconciliation qui associe, en un même élan, toutes les victimes du conflit entre la Corse et Paris, mais prendre un bout de mémoire, un bout de drame, pour l’isoler et l’instrumentaliser contre une des deux parties au conflit ne nous parait rendre service à personne.
 
- A Cuzzà, des élus d’opposition ont publiquement accusé les Nationalistes de pressions pour qu’ils boycottent le débat. Est-ce vrai ?
- Non seulement ce n’est pas vrai, mais nous sommes aujourd’hui en mesure de dire que les pressions ont été de l’autre côté. Nous savons maintenant qu’un phoning particulièrement intense a été organisé durant les jours qui ont précédé le débat. La discussion, qui était initialement réduite aux maires, s’est quelque peu élargie aux hauts fonctionnaires présents dans l’île, à un certain nombre de conseillers territoriaux d’opposition, à d’autres personnalités publiques… Le but était de remplir la salle. Dire que nous aurions envoyé des courriers ou des mails ne correspond pas à la réalité. Nous n’avons pas demandé aux élus de ne pas se rendre à Cuzzà. Nous avons simplement constaté, en appelant à Isula Morta, que les Corses, comme nous, étaient révoltés par la morgue et le mépris dont on nous abreuve et qu’ils étaient prêts, conformément à notre demande politique, à le manifester pacifiquement et symboliquement. Nous n’avons pas, comme j’ai pu l’entendre, outrepasser nos prérogatives et usé de nos compétences à cette fin. 90 maires sur 360, une salle, que nous connaissons bien, remplie à la hâte… Tout ceci ne peut être imputé aux Nationalistes. L’Etat devrait regarder la réalité en face et comprendre que ce débat a été un lamentable échec et même, par certains moments, une discussion pathétique !
 
- Que va-t-il se passer maintenant ?
- Nous espérons résolument et très sincèrement que les fils du dialogue seront renoués. Je sais que cela peut sembler paradoxal, voire même contreproductif, mais nous continuons de penser, toutes tendances confondues – PNC, Corsica Libera et Femu a Corsica, voire même au-delà – en notre qualité de représentants des institutions de l’île, que les Corses aspirent au dialogue, à une solution politique et à la paix. C’est précisément le sens de la marche, le sens de l’histoire. Toutes les manœuvres, qui consistent à différer ce moment, seront avortées. Il n’y a pas aujourd’hui d’autre stratégie possible. Je le redis, y compris en tant que responsable d’une formation de la majorité, nous sommes formellement opposés à tout retour à la violence et à toute stratégie de surenchère ou de tension. Nous ne voulons plus d’une logique du conflit, d’une culture mortifère qui nous conduirait à connaître de nouveau les pires heures de ces dernières années. Mais, en même temps, nous ne sommes pas résignés, nous ne baisserons pas les bras et nous n’assisterons pas impuissants à une dérive aussi forte.
 
- Que comptez-vous faire ?
- Nous allons prendre nos responsabilités, continuer dans la voie de la gestion que les Corses nous ont demandée d’assurer et, en même temps, dans celle de la construction d’un processus de dialogue. Mais, pour dialoguer, il faut être deux. C’est moins aux élus de la Corse qu’il importe maintenant de répondre qu’à l’Etat lui-même. L’Etat veut-il le dialogue ? L’Etat veut-il une solution en Corse ? L’Etat veut-il la paix ?
 
Propos recueillis par Nicole MARI.



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