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Jacques Mézard : « Je viens avec un certain nombre de dossiers qui doivent être utiles aux territoires »


Rédigé par Nicole Mari le Vendredi 13 Avril 2018 à 22:57 | Modifié le Samedi 14 Avril 2018 - 13:29


Le ministre de la cohésion des territoires, Jacques Mézard, a débuté par Bastia sa visite de deux jours en Corse. Une première étape placée sous le signe de l'action cœur de ville et des dossiers liés à la loi Élan concernant le logement social, l'aménagement et le numérique. Accompagné notamment du directeur de l'ANRU, Nicolas Grivel, et en présence du président de l'Exécutif Corse, Gilles Simeoni, il a rencontré les bailleurs sociaux avant d'arpenter, sous la houlette du maire de Bastia et d’une partie de son Conseil municipal, les rues du Centre ancien et des Quartiers Sud. Avec à la clé, des attentes, des perspectives de projets et de financements, des principes actés, mais pas de véritables annonces concrètes. A part sur le numérique et la téléphonie.


Le ministre de la cohésion des territoires, Jacques Mézard, devant l’îlot de la Poste à Bastia, entouré du préfet de Haute-Corse, Gérard Gavoury, du président de l'Exécutif Corse, Gilles Simeoni, du maire de Bastia, Pierre Savelli, de la 1ère adjointe en charge de la politique de la ville, Emmanuelle De Gentili, et de François Tatti, président de la CAB.
Le ministre de la cohésion des territoires, Jacques Mézard, devant l’îlot de la Poste à Bastia, entouré du préfet de Haute-Corse, Gérard Gavoury, du président de l'Exécutif Corse, Gilles Simeoni, du maire de Bastia, Pierre Savelli, de la 1ère adjointe en charge de la politique de la ville, Emmanuelle De Gentili, et de François Tatti, président de la CAB.
Ce fut une visite à pas comptés, en fil tendu, dans les rues de Bastia pour un ministre particulièrement taiseux, boudé par la majorité territoriale sur fond de fracture entre la Corse et Paris. Le défilé ministériel annoncé par le gouvernement pour faire passer la pilule du fiasco de la réforme institutionnelle se fait dans un climat de plus en plus plombé. La veille, le Conseil exécutif avait donné le ton en publiant un communiqué taxant de « triple déni de démocratie » la position du gouvernement concernant l’inscription ultra-minimà de la Corse dans l’article 72-5 de la Constitution. Les élus nationalistes, le président de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, en tête, ont surtout brillé par leur absence. Pas un seul membre de l’Exécutif territorial, à l’exception du président Gilles Simeoni, et une seule conseillère territoriale, Fabienne Giovannini, présente par la force des choses en tant que présidente de l’Office public de l’habitat (OPH). Le maire de Bastia, Pierre Savelli, et son équipe municipale ont, donc, joué les « Monsieur Loyal ». Le député Michel Castellani a fait une brève apparition.
 
L’enjeu des centres-villes
L’enjeu de cette visite est, pourtant, loin d'être négligeable. Le ministre de la cohésion des territoires, Jacques Mézard, avait prévenu qu’il n’arrivait pas les mains vides, mais, dans cette étape bastiaise, il a surtout écouté, regardé, ouvert des perspectives, suscité des espoirs, acté des principes, sans, au final, rien annoncer de vraiment concret. Le thème du jour étant concentré sur la politique de la ville et le logement social, la matinée, après une réunion avec les bailleurs sociaux, a été consacrée à la visite de la Citadelle et du Centre ancien, l’après-midi aux Quartiers Sud. « Je suis venu par rapport au dossier « Action cœur de ville ». Nous avons inclus dans le plan national, à la demande de la Corse, à la fois, Bastia et Ajaccio, avec la volonté de faciliter, pour les collectivités locales, la réalisation de leurs projets. Ce plan n’est pas du recyclage de fonds, mais apporte du financement nouveau. Des fonds de la Caisse des dépôts et d’Action Logement, l’utilisation du potentiel de l’Agence national d’amélioration de l’habitat et des dotations de l’Etat pourront être fléchées sur ces deux dossiers », explique Jacques Ménard.
 
Faciliter les projets
Élaboré en concertation avec les élus et les acteurs économiques des territoires, le plan « Action cœur de ville » mobilise 5 milliards d’euros pour redynamiser les centres villes. Il vise théoriquement à faciliter et à soutenir le travail des collectivités locales, à inciter les acteurs du logement et de l’urbanisme à réinvestir les centres-villes, à favoriser le maintien ou l’implantation d’activités en cœur de ville afin d’améliorer les conditions de vie dans les agglomérations moyennes. Fondé sur une approche globale, il s’articule autour d’un ensemble de mesures, notamment un guichet unique pour simplifier les demandes de financement, mais également des mesures en faveur des commerces, des activités économiques et des services. Le ministre, qui connaissait déjà Bastia, estime « utile de venir sur le terrain. La vision ministérielle est une chose, mais je suis un élu de terrain, un élu local. C’est toujours intéressant de faire avec les élus des collectivités, à la fois, le point de leurs projets et des attentes des habitants. Quelques soient les sensibilités, nous avons un objectif commun : apporter un meilleur service à nos concitoyens sur le terrain. Je suis là pour ça ! ».

Nicolas Grivel, directeur de l'ANRU.
Nicolas Grivel, directeur de l'ANRU.
L’intelligence territoriale 
Jacques Mézard a ainsi pu observer, explications détaillées à l’appui, la situation du cœur de Bastia et celle des quartiers périphériques. « J’ai aussi parlé des questions de logement social et du nouveau programme de rénovation urbaine de l’ANRU. Il y a, ici, une forte demande. Ce quartier est directement concerné par le NPNRU, le nouveau plan de rénovation urbaine. Il est absolument indispensable que l’Etat soit facilitateur », poursuit-il à Lupino. « Le doublement des crédits fléchés, qui vont passer au plan national de 5 à 10 milliards €, doit permettre d’amplifier les projets, si la collectivité locale le demande. Je ne suis pas là pour imposer une vision de l’Etat aux collectivités territoriales, mais pour dire qu’il y a un certain nombre de moyens nouveaux qui sont à leur disposition. Si elles souhaitent les utiliser, on les aidera. Je suis là pour améliorer la réalisation des projets. Les choix seront faits localement en concertation avec l’ANRU. La bonne formule, et je le dis partout, est de faire confiance à l’intelligence territoriale ».
 
Plus pour les Quartiers Sud
A ses côtés, le directeur général de l’ANRU, Nicolas Grivel, confirme : « L'ANRU est présente à plusieurs titres à Bastia. Nous avons visité le quartier sur lequel nous intervenons au titre du Programme sur les Centres anciens dégradés (PNRQAD). Nous avons déjà engagé plus de 7 millions € de financement. Nous sommes, donc, venus voir les différentes réalisations : l'aménagement du parking Gaudin, l'école... ». L'enjeu de la visite de l'après-midi dans les Quartiers Sud est de discuter d’une deuxième phase d'intervention. « Nous sommes déjà intervenus de manière assez forte dans le cadre d'un premier programme à hauteur de 25 millions €. Les projets sont en cours de finalisation. Le projet ambitieux sur l'habitat social est réussi. Nous avons esquissé la possibilité d'abonder financièrement un seconde phase. Nous sommes en situation de regarder les projets qui sont intéressants, qui ont un impact de transformation du quartier, et de les accompagner probablement un peu plus que ce qui était prévu initialement ».
 
Une reconquête en bonne voie
Nicolas Grivel s'est déclaré tout aussi satisfait de la volonté politique, des travaux engagés et des objectifs atteints concernant le Centre ancien. « A Bastia, c'est très compliqué. Les deux problématiques sont très différentes dans le Centre ancien et dans les Quartiers Sud. Le Centre ancien a des problématiques architecturales et géographiques avec un relief, une typologie et une dégradation de l'habitat qui rendent les choses très complexes. Mais, c’est intéressant parce que le potentiel est important. Il faut, pierre par pierre, y mettre une énergie considérable et fournir un travail pour arriver progressivement à retourner l'image et l'attractivité du quartier. L'idée est de donner envie aux gens de revenir habiter là, de dévoiler les potentialités en termes d'activité, de vie en centre-ville, de scolarisation des enfants... Si nous n'intervenons pas, ces quartiers continueront à se dégrader et à se vider. L'énergie mise dans ce projet apporte les premières réalisations. Ce que j'ai vu aujourd'hui me paraît particulièrement pertinent et sur la bonne voie dans la reconquête de ce Centre ancien ».

La rénovation du quartier Gaudin.
La rénovation du quartier Gaudin.
La réalité bastiaise
Côté municipalité, le maire Pierre Savelli reste circonspect et serein : « Pour l’instant, il n’y a pas eu d’annonces. Nous avons présenté la problématique et la réalité de notre cité en termes de rénovation, que ce soit dans le cadre du NPNRU, du PNRQAD ou du Plan Action Cœur de ville. Nous avons fait un tour de la ville pour montrer nos ambitions, le travail qui a été fait et l’immensité de ce qui reste à faire. Ce tour de ville est, aussi, une façon de prouver que nos demandes en termes de subventions et d’aides ne reposent pas sur rien, mais sur une réalité palpable aussi bien à la Citadelle, au Puntettu qu’à Lupinu ». Le principe de la requalification de la Cité des Monts serait, de ce fait, acté. Le 1er édile a trouvé le ministre « à l’écoute. Il connaissait déjà Bastia, mais c’est la première fois qu’il rentrait aussi profondément au cœur de notre cité. Je pense qu’ainsi, il a pris conscience de nos besoins et de la nécessité, puisqu’il est ministre de la cohésion des territoires, de rendre ce territoire cohérent. Tous les services qui l’accompagnaient ont été sensibilisés aux problèmes que nous rencontrons. Pour que nous puissions réussir dans notre entreprise de requalification, il faudra que nous ayons au moins une oreille attentive. Dans les trois mois qui viennent, nous travaillerons en commission. Concernant le dispositif « Cœur de ville », une convention-cadre sera signée. Nous espérons un début de financement en fin d’année ».
 
Des besoins spécifiques
Prudence également de mise pour Fabienne Giovannini à l’issue de la réunion sur le logement social : « Le ministre est surtout venu pour écouter et j’espère pour entendre ! Nous avons fait état des difficultés de l’Office public de l’habitat qui n’est pas confronté aux mêmes problématiques que les bailleurs privés. Nous sommes financièrement très impactés par les mesures gouvernementales de la loi de Finances (gel des loyers, baisse de l’APL, augmentation de la TVA construction, augmentation de la cotisation à la Caisse de Garantie). Cela diminue considérablement nos ressources, notre action est forcément obérée, tant en rénovation, en construction qu’en amélioration du cadre de vie ». Si lesdites mesures favorisent les grands groupes privés et les programmes de construction de grande ampleur, elles ne prennent pas en compte les ratios insulaires complètement atypiques. « Nos coûts de fonctionnement, comme de construction, sont beaucoup plus élevés du fait de l’insularité… Nous attribuons 50% des logements sociaux sur ce qu’on appelle « le premier quartier », c’est-à-dire les habitants les plus démunis, alors que la loi oblige à un quota de 25% sur ce quartier-là. Nous avons besoin d’une prise en compte de toute cette différence, d’un accompagnement particulier et de nous renforcer en fonds propres pour pouvoir entrer dans les dispositifs existants. J’ai demandé la mise en place dans les trois mois d’un groupe de travail dédié, détaché des bailleurs privés, pour que nous puissions faire des propositions et obtenir un train de mesures adaptées à nos besoins ».

Devant l'église Saint Charles.
Devant l'église Saint Charles.
La question de l’amiante
L’étape bastiaise s’est officiellement close pour le ministre en fin d’après-midi par un entretien d’une heure en tête à tête avec le président de l’Exécutif corse. Exceptée la sempiternelle ritournelle de l’entourage ministériel sur l’absence du drapeau français dans le bureau de Gilles Simeoni, le refus de ce dernier de le rajouter aux drapeaux corse et européen en place, et sa décision de délocaliser le tête-à-tête dans une salle de réunion adjacente, la discussion a été plutôt cordiale et assez constructive. « Nous avons abordé l’ensemble des dossiers. Le ministre a acté le principe de l’augmentation du programme ANRU sur les quartiers prioritaires à Bastia, et confirmé les deux dispositifs bastiais et ajaccien d’Action Cœur de ville. Il a, également, acté la mise en place d’un groupe de travail sur l’Office HLM pour réfléchir à la façon de dégager des ressources supplémentaires et de renforcer les fonds propres. J’ai également abordé la question de l’amiante et la création d’un site de stockage des déchets amiantifères. J’ai déjà fait réserver une ligne de 10 millions € dans le PEI (Plan exceptionnel d’investissements). Il faut que, dans les deux ans à-venir, des crédits puissent être mobilisés pour des opérations structurantes de désamiantage. J’ai proposé de monter, par exemple, une opération exemplaire sur l’ancien collège de Montesoru dont le coût, qui avoisine 2 ou 3 millions €, ne peut être supporté par la seule Collectivité de Corse. Sur ce site et dans ce quartier en pleine mutation, nous pourrions faire de l’accession à la propriété pour les résidents et les primo-accédant, et du logement social. Le ministre en acté le principe », révèle Gilles Simeoni.
 
Un pilote pour la 4G
Autre enjeu majeur : le numérique et la téléphonie mobile où une enveloppe de 30 à 40 millions € pourrait être débloquée. « C’est un dossier très attendu dans tous les territoires ruraux. Dès 2018, nous allons amplifier le plan de développement sur la téléphonie mobile, suite à l’accord que nous avons signé au niveau ministériel avec les quatre opérateurs. Je viens, donc, avec un certain nombre de dossiers qui doivent être utiles aux territoires », affirme Jacques Mézard. « Le ministre a accepté que la Corse soit un territoire pilote en matière de déploiement de la 4G », commente le président de l’Exécutif qui en a profité pour pallier un grand oubli de cette visite ministérielle : les zones rurales et de montagne. « J’ai évoqué deux points : le besoin d’une fiscalité spécifique pour l’intérieur à travers des zones fiscales prioritaires, et la compensation en matière de FNADT (Fonds national d’aménagement et de développement du territoire) pour la montagne. C’est notre dada ! La Corse n’a perçu, lors du transfert de compétence, que 150 000 €, alors qu’un territoire montagneux comparable comme le Jura a reçu 14 millions € ». Là, le ministre s’est montré moins réceptif.
 
Des sujets qui fâchent
Gilles Simeoni a, également, abordé les sujets qui fâchent, notamment la réforme institutionnelle, et surtout l’assouplissement de la Loi littoral annoncée par le président de la République lors de sa visite dans l’île en février dernier. « J’ai réaffirmé que les principes fondamentaux de la loi Littoral, notamment la lutte contre la spéculation foncière et immobilière et la protection des espaces naturels et remarquables de la Corse, sont intangibles. Ils ne peuvent pas et ne doivent pas être remis en cause. Le ministre affirme qu’il n’est pas là pour les détricoter. J’espère que le gouvernement clarifiera sa position à cet égard ». Et conclut, histoire de remettre les pendules ministérielles à l’heure nationaliste : « Nous nous occupons avec la même force et le même engagement de la révision constitutionnelle, de la vision politique globale et de tous les dossiers stratégiques du quotidien. Nous avons la légitimité politique pour le faire et nous sommes prêts sur tous les dossiers ».
La Loi Littoral sera, de nouveau, à l’ordre du jour de la seconde étape ce samedi en Corse du Sud. Après une séquence ajaccienne entre visite du quartier des Jardins de l’Empereur, rencontre avec le maire Laurent Marcangeli, et une déambulation dans la vieille ville, la question devrait être plus frontalement posée au Golfe de Lava et à Appietto.
 
N.M.
 




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