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Incendies : La ministre à l’écoute des sinistrés, des élus et des pompiers


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 6 Janvier 2018 à 23:33 | Modifié le Dimanche 7 Janvier 2018 - 00:40


La secrétaire d’Etat, chargée des affaires corses auprès du ministre de l’Intérieur, Jacqueline Gourault, a achevé sa première visite en Corse par un détour, samedi matin, en Costa Verde dans les communes sinistrées par les incendies des jours derniers. Un périple qui a débuté à Valle di Campoloro où elle a félicité les sapeurs-pompiers, qui lui ont présenté le dispositif de sécurité civile, et les personnels mobilisés. A Cervione, à Mucchjete sur la commune de San Andrea de Cotone, puis à Chiatra où onze maisons ont été brûlées, elle a rencontré des maires, des habitants et des agriculteurs qui ont tout perdu. Un déplacement qui se voulait symbolique, sans annonce, ni promesse, sauf celle de relayer à Paris la détresse entrevue, mais qui a permis à la Madame Corse du gouvernement de toucher du doigt la réalité de l’intérieur de l’île.


La ministre Jacqueline Gourault, accompagnée des élus locaux, rencontre les habitants de Chiatra où onze maisons ont brûlé.
La ministre Jacqueline Gourault, accompagnée des élus locaux, rencontre les habitants de Chiatra où onze maisons ont brûlé.
« Je suis venue apporter du réconfort et être aux côtés de ceux qui sont dans ce malheur ! ». D’emblée, la ministre, chargée des affaires de la Corse, pose les contours et les limites de son déplacement sur les lieux des incendies qui ont ravagé certains communes de Costa Verde en Haute-Corse, en début de semaine, sous l’effet de la tempête Eleanor. Une visite sous le sceau de l’écoute et de la compassion pour assurer de la solidarité tout formelle de l’Etat.
L’écoute, d’abord, des soldats du feu qu’elle a rencontrés, en début de matinée à Cervione et Valle di Campoloro, et qu’elle a félicités pour leurs capacités d’adaptation et d’anticipation face à un feu hivernal d’une ampleur inattendue. Après une présentation du dispositif de secours de la sécurité civile, elle a discuté avec pompiers et élus, notamment les maires des communes sinistrées, les présidents du Conseil exécutif de la Collectivité unie, Gilles Simeoni, et de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, de l’aggravation du risque incendie due au réchauffement climatique et des réponses à apporter.
 
Des réponses à adapter
Une écoute que le patron du SDIS 2B (Service départemental d’incendie et de secours de Haute-Corse), le Lieutenant-Colonel Jean-Jacques Peraldi, qualifie de « très positive. Quand on remercie les forces vives de la sécurité civile, c’est une reconnaissance, c’est toujours un réconfort. Nous traversons une période exceptionnelle, la mobilisation des secours l’a été tout autant. Il y a eu jusqu’à 300 hommes sur le terrain, on n’en a pas parfois  pas autant l’été sur les grands feux. La solidarité régionale, notamment avec la Corse du Sud, a joué à plein. Il n’y a pas eu un déficit de moyens, on a joué de malchance par rapport à la tempête qui a accéléré le phénomène de progression de l’incendie et généré un deuxième auquel on ne s’attendait pas. Ce qui a un peu déstabilisé notre dispositif ». L’intérêt, aussi, indique-t-il, est d’être à l’écoute des attentes « en termes de recomposition de la réponse opérationnelle par rapport à la gestion des crises et des risques dans le contexte du changement climatique. Il faut prendre en compte qu’il n’y a plus de saisonnalité du risque et rentrer dans un schéma où il faut être réactif toute l’année ». Plus de 2 000 hectares ont été dévastés. La ministre n’a fait aucune annonce, mais a admis qu’il fallait adapter les réponses et envisagé, par exemple, l’achat groupé de Canadair par les pays européens.
 
Un changement de modèle
Une demande appuyée par le président de l’Exécutif qui a rappelé que la nécessité de discussions de fond sur la question des moyens aériens, dont le principe avec été acté, l’été dernier, avec le ministre de l’intérieur, Gérard Colomb, restait plus que jamais d’actualité. « Chaque crise majeure doit servir de support et d’accélérateur pour la réflexion stratégique. Là manifestement, nous sommes encore dans un changement de paradigme à travers le réchauffement climatique. Des instruments doivent être revisités. Le concept même de saison de feux de forêts n’est plus pertinent puisque des incendies ont la même force et le même caractère récurrent en hiver, comme en été. Cela nous oblige à repenser ne serait-ce que cette notion-là ! ». Pour Gilles Simeoni, il faut une vision globale. « Nous sommes au confluent de plusieurs enjeux : la lutte contre le feu et les moyens à organiser, mais aussi la prévention. Qui dit prévention, dit vision stratégique d’aménagement du territoire, agriculture, gestion des espaces naturels et forestiers, évolution éventuelle du droit de l’urbanisme, indivision, terres en friche… En arrière plan, il y a tous les retards pris par notre société dans des secteurs clés. Ce sera l’un des chantiers de notre mandature ».
 

Jacqueline Gourault, Gilles Simeoni et Joseph Colombani.
Jacqueline Gourault, Gilles Simeoni et Joseph Colombani.
La colère des agriculteurs
L’écoute également du monde agricole. Avant d’arriver à Chiatra, Jacqueline Gourault s’est arrêtée à la bergerie ravagée par les flammes. Joseph Colombani, président de la Chambre d’agriculture, laisse éclater sa colère : « La ministre vient constater la misère de ce pays, l’état d’abandon de l’intérieur, le dysfonctionnement au niveau foncier, le manque de coordination pour faire appliquer les simples règles de démaquisage et d’entretien. Elle a vu des agriculteurs installés de manière précaire qui vivent dans une caravane qui a brûlé, des bergeries sans eau, ni électricité, un chemin d’accès complètement envahi par la forêt… Dans quel état est mon pays ! C’est une honte ! J’ai honte de ce que je vois. Ici, on a frôlé la catastrophe. Ailleurs, on va la connaître ! Ça ne peut pas durer ! Il faut un vrai plan pour l’intérieur, une vraie volonté. Ce qui arrive, c’est un échec ! ». Il appelle à profiter de l’émotion pour commencer à travailler concrètement et à mettre en place des moyens de prévention. « Il faut des techniques d’intervention, comme la DIG (Déclaration d’intérêt général), et une méthode de travail en coalition, c’est-à-dire apprendre à faire travailler ensemble les Chambres d’agriculture, les SDIS, les sapeurs-forestiers et l’Office de l’environnement. Les moyens existent, mais chacun reste dans sa chapelle et travaille pour son propre compte, alors qu’il faut travailler pour l’intérêt collectif d’un territoire ».
 
Des maires désemparés
L’écoute également des maires toujours sous le choc de la violence des incendies que leurs populations ont subis, et désemparés devant l’étendue des dégâts. « Nous devons d’abord apporter toute l’aide aux sinistrés, à ceux qui ont perdu leur habitation et aux bergers qui ont perdu leur troupeau. Nous avons besoin de savoir ce qu’on doit faire maintenant par rapport aux risques de chutes de pierre et de sécuriser le village », explique Marc-Antoine Nicolai, maire de Cervione, dont le village a été sauvé grâce au dispositif mis en place par les pompiers. « Sans quoi, il aurait brûlé ! ». Il avoue son impuissance : « On ne sait pas comment intervenir au niveau de la prévention parce que souvent la loi ne nous permet pas de le faire. Il faut adapter les choses à notre situation. C’est compliqué en montagne, il n’y a pas d’accès. Il faudrait des pare-feu, mais comment arrêter les flammes en plein maquis, quand il y a un vent aussi violent ».
 

Pancrace Maurizi et Jacqueline Gourault.
Pancrace Maurizi et Jacqueline Gourault.
Un appel à la solidarité
A Chiatra qui a été traversé par les flammes et où 11 maisons ont brûlé, la mairesse, Pancrace Maurizi, est tout aussi dubitative : « J’ai envoyé des lettres demandant aux gens de nettoyer leurs terrains, beaucoup l’ont fait. C’est pour cela que nous n’avons pas eu plus de dégâts. Le débroussaillage, c’est important ! Peut-être aurait-il fallu nettoyer plus que les 50 mètres obligatoires ? Mais je doute que ça aurait suffi ! Les vents étaient tellement violents que même s’il y avait eu du béton partout, il y aurait eu quand même du feu au village ! ». Elle accueille la ministre avec un soulagement évident et un espoir certain : « Nous sommes contents que Mme la Ministre ait pensé à venir voir les villages sinistrés. Dans des moments comme ceux-là, tous les soutiens sont bons. Nous attendons celui de l’Etat au plus haut niveau. Nous sommes démunis, nous ne savons pas quelles aides apporter aux personnes sinistrées. Il y a des gens qui ont tout perdu, qui sont à la rue, que l’on a relogé dans l’urgence. En plaine, un jeune œnologue avait un projet magnifique de permaculture, il refaisait une maison pour en faire des gites, des chambres d’hôtes, et il n’a plus rien ! Je ne sais même pas s’il était assuré parce que les travaux n’étaient pas finis. Cela fait mal au cœur ! Ces personnes, il faudra les aider par tous les moyens parce qu’ils n’ont plus de quoi vivre, ils n’ont plus de maisons, ils n’ont plus rien ! ».  
 
La détresse des sinistrés
La ministre écoute, compatit, salue l’incroyable élan de solidarité des Corses pour les victimes, assure de la solidarité nationale, mais ne s’engage pas, ne promet rien de concret. Elle est juste venue, précise-t-elle, apporter « une réponse humaine tout simplement ! De chaleur humaine, de réconfort ! ». Sur la place du village, elle rencontre les familles éprouvées. « Nous n’avons plus de maison ! Il ne nous reste plus rien ! Nous sommes habillés de pied en cap par la solidarité. Je voudrais revenir dans ma maison, dans ma commune », s’inquiète dignement une dame désemparée. Une peur partagée par tous les sinistrés. La maison de Louis Sarrochi, située en plein cœur du village, a été dévastée et doit être rasée, sa crainte est de ne pouvoir la reconstruire. Mais, lui, ne se fait pas d’illusions : « Je n’attends rien de personne, j’attends qu’une chose : que les experts arrivent pour les mettre au pied du mur. Il n’est pas question de négocier ! Je veux pouvoir refaire la maison comme elle était ! C’est la maison où sont nés mes enfants, où je me suis marié, et où vit ma belle-mère. Elle a 95 ans, elle en fait une maladie parce qu’elle a peur de ne pas la voir reconstruite ».
 
Panser les blessures
A chaque instant, la ministre se retourne vers le président de l’Exécutif corse qui chemine à ses côtés et renvoie la balle dans son camp. « Vous pouvez compter sur la solidarité - Mr le Président, je le dis à votre place - de la collectivité de votre territoire avec les compétences importantes qu’elle a désormais. Mais aussi la solidarité de l’Etat. Tout le monde saura sur le territoire se rassembler pour vous aider à guérir ». Une promesse un peu vague, mais Gilles Simeoni rassure : « C’est notre devoir d’être non seulement présents, mais aussi innovants pour réussir à gérer au mieux toutes les situations. Celle-ci est catastrophique. Les dégâts matériels et environnementaux sont majeurs. Il faudra du temps et des moyens pour les réparer et panser les blessures. C’est le travail de réparation ». Pour le reste, il se veut pragmatique : « C’est important que la ministre soit venue aujourd’hui. C’est important pour les gens, mais aussi pour elle ! Elle a pu percevoir la réalité de cette catastrophe. Nous en avons profité pour lui montrer ce qu’est la réalité de l’intérieur de la Corse, qui est un des aspects politiques majeurs des chantiers qui sont devant nous. Je crois que Mme Gourault ne repart pas, après deux jours de visite ici, comme elle est arrivée ! ».
 
N.M.




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