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Europe : La Corse affirme à Bruxelles son ambition de devenir l’île verte de Méditerranée


Rédigé par Nicole Mari le Samedi 13 Octobre 2018 à 19:48 | Modifié le Samedi 13 Octobre 2018 - 19:48


Du 8 au 11 octobre s’est tenue à Bruxelles la 16ème édition de la semaine européenne des régions et des villes d’Europe, les Open Days. A cette occasion, la Corse a formé, avec la Sardaigne, les Baléares et la Crète, un partenariat intitulé « Des îles vertes pour une politique de cohésion durable » et organisé, dans ce cadre, deux évènements sur le thème de « L’économie verte, opportunité de développement pour les îles de l’UE ». L’idée est de mettre en avant les bonnes pratiques en termes de développement durable permettant de compenser l’handicap de l’insularité et de réfléchir à une coopération inter-îles pour promouvoir une croissance verte. Plus de 90 participants venus de toute l’Union européenne ont débattu avec cinq intervenants : Nanette Maupertuis, conseillère exécutive de la Collectivité de Corse en charge des affaires européennes et présidente de l’Agence du tourisme de la Corse, Donatello Spano, ministre de l’environnement et de l’énergie de Sardaigne, Miquel Mir Gual, directeur général des espaces naturels et de la biodiversité du gouvernement des îles Baléares, Eleni Chatzigianni, directrice de l’environnement de Crête, et Elena Visnar Malinovska, responsable de l’unité DG Climat à la Commission européenne. Interview de Nanette Maupertuis.


Elena Visnar Malinovska, responsable de l’unité DG Climat à la Commission européenne, Nanette Maupertuis, conseillère exécutive de la Collectivité de Corse en charge des affaires européennes et présidente de l’Agence du tourisme de la Corse, Donatello Spano, ministre de l’environnement et de l’énergie de Sardaigne, - (Debout) Giuseppe Scaccia, secrétaire exécutif de la Commission des îles de la CPMR, Miquel Mir Gual, directeur général des espaces naturels et de la biodiversité du gouvernement des îles Baléares, Eleni Chatzigianni, directrice de l’environnement de Crête.
Elena Visnar Malinovska, responsable de l’unité DG Climat à la Commission européenne, Nanette Maupertuis, conseillère exécutive de la Collectivité de Corse en charge des affaires européennes et présidente de l’Agence du tourisme de la Corse, Donatello Spano, ministre de l’environnement et de l’énergie de Sardaigne, - (Debout) Giuseppe Scaccia, secrétaire exécutif de la Commission des îles de la CPMR, Miquel Mir Gual, directeur général des espaces naturels et de la biodiversité du gouvernement des îles Baléares, Eleni Chatzigianni, directrice de l’environnement de Crête.
- Quel est le but de l’initiative que vous avez prise avec trois autres îles de Méditerranée ?
- A l’occasion des Open Days organisés par le Comité des régions d’Europe, nous avons décidé avec la Sardaigne, les Baléares et la Crête d’organiser une conférence sur la transition écologique dans les îles de Méditerranée. L’idée est de prendre exemple de nos îles respectives dans les domaines du changement climatique, du tourisme et de la mobilité durables… Le Comité des régions a accepté. Une session spéciale a, donc, été consacrée à nos quatre îles. Nos représentations régionales et territoriales à Bruxelles, dont l’antenne de la Collectivité de Corse, ont travaillé pendant plusieurs mois pour préparer l’événement. En parallèle, a été organisée une session de réseautage (networking) où différents acteurs du développement local, de la transition énergétique et écologique nous ont questionné sur nos expériences et ont partagé la leur. Ce fut une occasion réussie de confronter des expériences menées à l’échelle insulaire sur des questions de développement durable et de mettre en avant les bonnes pratiques capables de compenser les contraintes de l’insularité.
 
- Pourquoi avoir choisi un tel sujet ?
- Parce qu’il est essentiel ! Aujourd’hui sont en train de se dessiner, à Bruxelles, la prochaine politique de cohésion, mais aussi la politique scientifique, la politique agricole commune (PAC)… En 2020, les régions, qui auront un projet cohérent et feront la démonstration qu’elles s’orientent vers une trajectoire de croissance durable, c’est-à-dire faible en émissions carbone, augmenteront leur chance d’obtenir un soutien de la part de l’Union européenne (UE). Il convient, donc, d’ores et déjà, d’identifier les bonnes pratiques qui existent ailleurs, mais aussi des pratiques innovantes en matière, par exemple, de tourisme durable, comme nous le faisons déjà, depuis deux ans et demi, dans le cadre de la feuille de route de l’Agence du tourisme. Il convient, aussi, de voir dans quelles mesures, ces bonnes pratiques peuvent se traduire dans un projet politique beaucoup plus étoffé qui engloberait l’agriculture, les transports, la mise en valeur et la revitalisation du milieu rural… C’est très important de poser les premiers jalons et d’identifier les possibilités de coopération avec d’autres territoires.
 
- La Corse est-elle en avance ou en retard dans la mise en place des politiques ?
- Nous sommes en avance sur certains points, et pas véritablement en retard sur d’autres. La Corse a plusieurs projets en cours sur la période 2014-2020 dans le domaine des énergies renouvelables et de la valorisation des ressources naturelles et culturelles. Ces projets procèdent d’une stratégie de croissance durable. Certains ont été présentés à Bruxelles dans le cadre des Open Days par le biais de différents posters. Par exemple, l’utilisation des énergies marines, la mobilité durable en matière de tourisme avec, notamment, le projet Intense, financé par le programme Interreg Marittimo. Autre exemple, un projet d’outil digital pour favoriser la mobilité au sein d’une communauté de communes. L’idée est de décupler ces expériences et de proposer pour 2020 un véritable projet intégré à l’échelle de l’île et à différentes facettes, notamment un volet mobilité, un volet transition énergétique, un volet circuits courts… Il faut, pour cela, bien identifier les voies et moyens aptes à faire entrer la Corse dans une perspective de développement durable.
 
- Y-a-t-il de grandes différences entre les quatre îles ?
- Nous partageons les problématiques et identifions bien les solutions possibles, mais notre problème en Corse est que nous n’avons pas la capacité de faire des adaptations nécessaires en matière fiscale ou règlementaire. J’envie la capacité institutionnelle des Baléares à pouvoir le faire. Les lois sont souvent inadaptées à la spécificité corse. L’exemple le plus flagrant est l’impossibilité d’imposer des quotas. La liberté conduit à la tragédie des communs, c’est-à-dire que tout le monde va au même endroit, ce qui met en péril l’écosystème. L’enjeu est double : économique et environnemental. Le même dilemme se pose : on pense toujours « combien il y a de monde, ? combien ça rapporte ? ». Mais on ne pose pas de question sur le coût environnemental, alors que la première raison pour laquelle un touriste vient en Corse est la nature. Nous sommes, de plus, confrontés à la difficulté de gérer des territoires et des écosystèmes très différents, qui ont des flux et des capacités de charge également différents. Alors qu’aux Baléares, 18 bateaux sillonnent les côtes et font office de police environnementale, la Corse est loin d’avoir un tel dispositif pour 1 000 kms de côtes. Par ailleurs, nous manquons d’ingénierie.
 
- Y-a-t-il des projets de coopération en cours ou aboutis ?
- Les programmes européens ne permettaient pas de travailler directement avec les îles. Par exemple, dans le cadre d’Interreg Marittimo, on ne peut pas travailler directement avec les Baléares ou la Crête, situées trop loin de la Corse. Par contre, nous travaillons déjà avec la Sardaigne sur plusieurs aspects. Nous pourrions travailler avec la Crête qui est très proactive dans le domaine de l’économie circulaire. Des représentants crétois étaient, d’ailleurs, venus à Bastia pour cela, il y a deux ans. L’économie circulaire est un mode d’organisation de la production et des échanges fondée sur l’idée que les rejets d’une activité (chaleur produite, eaux usées, déchets…) peuvent servir de facteurs de production à une autre activité. C’est un système qui évite une empreinte écologique trop importante.
 
- Tout reste-t-il encore à faire ?
- Oui ! Je pense que nous pouvons faire beaucoup mieux en Corse en matière d’économie circulaire, peut-être pas à l’échelle de toute l’île, mais à l’échelle d’une intercommunalité ou d’une commune. C’est faisable et certains s’y sont engagés. Notre accord de coopération avec les Baléares et la Sardaigne devrait permettre, dans un futur proche, de mettre en œuvre un certain nombre d’opérations, en insistant sur les difficultés que rencontrent les territoires insulaires, en Méditerranée et ailleurs, et la nécessité de prendre en compte la discontinuité géographique qui pèse sur nos économies. Il est absolument nécessaire de trouver des solutions innovantes pour que ces contraintes géographiques, qui ont en quelque sorte protégé notre environnement, puissent se transformer en atouts.

Elena Visnar Malinovska et Nanette Maupertuis.
Elena Visnar Malinovska et Nanette Maupertuis.
- Pourquoi l'économie circulaire devient-elle un critère important d’attribution des fonds européens ?
- L’économie circulaire est fondamentale pour l’UE ! Elle suppose que le politique, le chercheur, l’entrepreneur, les représentants de la société civile, quels qu’ils soient, travaillent ensemble et ne réfléchissent plus en termes linéaires, c’est-à-dire de l’amont vers l’aval. L’idée est de consommer le moins possible de ressources naturelles et de minimiser le plus possible les rejets sur l’environnement. Dans une île, qui est un système clos, l’économie circulaire se justifie pleinement : les déchets ou l’énergie dégagés par certains secteurs pourraient être réutilisés comme matières premières dans d’autres. C’est une voie d’avenir, déjà mise en œuvre dans certains territoires européens. Mais les solutions ne tombent pas du ciel. Il faut les réfléchir à plusieurs, réussir à travailler ensemble pour faire des économies, innover et réduire l’impact environnemental. La Commission européenne est prête à nous suivre sur des projets de ce type.
 
- Est-ce vraiment une opportunité de développement et de création d’emplois ?
- Oui ! C’est une opportunité de développement durable. Il existe de nouveaux emplois dans l’économie circulaire qui prend tout son sens dans l’économie verte et dans l’économie bleue. L’économie verte est tout ce qui contribue à avoir le moins d’impact possible sur l’écosystème terrestre tout en maintenant une économie de production. L’économie bleue est tout ce qui contribue à avoir le moins d’impact possible sur les ressources marines tout en produisant à partir de ces ressources. Ces économies génèrent de nouvelles niches d’emplois, des nouvelles perspectives de croissance économique et de grandes opportunités pour diminuer l’empreinte écologique. La feuille de route du tourisme durable de la majorité territoriale est tout à fait cohérente avec ces grandes orientations. Nous avions, dès le début et avant même que le Comité des régions n’en fasse une priorité, annoncé que nous voulions être l’île verte de Méditerranée. Il n’y a pas de souci à partager ce label avec d’autres.
 
- N'est-ce pas un challenge à tous les niveaux ?
- Tout à fait ! Etre une île verte suppose un engagement volontaire sur le plan politique, mais aussi de la part des entreprises. Des hôteliers corses s’organisent déjà pour avoir un comportement éco-responsable. Cela suppose aussi un comportement éco-responsable de la part des touristes, comme c’est le cas en Islande qui impose une charte éco-responsable aux touristes, dont nous allons nous inspirer. Dans un secteur aussi important qu’est le tourisme en Corse, un quart du PIB, il est fondamental de raisonner en termes de durabilité et d’économie circulaire. C’est une façon de préserver l’île non seulement d’un point de vue environnemental, mais à long terme d’un point de vue économique. Les touristes, surtout ceux à revenus les plus élevés, attendent d’arriver dans des destinations où la pollution est moindre, où les atouts environnementaux sont préservés, où le capital naturel est valorisé. C’est ce qui nous permettra de tirer notre épingle du jeu si nous arrivons à faire passer cette nécessité d’une éco-responsabilité à tous les niveaux.
 
- Quel défi doivent, au final, relever les îles de Méditerranée ?
- Elles doivent changer de paradigme. La Méditerranée est la première destination touristique au monde, mais c’est un espace confiné, en proie à des mutations environnementales majeures et rapides. Cette mer fermée est en danger et confrontée à la disparition d’espèces animales et de variétés végétales. Les îles représentent des socio-écosystèmes très particuliers, elles peuvent servir de laboratoires à ciel ouvert pour expérimenter des actions de tourisme durable, et réaliser ensuite des transferts d’expériences vers d’autres territoires qui subissent la même pression. Il faudra, pour cela, que nous préparions tous ensemble un projet à différentes facettes en respectant la stratégie économique de spécialisation intelligente qui est encore et toujours d’actualité. Cette stratégie consiste à mobiliser l’ensemble de nos moyens à la fois financiers et humains en direction uniquement de deux ou trois secteurs d’activité que nous aurons définis, qui devront être des fleurons de l’économie corse, à forte valeur ajoutée européenne, susceptibles de tirer une croissance de long terme tout en préservant notre principale richesse. En clair, une croissance durable !

Propos recueillis par Nicole MARI.

Trois bonnes pratiques corses en matière d’économie verte

Europe : La Corse affirme à Bruxelles son ambition de devenir l’île verte de Méditerranée
Pour montrer l’importance de l’économie verte pour les îles, les quatre partenaires ont choisi cinq sous-thématiques : l’adaptation au changement climatique, la mobilité durable, le tourisme durable, l’économie circulaire, les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique. Chaque île devait, en utilisant des posters, présenter trois bonnes pratiques au choix dans ces domaines. L’équipe de la Collectivité de Corse a choisi trois projets : Intense, CAPA Move et Nérée 2.
 
Première bonne pratique : le projet Intense dans le domaine du tourisme durable et de la mobilité douce. Elaboré dans le cadre du Programme Interreg-Marittimo, il vise à installer des itinéraires cyclo-touristiques et de randonnée pour faciliter la découverte du patrimoine naturel et culturel de la Corse et des régions Marittimo. L’idée est de mettre en place des itinéraires touristiques intégrés dans l’espace touristique Interreg-Marittimo et, donc, de favoriser les connections entre les îles.
 
Seconde bonne pratique : l’application CAPA Move dans le domaine de la mobilité durable. Cette application permet aux usagers d’être informés du trafic, des horaires de train, de bus et de navette maritime à Ajaccio grâce à des capteurs installés sur le territoire de la communauté d’agglomération pour mesurer le trafic en temps réel. En même temps, elle favorise la mobilité durable en proposant des itinéraires intermodaux afin de réduire le trafic automobile et d’offrir à l’usager d’autres solutions que la voiture.
 
Troisième bonne pratique : le projet Nérée 2 d’énergie thermique marine dans le domaine de l’efficacité énergétique. Ce projet, mis en place dans le village de vacances U Livanti sur la commune de Belvédère-Campomoro, utilise l’hydromaréthermie pour remplir les besoins en eau chaude et froide pour les sanitaires, le chauffage, la climatisation et les machines à laver. Ce système assez innovant d’énergie renouvelable permet un gain énorme en termes d’énergie et d’économie. Le village tente, en parallèle, d’obtenir un écolabel européen.
 
Au-delà de la session de networking qui s’est tenue à Bruxelles lors des OpenDays, l’idée est de publier, dans quelques mois, un hand book virtuel, un livre qui compilera toutes les bonnes pratiques présentées par les quatre îles, auxquelles s’ajouteront d’autres bonnes pratiques d’autres régions en matière d’économie verte. L’objectif est d’acter la coopération entre les îles européennes, surtout de Méditerranée qui partagent les mêmes problématiques en termes de désavantages géographiques et peuvent servir de laboratoire d’expérimentation en matière de développement durable. Un enjeu devenu vital pour les îles.




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