Le diabète en Corse connaît une progression alarmante, avec un nombre de patients en constante augmentation, bien au-delà de la moyenne nationale. Face à cette situation, les Prestataires de Santé à Domicile (PSAD), qui interviennent directement à domicile, jouent un rôle fondamental dans l’accompagnement des patients, notamment dans les zones isolées de l'île où l’accès aux soins reste un défi majeur.
Hervé Courreges, CEO de Corsica Santé, souligne : « En Corse, on constate une prévalence élevée du diabète, ce qui signifie qu'un nombre important de personnes sont atteintes de cette maladie. En conséquence, les médecins, déjà peu nombreux, se retrouvent rapidement débordés, car ils ne peuvent pas prendre en charge davantage de patients diabétiques. Cette situation entraîne soit des délais d'attente très longs, soit un risque de surcharge pour les professionnels de santé. » La pénurie de médecins, notamment de généralistes et de spécialistes, est un problème majeur, d’autant plus que près de la moitié des communes corses sont classées en désert médical.
Un suivi personnalisé au cœur de l’action des PSAD
Les PSAD, bien que n’étant pas une alternative aux médecins, assurent un suivi personnalisé, en collaboration avec les professionnels de santé. Ils sont particulièrement utiles dans la gestion des traitements complexes, comme la pompe à insuline, et offrent un accompagnement humain indispensable. « Dans ce contexte, Corsica Santé et les PSAD jouent un rôle clé en assurant le suivi des patients, en particulier ceux qui bénéficient de traitements complexes comme la pompe à insuline. Nous avons une mission d'accompagnement, en lien avec les prestataires de soins, pour nous assurer que les patients sont bien suivis et pour tenir informés les professionnels de santé des évolutions de l'état des patients, y compris en cas de complications », explique Hervé Courreges.
Les PSAD assurent également la formation des patients et de leurs proches, notamment pour l’utilisation des dispositifs médicaux tels que les pompes à insuline et les capteurs de glycémie. Une prise en charge qui permet non seulement d’adapter le suivi au mieux aux besoins de chaque patient, mais aussi de limiter les risques liés aux variations glycémiques.
Des défis supplémentaires en pédiatrie
La situation est encore plus délicate en pédiatrie, avec l'absence de médecins spécialisés en diabétologie pédiatrique sur l'île. Hervé Courreges précise : « Dans le domaine de la pédiatrie, la situation est encore plus complexe. Autrefois, un médecin pédiatre diabétologue était présent en Corse, mais pour des raisons professionnelles, il a dû quitter l'île et partir à Nice. Aujourd'hui, il n'y a plus de médecins spécialisés en diabétologie pédiatrique en Corse. Les enfants diabétiques de l'île doivent donc soit consulter des médecins non spécialisés, soit se rendre à Nice, au CHU de Langval. »
Les déplacements longs et coûteux représentent un véritable frein pour les familles. Les PSAD, en collaboration avec les établissements scolaires, viennent pallier cette absence en formant les personnels éducatifs à la gestion du diabète et en élaborant des Plans d'Accueil Individualisés (PAI) pour les enfants diabétiques. Ces actions sont cruciales pour permettre aux jeunes patients de suivre une scolarité normale, en toute sécurité.
Un maillon indispensable dans la chaîne de soins
Les PSAD jouent également un rôle de coordination entre les patients, les médecins traitants et les structures hospitalières, garantissant la continuité des soins, notamment grâce à l’installation à domicile de dispositifs médicaux comme les pompes à insuline. Hervé Courreges insiste : « Concrètement, le rôle des PSAD est crucial. Ils assurent un lien essentiel entre les patients, les professionnels de santé et l'hôpital. »
Néanmoins, malgré les efforts des PSAD, la situation reste préoccupante. La pénurie de professionnels de santé et la croissance du nombre de patients nécessitent une réorganisation urgente des soins en Corse. Hervé Courreges plaide pour un développement des centres spécialisés sur l'île : « Pour y répondre, il serait nécessaire de développer davantage de centres spécialisés, notamment pour l'initiation des traitements à la pompe à insuline. »
Actuellement, les patients doivent se rendre sur le continent, à Nice ou Marseille, pour débuter leur traitement avec la pompe à insuline, un parcours complexe et coûteux. Selon lui, « la mise en place de protocoles permettant l’installation de ces dispositifs médicaux en ambulatoire, en collaboration avec l'ARS, offrirait une réponse locale, plus rapide et moins contraignante pour les patients. »
En attendant, les PSAD restent un élément essentiel du système de santé insulaire, apportant une réponse humaine et personnalisée à la gestion d'une maladie de plus en plus fréquente sur l'île.