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Coup d’envoi de la Charte pour booster l’éducation culturelle et artistique sur les territoires


Rédigé par Nicole Mari le Lundi 19 Novembre 2018 à 22:41 | Modifié le Lundi 19 Novembre 2018 - 23:05


C’est à la médiathèque Castagniccia Mare è Monti à Folelli sur la commune de Penta-di-Casinca que la conseillère exécutive, Josépha Giacometti, a signé, lundi après-midi, la Charte des Pôles territoriaux de formation initiale à la pratique artistique entre la Collectivité territoriale de Corse, des associations et des communes partenaires. L’objectif de cette Charte, validée par l’Assemblée de Corse le mois dernier, est de faciliter l’accès à la culture et aux pratiques artistiques en réduisant les fractures géographiques et sociales par une mise en réseau et un maillage du territoire. Cinq écoles associatives de Haute-Corse ont déjà signé.


Coup d’envoi de la Charte pour booster l’éducation culturelle et artistique sur les territoires
Pas facile d’avoir accès à la culture ou à un enseignement artistique quand on habite dans le rural, loin des grands centres urbains, ou qu’on vit en situation de précarité financière. L’offre de formation reste encore souvent difficile d’accès et inégalement soutenue sur le territoire corse. Que ce soit pour des raisons de coût, de transport, ou même de barrières culturelles et linguistiques, certaines familles n’ont pas la possibilité d’inscrire leurs enfants dans une pratique artistique et les confrontent rarement à une œuvre, ne serait-ce que via une pratique amateur ou un stage d’initiation. C’est à partir de ce constat que la Collectivité de Corse (CDC) a mis en place la Charte des pôles territoriaux de formation initiale à pratique artistique. L’objectif est de doter l’intégralité du territoire insulaire d’un maillage harmonieux de structures capables de dispenser, par des pôles territoriaux, une offre complète de formation initiale à une pratique artistique. La charte a été signée, lundi après-midi, à la médiathèque Castagniccia Mare è Monti située à Folelli, par la conseillère exécutive en charge de la Culture, du Patrimoine, de l’Education, de l’Enseignement supérieur, de la Formation professionnelle et de la Recherche, Josepha Giacometti, avec cinq associations et communes partenaires.

Des objectifs communs
« Cette signature aujourd’hui a pour but de concrétiser le maillage territorial entre les écoles associatives et les communautés de communes où elles sont implantées, pour faire en sorte que l’éducation artistique et culturelle soit la même pour tous sur l’ensemble du territoire. Nous avons dégagé de grands objectifs communs : favoriser une mise en réseau structurée des associations, harmoniser les projets qui sont portés et être au plus près des territoires et des enfants les plus éloignés de la culture. Notre préoccupation première est de lutter contre toutes les formes de fractures qu’elles soient géographiques ou sociales et d’œuvrer pour une justice sociale, géographique, économique et culturelle. L’objectif commun est aussi d’organiser et de développer un enseignement bilingue en pratique artistique. C’est quelque chose qui nous tient fortement à cœur », explique Josepha Giacometti.

Du chemin parcouru
Première commune à signer la Charte, Penta-di-Casinca dont le maire, Yannick Castelli, ne cache pas sa satisfaction : « Je suis ravi de signer cette Charte qui s’inscrit dans la continuité de ce que nous avons créé il y a six ans avec le regroupement d’écoles, la mise en œuvre de bonnes pratiques et le développement de l’offre artistique dans le rural. Que de chemin parcouru depuis six ans ! On est parti de loin. On faisait du bricolage. Puis, peu à peu, tout le monde s’est professionnalisé. C’est un tour de force d’avoir réussi à aller, tous, dans le même sens. J’espère que cela va continuer sur le même rythme dans les années à-venir ». A-t-il besoin de moyens supplémentaires ? « Toujours ! » répond-il en riant. « Les maires ont toujours besoin de moyens supplémentaires. Il faut applaudir tout ce qui a déjà été réalisé et faire un nouvel effort au niveau du fonctionnement pour que nous soyons encore plus à la pointe pour nos élèves. Une école associative dans le rural permet aux enfants d’avoir accès à la culture sans se déplacer et de rester près des lieux de vie. C’est important pour un territoire où l’offre est faiblement répandue ».

L’union des forces
Les locaux de la médiathèque de Folelli accueillent l’association Scola in Festa du chanteur Feli qui enseigne à plus de 300 enfants venus de toute la Casinca et la Castagniccia. « En tant qu’école artistique associative, nous avons enclenché le processus dès 2012, date à laquelle nous avons été conventionnés par l’ex-CTC. Désormais avec cette nouvelle convention, nous allons, tous, travailler ensemble. Nous nous sommes rendus compte depuis longtemps qu’il y a un besoin par territoire et des différences sur les moyens d’agir et les actions des écoles associatives. Nous avons besoin de mutualiser nos moyens au niveau de l’enseignement artistique et des actions à faire en commun. Cela s’est déjà concrétisé l’an dernier par un concert qui a regroupé un tas de musiciens et de chanteurs issus d’écoles différentes. Il faut aussi mutualiser nos moyens pour faire rentrer progressivement la langue dans l’enseignement. Scola in Festa le fait depuis le début, mais c’est ce qui manque cruellement à des structures comme Anima qui sont tout à fait prêtes à s’y mettre, mais il faut les aider. La Charte, que nous venons de signer, est très importante, parce qu’elle nous unit encore un peu plus et qu’elle unit les forces de la CDC, des communes, des communautés de communes et des écoles associatives », affirme Feli.

La mutualisation des moyens
Parmi les signataires, également la mairie de Bastia et l’association Una Volta qui compte 850 adhérents et propose près de 25 ateliers d’arts plastiques, théâtre, cirque, danse ou musique. « Le premier intérêt est que, désormais, la CDC pose un cadre sur ce qui est fait depuis des années et met en synergie les associations qui œuvrent pour l’enseignement artistique sur le territoire. Bastia a, bien évidemment, sa propre politique culturelle, mais a tout intérêt à être en réseau avec les autres acteurs du territoire pour pouvoir échanger et apporter chacun ses compétences, évitant ainsi d’aller chercher ailleurs ce qui existe déjà sur le territoire. Par exemple, la mutualisation des professeurs permettrait des emplois pérennes et un salaire digne de ce nom. Nous pouvons également mettre à disposition des signataires de la Charte nos équipements, nos espaces culturels, nos formations et apporter un appui et une ingénierie. Chaque association a sa spécificité. Créer les liens et un suivi avec elles sera une source d’enrichissement mutuel. Cela nous a paru naturel, pour nous, à la mairie de Bastia, d’être au cœur de cette politique de territoire, d’être à l’écoute et de s’ouvrir vers l’extérieur », précise Mattea Lacave, adjointe en charge de la culture à la mairie de Bastia et vice-présidente de l’Association Una Volta.

Des espoirs et des craintes
Autre signataire, le Centre culturel Anima de Prunelli di Fium’Orbu qui accueille, dans son école de musique, mais aussi dans ses ateliers d’aquarelle, de théâtre, d’arts plastiques.., 320 élèves venus de toute la Communauté de Communes de Fium’Orbu Castellu. « Il fallait signer la Charte pour être reconnu comme pôle territorial. Au-delà, le fait que, désormais, les enseignements artistiques soient pris en compte dans les orientations culturelles est, pour nous, une très bonne nouvelle. Ce n’était pas le cas jusqu’à maintenant. En dehors du Conservatoire, aucune structure associative ne pouvait être aidée au-delà de 10 000 € par an. Ce qui est totalement insuffisant pour faire fonctionner une école. Nous attendons que l’enseignement artistique en général, et musical en particulier, se structure, s’organise, se développe, que cette offre soit portée par des enseignants normalement salariés avec des compétences pédagogiques pour assurer un enseignement de qualité aux enfants. Le partenariat, initié en 2013 entre les écoles, a déjà permis d’échanger sur nos difficultés et nos pratiques, mais surtout de développer des projets communs. Nous avons, par exemple, constitué plusieurs orchestres avec les élèves des différentes écoles, ce qui permet d’avoir des pupitres de corde, de vent… de faire des projets que chaque école aurait des difficultés à monter seule. Un projet a déjà tourné deux fois cette année et rejouera en janvier », commente Olivier Van Der Beken, directeur d’Anima. S’il « se réjouit qu’un schéma d’enseignement soit mis en place entre les écoles associatives et la CDC », il ne cache pas ses craintes : « On apprécie les objectifs même s’ils sont un peu ambitieux, mais on craint que notre réalité, qui reste très fragile, ne soit pas prise en compte. On manque d’enseignants qualifiés, de formation, de personnels administratifs et d’encadrement de base. Les effectifs de nos écoles ont beaucoup augmenté, alors que nous sommes dix fois moins aidés par élève qu’un conservatoire. Les perspectives, développées par les politiques, sont toujours lointaines et merveilleuses, mais en attendant, il faut faire vivre nos structures ».
 
Une dynamique positive
Tous reconnaissent que la Collectivité territoriale a plutôt bien joué le jeu en matière de financement. Alors que sur le continent, ce sont les communes ou intercommunalités qui subventionnent ce type d’écoles, en Corse, la région prend une part active. Interrogée sur les moyens alloués, Josepha Giacometti rassure : « Lors de la prochaine session de l’Assemblée de Corse seront présentées huit nouvelles conventions avec les écoles associatives. Ces conventions prévoient une augmentation du soutien de la CDC. Il y a un effet d’entrainement puisque les communes elles-mêmes, notamment celle où nous sommes présents aujourd’hui, ont acté une augmentation de moyens autour de l’école associative. Nous rentrons dans une phase d’actions concrètes sur le terrain. Cette charte est vraiment en train de créer une dynamique. Nous allons formaliser un comité d’évaluation pour vérifier si nous atteignons ou pas nos objectifs, faire le point sur les manques à pallier et, le cas échéant, mettre en place les conditions pour réussir ». Un rapport commun d’évaluation sera, d’ailleurs, transmis pour information tous les trois ans aux assemblées délibérantes de chaque collectivité signataire de la charte.
 
N.M.
 




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