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Collectivité unique : Une séance d’investiture sans surprise et un duo Simeoni-Talamoni reconduit


Rédigé par Sylvain Amiotte le Mardi 2 Janvier 2018 à 23:14 | Modifié le Mercredi 3 Janvier 2018 - 03:00


Trois semaines après le raz-de-marée nationaliste aux élections territoriales, la collectivité unique de Corse a été installée ce mardi après-midi à Ajaccio. Sans surprise, les 63 élus ont reconduit Jean-Guy Talamoni à la présidence de l’assemblée et Gilles Simeoni à la tête du conseil exécutif. Dans leurs discours, les deux leaders ont renouvelé leur appel au dialogue avec l’Etat, tandis qu’Emmanuel Macron est attendu sur l’île le 6 février.


(Photo Christian Andreani)
(Photo Christian Andreani)




 

C’est fait. La première super région française, prévue en août 2015 dans la loi NOTRe, est officiellement née ce mardi avec l’installation de la nouvelle assemblée de Corse, cours Grandval à Ajaccio. Trente-cinq ans après la création du premier statut particulier de l’île, et vingt-sept ans après la création de la Collectivité territoriale de Corse, la nouvelle institution fusionne les compétences de cette dernière avec celles des deux départements de Corse-du-Sud et de Haute-Corse, qui disparaissent.

Derrière cette révolution institutionnelle, il s’agissait ce mardi à Ajaccio d’acter un autre événement historique, avec la reconduction au pouvoir des nationalistes de Pè a Corsica, deux ans après leur premier succès aux élections territoriales fin 2015. Larges vainqueurs le 10 décembre avec plus de 56% des voix, ce sont 41 élus nationalistes qui ont pris place vers 15 heures dans l’hémicycle du cours Grandval, agrandi de 51 à 63 sièges par rapport à la précédente mandature.

"Votre victoire vous oblige"

Une majorité absolue et une « victoire incontestable » qu’a reconnues sans ciller Pierre-Jean Luciani, chargé de présider le début de cette longue séance en tant que doyen d’âge, entouré des deux plus jeunes élus Laura Maria Poli et Petr’Antone Tomasi.

Elu sur la liste de droite de Valérie Bozzi, l’ex-président de feu le département 2A a livré un discours sobre et très modéré, félicitant les nationalistes pour « leur brillante élection ». « Votre victoire vous oblige (…), les Corses attendent maintenant des actes. Il ne faudra pas les décevoir », a-t-il lancé, déplorant simplement de la « précipitation » dans la mise en place de la nouvelle collectivité. « Tamanta strada pa fà un paese », a-t-il même ajouté en corse.

Talamoni réélu au perchoir, pas de candidat unique à droite
 
Passé ce préambule symbolique, l’indépendantiste Jean-Guy Talamoni a été réélu sans surprise au perchoir, par 40 voix sur 63. Et non pas 41, Paul Leonetti reconnaissant, dans les rires de l’assistance, s’être trompé en votant – un peu trop tôt – pour Gilles Simeoni.

Symboliquement, les trois autres listes représentées à l’assemblée avaient chacune présenté un candidat, malgré l’appel de Jean-Martin Mondoloni à une candidature unique à droite. Arrivé deuxième en décembre avec 18,3% des voix, l’élu régionaliste n’a pas réussi à convaincre Valérie Bozzi et ses colistiers de le suivre, ce qui laisse augurer deux groupes bien distincts dans la nouvelle assemblée.

Chaque tête de file a ainsi fait le plein dans ses rangs : 10 voix pour Jean-Martin Mondoloni, 6 pour Valérie Bozzi et 6 pour l’élu de La République en Marche, Jean-Charles Orsucci. Les deux derniers avaient recueilli un peu plus de 12,5% le mois dernier.

"Un chemin long et difficile"

Très applaudi, s’exprimant en corse durant une dizaine de minutes, Jean-Guy Talamoni s’est dit conscient de « l’immense responsabilité » résultant du raz-de-marée des 3 et 10 décembre. « La confiance manifestée à notre égard en 2015 s’est beaucoup élargie et personne ne peut nier, désormais, la légitimité dont nous bénéficions pour mettre en œuvre notre projet », a-t-il souligné, caractérisant celui-ci de « national » et « social » avec l’éducation en tête de gondole.

Dédiant la victoire nationaliste à « tous ceux qui ont combattu pour la Corse et qui ne sont plus de ce monde », ainsi qu’à « nos prisonniers et recherchés » et au FLNC, le leader de Corsica Libera a répété l’objectif d’amnistie de la nouvelle majorité. Et d’inscrire la victoire nationaliste dans « un chemin long et difficile » entamé « il y a quarante ans » pour « défendre le peuple corse ». Quatre décennies d’un conflit « nécessaire et que nous assumons complètement ».

Jean-Guy Talamoni s’est pour autant défendu de tout sectarisme : « Cette victoire, nous voulons la partager avec ceux qui n’ont pas voté ou qui ont voté pour d’autres listes que la nôtre, car ce pays nous allons le construire avec tous les Corses (…). Les portes de la nation sont ouvertes à tous. » Et d’ajouter, invoquant « l’intérêt supérieur de la Corse », envers les élus de l’opposition : « Ma porte sera toujours ouverte. »

"Pas une démarche antifrançaise" : Talamoni en appelle à la France de Mendes France et Rocard

Un discours d’apaisement que l’indépendantiste a élargi aux relations avec Paris : « Depuis des années, de l’autre côté de la mer, certains présentent notre lutte comme une démarche antifrançaise. Pourtant, cela n’a jamais été le cas. Tous les patriotes contraints de dire non, à toutes les époques et dans tous les pays du monde, l’ont fait par amour des leurs et non par haine des autres. »

Jean-Guy Talamoni, selon qui la paix « ne peut être remise en cause, par personne », a ainsi déclaré aborder « avec sérénité » le « rapport de force » qui va s’engager ces prochains jours avec l’Etat afin de négocier le statut d’autonomie "de plein exercice et de plein droit", avec pouvoir législatif, réclamé par la nouvelle majorité. « Nous voulons parler à la France de Victor Schoelcher, de Pierre Mendès France et de Michel Rocard », a-t-il plaidé, tout en répétant sa détermination à ne « jamais renoncer au droit à l’autodétermination ».

Hyacinthe Vanni et Mattea Casalta vice-présidents de l'assemblée

Après une longue suspension de séance, les 63 conseillers ont élu les quatorze membres de la nouvelle Commission permanente (une seule liste a été déposée), outre Jean-Guy Talamoni : dix élus de Pè a Corsica (Hyacinthe Vanni, Mattea Casalta, Petr’Antone Tomasi, Nadine Nivaggioni, Paulu Santu Parigi, Rosa Prosperi, Jean-François Casalta, Laura-Maria Poli, Romain Colonna, Marie-Hélène Casanova-Servas), deux élus de « A strada di l’avvene » (Jean-Martin Mondoloni, Christelle Combette), un élu de « Voir plus grand » (Isabelle Feliciaggi) et un élu de « Anda per dumane » (François Orlandi).

Hyacinthe Vanni, déjà à ce poste dans la précédente mandature, et Mattea Casalta, ont tous deux été élus vice-présidents de l’assemblée par les 41 voix nationalistes (21 blancs, 1 nul).

(Photos Christian Andreani)
Un Conseil exécutif rafraîchi

Cette séance marathon, marquée par plusieurs suspensions, s’est poursuivie par l’élection des onze membres du nouveau Conseil exécutif, tous issus de la majorité, par 42 voix contre 21 blancs. Derrière le président Gilles Simeoni, qui retrouve son poste sans surprise, quatre nouveaux font leur entrée : Jean Biancucci, Bianca Fazi, Lauda Guidicelli et Lionel Mortini (Corsica Libera). Ils prennent place aux côtés de Marie-Antoinette Maupertuis, Jean-Christophe Angelini, Josepha Giacometti, François Sargentini, Vanina Borromei et Xavier Luciani.

Simeoni : "Notre combat n'est pas une déclinaison insulaire du dégagisme"

18h40, c’est l’heure de la standing ovation des élus et des hourras en tribune pour célébrer Gilles Simeoni. Le leader autonomiste s’est alors lancé dans un long discours, soulignant à son tour le « très long chemin » pour en arriver à « ces instants magiques, à la fois points d’arrivée d’un demi-siècle de lutte, et points de départ d’une nouvelle période de l’histoire de la Corse ».

Réclamant dans ses vœux pour 2018 le rapprochement des prisonniers politiques corses, Gilles Simeoni en a appelé lui aussi à l’Histoire et à la « première révolution de Corse » au XVIIIe siècle : « Notre combat vient de loin et ne saurait se résumer à une déclinaison insulaire du dégagisme à l’œuvre en France ou d’autres pays européens. » Citant Pascal Paoli, il a asséné : « Rien ne nous fera renoncer à notre idéal et à ce que nous sommes. »

Un discours de rassemblement : "Le plus difficile reste à faire"

Gilles Simeoni veut ainsi voir dans les récents succès nationalistes une « extraordinaire accélération de l’Histoire », un « basculement » exprimant une aspiration à une société émancipée « transcendant les partis politiques traditionnels »« Cela n’implique pas que tous les électeurs qui nous ont apporté leurs suffrages partagent la totalité de nos convictions », nuance-t-il avec « humilité » en promettant de « dépasser les logiques partisanes », car « le plus difficile reste à faire ».

Face aux « peurs fantasmatiques » d’un « glissement mécanique vers l’indépendance », le président du Conseil exécutif se veut rassurant et oppose « la démocratie comme clé de voûte »« Nous avons rejeté avec force l’idée d’une classe politique et d’une société corse coupées en deux camps antagonistes. (…) Nous n’avons pas le monopole de l’amour de cette terre, ni de la légitimité pour la défendre ou en porter la voix. »

Un discours de rassemblement donc, prônant un dialogue apaisé et constructif avec l’opposition. « Nous proposerons à l’ensemble des forces politiques d’être associées aux réflexions et aux travaux de nos institutions », a-t-il assuré.

La nouvelle collectivité devra être marquée par la « proximité », la « rationalisation » et « l’efficacité », loin des « logiques clientélaires », a poursuivi Gilles Simeoni, qui s’est encore voulu rassurant quant aux droits des 5000 agents qui la feront vivre. Et de citer les chantiers des déchets et du Padduc parmi les travaux majeurs d’une mandature dont il présentera les grands axes lors de la prochaine session de l’assemblée, le 16 janvier prochain.

"Que Paris l'entende et le comprenne !"

Mais c’est sur le dialogue avec l’Etat que le leader autonomiste a une nouvelle fois été le plus solennel : « Jamais il ne s’est trouvé une situation aussi favorable au règlement durable et négocié d’un conflit politique qui dure depuis un demi-siècle. Que Paris l’entende et le comprenne ! » Oui, les nationalistes sont des partenaires fréquentables, a-t-il encore insisté : « Nous sommes des interlocuteurs raisonnables, pondérés, dont la légitimité démocratique et politique est forte et incontestable. »

Et s’il faut modifier la constitution pour permettre le statut d’autonomie souhaité par la majorité nationaliste, aucun problème selon Simeoni puisque celle-ci a déjà été révisée « à dix reprises depuis 2000 ».

Quand Simeoni flatte Macron par avance

Une façon de mettre à nouveau la pression sur le chef de l’Etat, annoncé sur l’île le 6 février prochain et avec qui les relations sont inexistantes depuis son élection au printemps dernier. Et Gilles Simeoni de flatter par avance Emmanuel Macron et son objectif de « pacte girondin » : « Il peut être, s’il en a la volonté, l’homme d’Etat (…) qui construira entre la Corse et la République française une relation nouvelle et apaisée. »

"Madame Corse" attendue vendredi sur l'île

En attendant d’entendre le président français sur le sujet, c’est Jacqueline Gourault, nommée « Madame Corse » par le gouvernement, qui est attendue sur l’île ce vendredi. Jean-Guy Talamoni et Gilles Simeoni rencontreront également le Premier ministre, Edouard Philippe, « dans le courant du mois de janvier ».

19h30, il était temps pour les élus du Conseil exécutif de prêter serment puis d’entonner avec leurs collègues le Diu vi salvi Regina… suivi - pour certains seulement - du chant nationaliste Sonnu lu Cornu. La nouvelle collectivité de Corse est bel et bien sur les rails.




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