Corse Net Infos - Pure player corse

"Ce n'est pas le bagne": quarante jeunes ravis d'avoir passé leur Service national universel à Porto-Vecchio


le Samedi 25 Mai 2024 à 10:35

Engagez-vous, qu’il disait. Alors qu’Emmanuel Macron souhaite rendre obligatoire le SNU (le service national universel) en 2026, quarante-deux lycéens corses se sont portés (ou pas) volontaires pour participer à ce premier séjour de cohésion de douze jours organisé en Corse sur le temps scolaire (les précédents avaient eu lieu en dehors du temps scolaire). C’était à Porto-Vecchio, et les jeunes en sont sortis grandis et ravis.



Les jeunes bastiais et ajacciens ont reçu un diplôme à la fin de la cérémonie.
Les jeunes bastiais et ajacciens ont reçu un diplôme à la fin de la cérémonie.
Imaginez une quarantaine d’ados de 15 à 17 ans réunis pendant douze jours aux Fauvettes, le centre de loisirs de bord de mer porto-vecchiais. On les affuble d’un uniforme, on leur confisque leur portable 23 heures sur 24 et on leur demande de se parler et de s’entraider. « Ce n’est pas le bagne... » sourit Serge Bearez, l’un de leurs encadrants venus spécialement des Hauts-de-France. Ni l’armée ni la colo : c’est un stage de cohésion voulu par l’exécutif pour placer la vie en collectivité au coeur d’une société devenue trop individualiste.

Suite à un marché public, c’est le site des Fauvettes de Porto-Vecchio qui a été retenu pour accueillir, du 13 au 24 mai, ces quarante-deux élèves des lycées professionnels Finosello d’Ajaccio et Jean-Nicoli de Bastia. Deux établissements labellisés « classes et lycées engagés ». En ce sens, ils sont tenus d’élaborer un projet pédagogique pour stimuler l’engagement de leurs élèves dans la vie en société. Certains jeunes se sont portés volontaires pour ce stage à Porto-Vecchio, comme Alissa et Chloé, en seconde à Finosello : « On voulait vivre une nouvelle aventure. Et puis venir ici douze jours au lieu d’être en cours, c’était tentant ! » D’autres, comme Santu, traînaient des pieds : « Au début, je n’avais pas envie d’être là, j’avais autre chose à faire. Mais aujourd’hui, je n’ai plus envie de partir. » 

"On est prêts à sauver des gens"

Car en douze jours, les jeunes ont tissé des liens durables, et à l’heure de se dire au revoir, les étreintes en disaient long sur l’aventure humaine qu’ils venaient de vivre. « A l’école, on apprend des maths, on reste assis, c’est du travail pour plus tard, compare Adrian. Là, c’est du collectif, de la cohésion. On est prêts à sauver des gens », soutient le jeune Bastiais. Ce n’est pas que l’école ne véhicule pas ces valeurs, réfute le recteur de l’académie, Jean-Philippe Agresti : « Mais la vie collective à l’école, c’est quelque chose de partiellement vrai, car après l’école, on rentre chez soi le soir. Le SNU permet de lâcher ses habitudes pour partager des moments avec d’autres. » 

Concrètement, les lycéens ont été initiés aux premiers secours, dans les conditions de simulations d’accidents. Ils ont aussi pratiqué des activités nautiques comme le kayak, fait une chasse au trésor… Enfin, ils ont assisté au passage de la flamme le 14 mai. « On pensait que ce serait plus militaire et plus strict, mais c’était cool », a apprécié Chloé. La privation de téléphone ? « Ca ne nous a pas dérangé, confie Alissa. On avait le droit de l’avoir une heure pour appeler nos parents, et voilà. C’est là qu’on se rend compte qu’on passe trop de temps dessus... »

Valeurs à partager

En ce vendredi, les jeunes ont conclu leur stage solennellement. Casquette bleue siglée SNU sur la tête et vêtus d’un polo blanc rentré dans un pantalon bleu, ils sont arrivés en file indienne, entonnant Le Chant des partisans. Au-dessus d’eux, une banderole a été déployée : « J’arrive, je suis ’je’ . Nous repartons, nous sommes ‘nous’ ». La cheffe de centre, Sadia Schulz, a salué leur comportement durant le séjour : « Vous avez su faire preuve d’une grande implication et d’un esprit d’équipe remarquable. Vous avez créé des liens d’amitié qui vous accompagneront toute votre vie. Vous êtes venus ici candides et curieux, vous repartez éclairés et toujours curieux. »  « Vous avez abandonné ce que vous faisiez habituellement pour partager des choses, a poursuivi le recteur Jean-Philippe Agresti. Et si nous voulons vivre en société, il faut que nous partagions nos valeurs. Cette société, vous devez la construire à votre image. » Avoir des valeurs que l’on partage, c’est d’autant plus nécessaire « dans ce moment troublé du monde que nous traversons, alors que nous pensions la paix acquise, a fait remarquer le maire de Porto-Vecchio, Jean-Christophe Angelini. Des jeunes de votre âge en Ukraine et au Proche-Orient vivent des moments difficiles. » 

Suite à ce séjour de cohésion, les ados devront réaliser une mission d’intérêt général de 84 heures, dans le domaine de leur choix. Cette cérémonie de clôture a fait remonter quelques souvenirs à Jean-Philippe Agresti : « C’était le 1er avril 2017, j’étais au stade Vélodrome avec Emmanuel Macron, alors candidat à la présidence de la République. Il avait fait des annonces sur le SNU à La Provence, le matin. A la mi-temps du match, j’en ai profité pour lui glisser quelques idées. Je n’aurais jamais imaginé que quelques années plus tard, je me serai retrouvé ici, auprès de ces jeunes. »