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Autonomie de la Corse : Au lendemain du rejet du Sénat, les réactions se multiplient dans l’île et sur le continent


MP le Mardi 27 Octobre 2026 à 17:52

Un coup d’arrêt, un échec, la fin d’un cycle ou au contraire un processus qu’il faut encore tenter de sauver. Au lendemain du rejet par le Sénat du projet de loi constitutionnelle sur l’autonomie de la Corse, les réactions se multiplient dans l’île comme sur le continent. Et si chacun livre une lecture différente de la soirée de lundi au Palais du Luxembourg, une même question traverse désormais toutes les prises de position : que reste-t-il du processus de Beauvau et surtout quelle suite lui donner ? Tour d'horizon



Autonomie de la Corse : Au lendemain du rejet du Sénat, les réactions se multiplient dans l’île et sur le continent
Au lendemain d’une soirée particulièrement mouvementée au Palais du Luxembourg, le rejet par le Sénat du projet de loi constitutionnelle sur l’autonomie de la Corse a susciter de nombreuses réactions ce mardi. Sur l’île comme sur le continent, responsables politiques et représentants de la société civile commentent ce coup d’arrêt donné au processus de Beauvau. Si certains appellent déjà à renouer le dialogue, d’autres considèrent qu’une page s’est définitivement tournée.

Du côté de Femu a Corsica, qui a annoncé dès lundi soir par la voix du sénateur Paulu Santu Parigi son retrait du processus, l’heure est désormais à la réflexion. Le parti dénonce « une majorité archaïque de sénateurs »qui aurait choisi de « détruire un accord politique équilibré patiemment construit et porteur d’espoir », tout en voyant dans le rejet final du texte remanié « une défaite cuisante » pour la droite sénatoriale et « ses soutiens en Corse ». Femu a Corsica réunira d’ailleurs ce mercredi son Cunsigliu Naziunale à Corte, après avoir consulté ses militants, afin de déterminer « les démarches politiques à entreprendre dans cette nouvelle séquence ».


Le PNC-Avanzemu, qui s’est lui aussi retiré du processus lundi soir, appelle pour sa part à ne pas répondre en ordre dispersé à la main tendue mardi matin par le Gouvernement. Très sévère sur les débats au Sénat, le parti estime qu’« un demi-siècle de conflit » et « quatre longues années de travail » ont été balayés « au cours d’une soirée confinant par moments à la provocation ». Mais alors que Françoise Gatel a annoncé vouloir rapidement réunir élus corses et parlementaires pour tenter de trouver une sortie de crise, le PNC réclame d’abord « une concertation rapide entre les différents soutiens à la délibération Autonomia ». Celle-ci pourrait également précéder une session extraordinaire de l’Assemblée de Corse. « La crise est là, particulièrement vive », prévient le parti autonomiste, pour qui « seul le dialogue, à très brève échéance, peut nous prémunir d’une aggravation et d’une impasse ».

 

À l’opposé, la droite de Jean-Martin Mondoloni ne cache pas son incompréhension face à la décision des nationalistes de quitter le Sénat avant la fin des débats. Les élus d’Un Soffiu Novu accusent la majorité territoriale d’avoir voulu « générer un clash comme ultime coup de pression » et dénoncent une « intransigeance sélective » qui ne vaudrait selon eux « que pour la droite ». Sur le fond, le groupe estime que l’amendement porté par Jean-Jacques Panunzi sur la capacité normative de la Corse constituait « le bon curseur » et « le point d’équilibre autour duquel une majorité pouvait s’accorder ». Un Soffiu Novu reproche finalement aux nationalistes d’avoir préféré « orchestrer un esclandre visant à capter l’attention médiatique plutôt que de participer aux débats ».
 

Le Rassemblement national considère lui aussi qu’une page vient de se tourner. « Fin de la “Simeonie” », écrit Christophe Versini sur ses réseaux sociaux. Pour le délégué du RN en Corse, « cette séquence politique est terminée », mais pas la question de l’autonomie. Il annonce qu’en cas de victoire de Marine Le Pen à l’élection présidentielle, son parti engagera « son propre processus pour la Corse », fondé notamment sur la priorité régionale pour le logement, le foncier et l’emploi, la protection de l’identité et du patrimoine ou encore « une autonomie donnant à la Corse les moyens d’agir sur les réalités propres à notre île ».

 


Pour Jean-Guy Talamoni, le processus était en réalité déjà mort depuis longtemps. L’ancien président de l’Assemblée de Corse considère que depuis l’acceptation en 2022 des « lignes rouges » fixées par l’État, « il n’y avait plus de processus de règlement de la question corse » et « pas davantage de projet d’autonomie ». Plutôt que de « porter le deuil d’une illusion », il appelle désormais à « reconstruire » et surtout à « faire confiance à la nouvelle génération ».






Même tonalité du côté de Voce Naziunale, groupe nationaliste à l’Assemblea di a Ghjuventù, pour qui les paroles prononcées lundi soir par Paulu Santu Parigi sont arrivées « trop tard ». Le mouvement y voit « la fin d’un cycle » de gouvernance nationaliste et « une défaite politique majeure » au Sénat. Il appelle désormais à changer de stratégie et à tourner la page des négociations menées depuis 2022, regrettant qu’elles n’aient abouti ni à la reconnaissance du peuple corse, ni à la coofficialité de la langue, ni au statut de résident, ni au pouvoir législatif.
 


Du côté de Bonifacio, Jean-Charles Orsucci refuse lui aussi d’enterrer l’autonomie. Le maire  de la cité des falaises livre une charge particulièrement sévère contre le groupe LR, qu’il accuse d’avoir « totalement détricoté le texte » à coups d’amendements, et regrette que Jean-Jacques Panunzi ait « campé sur les positions archaïques de son groupe parlementaire ». « La Corse méritait mieux que ce spectacle affligeant et ces postures médiocres », estime celui qui rappelle ne pas appartenir à la majorité territoriale mais rester « plus que jamais un autonomiste convaincu ». Mais pour ce proche de la majorité présidentielle et membre de l’équipe de campagne de Gabriel Attal « il existe toujours un chemin, celui du dialogue et de la démocratie ». Il appelle donc le Gouvernement et la majorité territoriale à se concerter rapidement pour que le processus « reprenne son chemin ».
 

« Plus de deux siècles après la Révolution française, le jacobinisme n’en finit pas de bloquer les avancées démocratiques », écrit pour sa part Ecologia Sulidaria. « Malgré la volonté majoritaire des Corses, malgré un consensus démocratique au sein de l’Assemblée de
Corse, malgré l’appui d’une majorité de maires, le Sénat a montré une fois de plus son archaïsme, son déni de la réalité, sa volonté manifeste de brider toute avancée », insiste le parti affirmant que ce vote du Sénat est « consternant, pour la Corse bien sûr mais aussi pour tous ceux qui attendent de pouvoir à juste titre prendre en main leur avenir ». 


Enfin, la section corse de Ligue des droits de l’Homme dresse elle aussi un constat d’échec. Dans un communiqué intitulé « Contre les voleurs d’avenir », elle estime que le processus de Beauvau, qui écartait dès l’origine la reconnaissance du peuple corse, « n’a cessé de s’effilocher ». Mais la LDH veut désormais porter la question au-delà des seuls partis politiques. Elle appelle à « une mobilisation de la société corse », réunissant forces politiques, société civile, syndicats, associations, acteurs culturels et intellectuels, afin de reconstruire un projet « d’une Corse autonome et fraternelle ».



Mais l’onde de choc du vote dépasse largement les frontières de l’île. À l’Assemblée nationale, le député LFI Éric Coquerel accuse la majorité sénatoriale d’avoir « dénaturé le compromis historique » que constituait le texte adopté par les députés et d’avoir pris « un risque très grand et irresponsable ». Malgré cet échec, il assure vouloir continuer à soutenir le processus tel qu’il était ressorti de l’Assemblée nationale.
 

Au Sénat, le groupe Union Centriste et Indépendants regrette ouvertement l’issue de la soirée. « Au Sénat, nous sommes les représentants des territoires et nous souhaitons que se poursuive le processus législatif pour ne pas rompre le dialogue engagé avec les élus locaux et respecter la parole de l'État », écrit son président Hervé Marseille.

Chez les socialistes aussi, le déroulement des débats laisse un goût amer. Le sénateur du Val-d’Oise Rachid Temal parle d’un « crash sur le statut de la Corse » qui doit, selon lui, conduire à une réflexion plus large sur l’organisation politique, institutionnelle et administrative de la France. Citant François Mitterrand et sa volonté d’un pouvoir décentralisé, il appelle à « une nouvelle étape dans une France diverse faite de localisme et de liens à l’Europe et au Monde ».

Victorin Lurel ne cache pas davantage sa déception. Le sénateur socialiste de Guadeloupe dit avoir vécu une soirée « curieuse et décevante » et accuse la majorité sénatoriale d’avoir « abîmé » un texte fruit de plus de quatre années de travail, notamment par le recours au scrutin public et au vote prioritaire.



Le soutien vient enfin de l’échelon européen. L’Alliance libre européenne estime que « la Corse mérite mieux que des promesses vides » et que « la volonté démocratique du peuple corse ne peut être mise de côté ou diluée ». Pour le parti européen auquel sont affiliées plusieurs formations régionalistes et autonomistes, le processus de Beauvau doit conduire à « une véritable autonomie » et non à un compromis vidé de sa substance.