Du côté de Femu a Corsica, qui a annoncé dès lundi soir par la voix du sénateur Paulu Santu Parigi son retrait du processus, l’heure est désormais à la réflexion. Le parti dénonce « une majorité archaïque de sénateurs »qui aurait choisi de « détruire un accord politique équilibré patiemment construit et porteur d’espoir », tout en voyant dans le rejet final du texte remanié « une défaite cuisante » pour la droite sénatoriale et « ses soutiens en Corse ». Femu a Corsica réunira d’ailleurs ce mercredi son Cunsigliu Naziunale à Corte, après avoir consulté ses militants, afin de déterminer « les démarches politiques à entreprendre dans cette nouvelle séquence ».
Retrait du processus de Beauvau : Femu a Corsica réunira, dans les prochaines heures, ses militants pour déterminer collectivement les démarches politiques à entreprendre dans cette nouvelle séquence. Hier soir, aux alentours de 22 heures, alors qu’une majorité archaïque de sénateurs choisissait de détruire un accord politique équilibré patiemment construit et porteur d’espoir, Paulu Santu Parigi a annoncé notre retrait du processus du Beauvau. Il l’a fait au nom des 83 % de grands électeurs qui lui ont accordé leur confiance en septembre dernier, au nom de la majorité territoriale et au nom des nationalistes, autononomistes et indépendantistes, qui ont participé de façon loyale, depuis mars 2022 au processus de Beauvau. Plus tard dans la soirée, la droite sénatoriale et ses soutiens en Corse ont connu une défaite cuisante : leur texte, visant à faire exploser l’accord politique construit depuis quatre ans et à vider l’autonomie de toute sa substance, a été rejeté. Dans ces circonstances exceptionnelles, Femu a Corsica consultera dans les prochaines heures ses militants et réunira son Cunsigliu Naziunale demain, mercredi 28 octobre à Corti, pour déterminer collectivement les démarches politiques à entreprendre dans cette nouvelle séquence. A lotta cuntinueghja !
— Femu a Corsica (@Partitu_FemuAC) October 27, 2026
Dès hier soir, avant même la fin des débats au Sénat, PNC/ Avanzemu annonçaient leur retrait du processus de Beauvau, au vu du sort réservé aux écritures constitutionnelles et au texte voté au Palais Bourbon. Ils s’associaient en cela, après concertation, au souhait du sénateur Parigi et de la délégation Corse, qui comptait plusieurs cadres du Parti ainsi que notre député, Paul-André Colombani. Les propos et attitudes de certains sénateurs nous ont renvoyés à une époque que nous pensions révolue : celle de la CFR, où il s’agissait moins de s’opposer à l’autonomie, inconcevable en son principe, qu’à toute forme de reconnaissance, même minime, de notre peuple et de ses droits. Un demi-siècle de conflit, auquel s’ajoutent quatre longues années de travail, a ainsi été balayé, au cours d’une soirée confinant par moments à la provocation. Dans ce contexte, le gouvernement vient d’annoncer la tenue prochaine d’une réunion à Paris, pour esquisser une sortie de crise. De notre point de vue, les initiatives individuelles ont vécu. Elles ont clairement montré leurs limites hier, tant du côté des partisans de l’autonomie que de ses plus farouches adversaires. PNC/ Avanzemu en appellent donc à une concertation rapide entre les différents soutiens à la délibération Autonomia. Celle-ci devrait avoir lieu avant toute réponse en ordre séparé. Elle pourrait également précéder, mais il appartiendra aux participants éventuels de le dire, une session extraordinaire de l’Assemblée de Corse. La crise est là, particulièrement vive. Aucune formation, aucune collectivité, aucun élu, de façon unilatérale, ne peut y mettre un terme. Seul le dialogue, à très brève échéance, peut nous prémunir d’une aggravation et d’une impasse. Nous lançons donc cet appel et nous tenons à la disposition des acteurs du processus, dont nous sommes depuis les premières heures.
— PNC - Partitu di a Nazione Corsa (@PNazioneCorsa) October 27, 2026
Le Rassemblement national considère lui aussi qu’une page vient de se tourner. « Fin de la “Simeonie” », écrit Christophe Versini sur ses réseaux sociaux. Pour le délégué du RN en Corse, « cette séquence politique est terminée », mais pas la question de l’autonomie. Il annonce qu’en cas de victoire de Marine Le Pen à l’élection présidentielle, son parti engagera « son propre processus pour la Corse », fondé notamment sur la priorité régionale pour le logement, le foncier et l’emploi, la protection de l’identité et du patrimoine ou encore « une autonomie donnant à la Corse les moyens d’agir sur les réalités propres à notre île ».
Fin de la « Simeonie ». Après quatre années passées à négocier avec Emmanuel Macron, les nationalistes de gauche quittent le processus de Beauvau qu’ils avaient eux-mêmes présenté comme historique. Ils auront choisi de lier l’avenir de la Corse au macronisme, tout en s’alliant à LFI à l’Assemblée nationale sur l’amendement 111 et en refusant notre priorité régionale pour privilégier les Corses dans l’accès au logement, au foncier et à l’emploi. Cette séquence politique est terminée. Mais une nouvelle s’ouvrira dans six mois si les Français nous font confiance. Avec Marine Le Pen, nous engagerons notre propre processus pour la Corse. Il sera fondé sur la priorité régionale pour le logement, le foncier et l’emploi, sur la protection de notre identité et de notre patrimoine, sur le rééquilibrage de nos territoires avec la création des pieve, et sur une autonomie donnant à la Corse les moyens d’agir sur les réalités propres à notre île. Après l’autonomie idéologique portée par la gauche nationaliste vient le temps d’une autonomie faite pour la Corse et pour les Corses.
— Christophe Versini (@Ch_Versini) October 27, 2026
Pour Jean-Guy Talamoni, le processus était en réalité déjà mort depuis longtemps. L’ancien président de l’Assemblée de Corse considère que depuis l’acceptation en 2022 des « lignes rouges » fixées par l’État, « il n’y avait plus de processus de règlement de la question corse » et « pas davantage de projet d’autonomie ». Plutôt que de « porter le deuil d’une illusion », il appelle désormais à « reconstruire » et surtout à « faire confiance à la nouvelle génération ».
Même tonalité du côté de Voce Naziunale, groupe nationaliste à l’Assemblea di a Ghjuventù, pour qui les paroles prononcées lundi soir par Paulu Santu Parigi sont arrivées « trop tard ». Le mouvement y voit « la fin d’un cycle » de gouvernance nationaliste et « une défaite politique majeure » au Sénat. Il appelle désormais à changer de stratégie et à tourner la page des négociations menées depuis 2022, regrettant qu’elles n’aient abouti ni à la reconnaissance du peuple corse, ni à la coofficialité de la langue, ni au statut de résident, ni au pouvoir législatif.
📣 CUMUNICATU https://t.co/DCcocValIl
— Voce Naziunale (@vocenaziunale) October 27, 2026
Du côté de Bonifacio, Jean-Charles Orsucci refuse lui aussi d’enterrer l’autonomie. Le maire de la cité des falaises livre une charge particulièrement sévère contre le groupe LR, qu’il accuse d’avoir « totalement détricoté le texte » à coups d’amendements, et regrette que Jean-Jacques Panunzi ait « campé sur les positions archaïques de son groupe parlementaire ». « La Corse méritait mieux que ce spectacle affligeant et ces postures médiocres », estime celui qui rappelle ne pas appartenir à la majorité territoriale mais rester « plus que jamais un autonomiste convaincu ». Mais pour ce proche de la majorité présidentielle et membre de l’équipe de campagne de Gabriel Attal « il existe toujours un chemin, celui du dialogue et de la démocratie ». Il appelle donc le Gouvernement et la majorité territoriale à se concerter rapidement pour que le processus « reprenne son chemin ».
Suite au jacobinisme larvé des sénateurs LR ayant détricoté le projet de loi constitutionnelle pour une Corse autonome au sein de la République et au rejet de ce texte aussi insuffisant que scandaleux par le Sénat, voici ma réaction ⤵️ https://t.co/6WE8xd9YKO
— Jean-Charles ORSUCCI (@OrsucciJC) October 27, 2026
« Plus de deux siècles après la Révolution française, le jacobinisme n’en finit pas de bloquer les avancées démocratiques », écrit pour sa part Ecologia Sulidaria. « Malgré la volonté majoritaire des Corses, malgré un consensus démocratique au sein de l’Assemblée de
Corse, malgré l’appui d’une majorité de maires, le Sénat a montré une fois de plus son archaïsme, son déni de la réalité, sa volonté manifeste de brider toute avancée », insiste le parti affirmant que ce vote du Sénat est « consternant, pour la Corse bien sûr mais aussi pour tous ceux qui attendent de pouvoir à juste titre prendre en main leur avenir ».
Enfin, la section corse de Ligue des droits de l’Homme dresse elle aussi un constat d’échec. Dans un communiqué intitulé « Contre les voleurs d’avenir », elle estime que le processus de Beauvau, qui écartait dès l’origine la reconnaissance du peuple corse, « n’a cessé de s’effilocher ». Mais la LDH veut désormais porter la question au-delà des seuls partis politiques. Elle appelle à « une mobilisation de la société corse », réunissant forces politiques, société civile, syndicats, associations, acteurs culturels et intellectuels, afin de reconstruire un projet « d’une Corse autonome et fraternelle ».
Mais l’onde de choc du vote dépasse largement les frontières de l’île. À l’Assemblée nationale, le député LFI Éric Coquerel accuse la majorité sénatoriale d’avoir « dénaturé le compromis historique » que constituait le texte adopté par les députés et d’avoir pris « un risque très grand et irresponsable ». Malgré cet échec, il assure vouloir continuer à soutenir le processus tel qu’il était ressorti de l’Assemblée nationale.
En dénaturant le compromis historique que constituait le texte sur l’autonomie de la Corse issu de l’Assemblée, la majorité sénatoriale a pris un risque très grand et irresponsable. Malgré cet écueil nous continuerons à soutenir à l’avenir ce processus tel qu’il était sorti de l’Assemblée nationale. Merci à mon camarade @gabrielamard d’avoir si bien défendu cette position
— Eric Coquerel (@ericcoquerel) October 26, 2026
❌ Échec des discussions sur le projet de loi constitutionnelle sur la Corse Réaction du groupe Union Centriste et Indépendants et de son président @HerveMarseille ⬇️ https://t.co/PJJJqZBFIt
— Sénateurs Centristes & Indépendants (@UC_Senat) October 27, 2026
Chez les socialistes aussi, le déroulement des débats laisse un goût amer. Le sénateur du Val-d’Oise Rachid Temal parle d’un « crash sur le statut de la Corse » qui doit, selon lui, conduire à une réflexion plus large sur l’organisation politique, institutionnelle et administrative de la France. Citant François Mitterrand et sa volonté d’un pouvoir décentralisé, il appelle à « une nouvelle étape dans une France diverse faite de localisme et de liens à l’Europe et au Monde ».
Victorin Lurel ne cache pas davantage sa déception. Le sénateur socialiste de Guadeloupe dit avoir vécu une soirée « curieuse et décevante » et accuse la majorité sénatoriale d’avoir « abîmé » un texte fruit de plus de quatre années de travail, notamment par le recours au scrutin public et au vote prioritaire.
Le soutien vient enfin de l’échelon européen. L’Alliance libre européenne estime que « la Corse mérite mieux que des promesses vides » et que « la volonté démocratique du peuple corse ne peut être mise de côté ou diluée ». Pour le parti européen auquel sont affiliées plusieurs formations régionalistes et autonomistes, le processus de Beauvau doit conduire à « une véritable autonomie » et non à un compromis vidé de sa substance.
Corsica deserves more than empty promises! The democratic will of the Corsican people cannot be sidelined or diluted. The Beauvau process must deliver genuine autonomy, not a watered-down compromise. Corsica, we stand by your side in the fight to defend your future. ✊ https://t.co/GfwjZipOPR
— European Free Alliance (@EFAparty) October 27, 2026
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