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Antoine Albertini : « Écrire ? Ça m’emmerde profondément ! »


Laurent Hérin le Samedi 27 Juin 2020 à 12:46

Son roman "Banditi" est sorti en plein confinement, ce qui n’a pas empêché les ventes de décoller. Antoine Albertini est venu présenter ce nouvel ouvrage au Parc Galea dans le cadre des causeries du mercredi.
Retour sur une rencontre passionnante avec un personnage atypique.




Antoine Albertini en dédicace au Parc Galéa
Antoine Albertini en dédicace au Parc Galéa
Banditi est le nouveau roman du journaliste Antoine Albertini. Après Malamorte, il propose une nouvelle plongée dans une histoire et des paysages corses, véritable envers de la carte postale et des clichés. Les nationalistes corses au pouvoir, des combattants déçus qui continuent pourtant à rêver aux lendemains qui chantent et cet anti-héros, perdu, amer mais cherchant toujours la vérité. Un peu comme son auteur.

Fabrice Fenouillière qui anime ce débat avec Paul Turchi-Duriani précise immédiatement que « c’est une chance de l’avoir. » Encadrant l’auteur, sur la scène, face à un public nombreux, les deux compères commencent à présenter le personnage – pour ceux qui ne le connaîtrait pas – retracent rapidement son parcours professionnel et attaquent les questions.
 

Détective
« Banditi mais surtout Malamorte sont-ils des romans de la dépression ? » interroge Paul. « Pas du tout, réplique Antoine, je suis un lecteur de romans noirs. Pas de polars. Je rends hommage à ce genre qui me plait tant, le hard boiled*. Raymond Chandler, Dashiell Hammet, voilà de grands écrivains qui m’inspirent. Avec ces personnages de détectives désabusés, dans les années 20 aux USA. Je baigne dans cette littérature. » Il poursuit : « Mais je ne me considère pas comme un écrivain. Plutôt un auteur. Je ne suis ni Balzac, ni Zola. » Il ajoute immédiatement : « Plutôt Zola que Balzac d’ailleurs ! » et déclenche des sourires dans l’assistance. « J’ai choisi les archétypes du roman noir et je les transporte dans la Corse contemporaine. Ce que je connais le mieux ! Mon univers. C’est ici que j’ai grandi. La trame se dessine en fonction de mes centres d’intérêts. »


Méthode
« Justement, l’interroge Fabrice, comment travaillez-vous ? » Antoine répond du tac au tac : « Je fais des plans, beaucoup de plans. Trop sûrement ! J’ai une formation de juriste, ça ressort probablement dans ma méthode. J’ai envoyé un jour les plans de mon manuscrit à mon éditrice : elle m’a répondu “ne m’envoyez plus jamais ça !” » Nouveaux rires dans le public. Il poursuit : « Je n’ai pas beaucoup d’imagination, je m’applique à dessiner une intrigue et je la situe dans les endroits que je connais. On retrouve effectivement dans mon livre des ambiances et des atmosphères que j’ai vécues. Je mêle les personnages et les lieux, fictifs comme réels. J’apporte mon regard même si ce n’est pas le bon, pas le meilleur. Mais c’est le mien. La fiction me permet de dire ce que je ne peux pas écrire dans mes articles. Je pars sur l’idée d’une réalité alternative pour bâtir une intrigue autour. C’est l’enquête qui m’intéresse. J’ai d’ailleurs beaucoup été en immersion dans les bars de Bastia ! Pour les besoins de l’intrigue évidemment ! » Les rires fusent franchement cette fois.
 

Polar rural
Paul confirme pour les bars et relance : « Malamorte était plus urbain, Banditi serait plus rurale ? » Antoine répond : « Oui, j’ai voulu emmener me héros sur les routes cette fois. De Corse, d’Italie et de Sardaigne. » Il se défend de donner des leçons dans ses écrits même si ça lui est souvent reproché : « Je n’ai pas l’âme d’un chevalier blanc, je ne dénonce personne ! Évidemment, le côté démiurgique de l’auteur est très pratique. Ce que les gens disent au comptoir, je l’écris dans mes livres. »
 

Histoire
Quand il évoque l’histoire récente de la Corse, il le fait avec « une vision claire » précise Paul. Antoine s’exclame : « Mais on a tous vécu tout ça ! Notre génération. Toi, moi. Ce traumatisme fondateur, les affaires, le nationalisme, les assassinats… Et le fait que l’État n’a jamais fait partie de la solution mais plutôt du problème. » Justement « c’est cette lucidité qui est intéressante ! » rebondi Paul. « J’essaye de sonder les cœurs et les reins des Corse mais à mon humble niveau » répond Antoine.

 
Enquête
Fabrice le relance sur son travail, sa méthode. « Écrire ? ça m’emmerde profondément, c’est la partie chiante du boulot. Je ne veux pas jouer l’auteur maudit mais souvent rien ne vient. Je suis bloqué. L’éditeur me bloque aussi ! Ce que j’aime c’est le travail en amont. La phase de documentation, m’informer et surtout enquêter. » Il poursuit : « J’aime creuser. J’aime aussi qu’on me résiste. Je cherche actuellement des infos pour mon prochain livre qui traitera l’histoire d’un bandit d’honneur à la fin du 19e siècle. Exécuté en 1888 pour être précis. » Il raconte alors avoir eu un contact dans le sud qui pourrait lui donner des renseignements sur l’affaire. Il voulait rencontrer la personne. Fin de non-recevoir. « Étonné, je lui demande s’il n’aime pas mes livres ? Si j’ai fait un papier sur lui ou un de ses amis ? Réponse de l’intéressé : “non mais vous savez, cette affaire ici c’est encore un peu chaud !” » Éclats de rire dans le public. « Vous riez mais c’est ça la Corse. Le poids de l’Histoire. Même pour une affaire vieille d’un siècle. »
 

Dédicace
Quelques questions du public ponctuent la discussion mais avant de signer ses livres, Antoine Albertini tient à préciser : « On me reproche de donner une mauvaise image de notre île. Un homme politique de premier ordre m’a appelé récemment : “Il paraît que tu sors un nouveau bouquin ? Tu vas encore nous faire perdre quelques touristes !” C’est devenu un vrai problème aujourd’hui. Ce n’est pas le mec qui flingue mais celui qui fait un papier ou un livre sur l’assassinat qui donne une mauvaise image de la Corse. Voilà où on en est. » Malamorte et Banditi sont déjà des succès en librairie, un retirage de ce dernier est d’ailleurs prévu. « Mais pas de quoi me filer la grosse tête, précise Antoine. A la sortie de La Femme sans Tête, j’ai eu droit à une page dans Libé. Je sort l'acheter et en rentrant, un peu fier, je le montre à mes enfants. Le plus grand se retourne : “Ouais, c’est bien. Mais il n’y a plus de Chocopop, on fait comment là ?“ » La grosse tête, peut-être pas mais de l'humour, de l'esprit et un brin de provocation, l’auteur en a, sans aucun doute. La séance de dédicace, avec un verre de rosé, peut commencer…
 
*« hard-boiled » désigne une tendance du roman noir, où les intrigues reposent sur la violence (physique, morale, politique) et où les auteurs privilégient l'action à la psychologie

Journaliste

Antoine Albertini a commencé sa carrière de journaliste au début des années 2000, à Paris, au Journal des Finances. De retour sur son île, il poursuit à France 3 Via Stella, au magazine Corsica puis comme rédacteur en chef adjoint de Corse-Matin. En parallèle, il écrit ses premiers livres, des enquêtes ou des essais – Les Dessous de l’affaire Colonna, Interventions : du RAID à la police judiciaire, Faut-il abandonner la Corse. En 2013 sort son premier roman, La Femme sans Tête, suivront alors Les Invisibles en 2018 et enfin, ce fameux diptyque — Malamorte puis Banditi – sur ce personnage borderline de policier devenu détective dans une Corse loin des clichés de carte postale. 





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