L’inquiétude était palpable, jeudi soir, à l’hôtel La Villa de Calvi. Nombreux étaient les habitants, élus, médecins, infirmiers et représentants du personnel hospitalier à avoir répondu à l’invitation de Jean-Pierre Pinelli, président du Comité de santé de Balagne. A noter cependant, l’absence de la direction du centre hospitalier. Ange Santini, maire de Calvi et président du conseil de surveillance de l’hôpital, a quant à lui participé aux échanges, rapidement rejoint par le docteur Sébastien Dominici, médecin urgentiste et chef de pôle au centre hospitalier Calvi-Balagne.
Une réunion particulièrement suivie, au cours de laquelle les interventions se sont succédé, parfois dans un climat tendu. Au-delà de la crainte d’une fermeture nocturne des urgences, c’est l’état général de l’établissement, son fonctionnement et les moyens qui lui sont consacrés qui ont suscité de nombreuses interrogations.
« Nous ne sommes pas loin de l’épuisement professionnel »
Au cœur des préoccupations, la pénurie de médecins urgentistes, qui fragilise désormais le fonctionnement du service. Le docteur Sébastien Dominici a d'ailleurs dressé un constat préoccupant. « Depuis quelques semaines, nous rencontrons des problèmes de ressources humaines. Nous ne sommes plus assez de médecins pour travailler. Nous avons alerté l’ARS, les politiques et la direction. Nous n’arrivons pas à recruter parce que nous ne sommes pas attractifs. Et c’est un effet boule de neige. Nous nous retrouvons à boucler les plannings en faisant des heures supplémentaires, sauf que nous ne sommes pas loin de l’épuisement professionnel».
Une situation qui contraste avec les années précédentes. « Nous avons été stables pendant dix ans. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Il y a eu très peu de recrutements», détaille l'urgentiste, ajoutant que les difficultés d’installation en Balagne constituent également un obstacle majeur à l’arrivée de nouveaux praticiens. « Un médecin voulait s’installer avec sa famille. Mais il est difficile de trouver un logement en Balagne, et du travail pour le conjoint. Ce sont donc des médecins que l’on élimine. Il y a des médecins à quelques années de la retraite qui viennent terminer leur carrière, ou de très jeunes médecins qui viennent en intérim». Une problématique qui dépasse la seule question des rémunérations et pose celle de l’attractivité du territoire pour les professionnels de santé et leurs familles.
15 gardes non pourvues en novembre, un mois de décembre particulièrement inquiétant
Mais l’urgence est désormais immédiate. À l’issue de la réunion, Sébastien Dominici a livré des chiffres qui illustrent l’ampleur des difficultés rencontrées pour assurer la continuité des soins. « Nous avons 15 gardes de jour qui ne sont pas pourvues en novembre. Nous avons également quatre ou cinq nuits qui ne seront pas couvertes, à moins que des intérimaires ne confirment leur venue ». Et le mois de décembre pourrait s’avérer encore plus compliqué. « Les médecins les plus âgés ne veulent plus faire d’heures supplémentaires. Ils auront déjà effectué toutes leurs heures. À partir du 15 décembre, il n’y a plus de médecins. Ça, c’est la réalité».
Un avertissement particulièrement fort, qui concerne les plannings tels qu’ils se présentent actuellement, sans préjuger des renforts qui pourraient être obtenus d’ici là. Pour le médecin, les conséquences d’une fermeture, même partielle, seraient considérables. « Les urgences de Calvi, c’est le moteur de l’hôpital. S’il n’y a plus les urgences, l’hôpital ne tournera plus. Et nous savons très bien que si nous fermons la nuit ou certains jours de la semaine, cela va être problématique pour les Balanins », avertit-il.
Un budget de 120 000 euros pour les logements de fonction au centre des tensions
La question de la gestion financière de l’établissement a également suscité de vives réactions dans l’assistance. Parmi les sujets les plus débattus, celui des logements mis à disposition de certains personnels hospitaliers. Serge Ricco, membre de l’opposition municipale de Calvi, a notamment interpellé les représentants de l’établissement sur l’utilisation de cette enveloppe budgétaire. « L’hôpital de Calvi dispose d’un budget logement pour héberger du personnel de santé. De quel type de personnel s’agit-il ? Quels postes occupent-ils au sein de l’hôpital ? »
En réponse, plusieurs précisions ont été apportées. « Il n’y a pas de médecin dans les logements de fonction. Il y a les intérimaires, les manipulateurs radio. Il y a également du personnel administratif qui y est logé. Ce budget représente 120 000 euros ». Des explications qui n’ont pas suffi à apaiser les interrogations.
Plusieurs participants ont notamment questionné la pertinence de financer l’hébergement de personnels administratifs recrutés sur le continent, alors que des emplois de comptables, de cadres ou d’autres fonctions administratives pourraient, selon eux, être occupés par des personnes résidant déjà en Balagne et disposant d’un logement. Dans un contexte où les difficultés d’hébergement sont présentées comme l’un des principaux freins à l’installation de nouveaux médecins, cette question a cristallisé une partie du mécontentement.
Autre difficulté évoquée autour du fonctionnement hospitalier, les relations financières entre l’établissement et les entreprises de transport sanitaire, alors que des interrogations ont été soulevées concernant des factures restant à régler aux sociétés Isula Ambulance et Alta Balanina. Contactées par CNI à ce sujet, les directions des deux entreprises ont souhaité apporter des précisions et rassurer sur la continuité de leurs interventions. « Il y a effectivement des sommes dues concernant les transports effectués par les deux entreprises, mais nous sommes pleinement engagés dans le dispositif, avec les gardes de nuit et de jour, sans stopper notre collaboration avec l’hôpital », précisent les directions d’Isula Ambulance et d’Alta Balanina. Malgré ces difficultés de règlement, les deux sociétés assurent donc maintenir leur engagement auprès de l’établissement et des usagers. Cette question intervient alors que les professionnels de santé ont également évoqué les difficultés rencontrées pour organiser certains transferts de patients vers d’autres établissements, notamment Bastia.
Ange Santini : « Je crois que c’est à la fois un mécontentement, mais surtout un cri d’alarme »
La réunion publique a également été marquée par plusieurs échanges particulièrement vifs entre Ange Santini, maire de Calvi et président du conseil de surveillance de l’hôpital, et certains professionnels de santé présents dans l’assistance. Au cœur des désaccords : les chiffres concernant les gardes médicales non pourvues, les effectifs disponibles et la réalité du fonctionnement des urgences.
S’appuyant notamment sur des données communiquées par la direction hospitalière de Bastia, l’élu a d’abord tenu à relativiser la situation, rappelant que le SMUR était assuré 24 heures sur 24 et que la ligne d’urgence restait globalement couverte. Selon lui, les principales difficultés concernaient le circuit court, normalement opérationnel de 9 heures à 21 heures, avec 18 journées non pourvues. Une analyse vivement contestée par plusieurs soignants, qui ont rappelé que le circuit court ne se limitait plus à la prise en charge des petites urgences et que la réalité du terrain était bien différente des chiffres présentés. Les échanges se sont alors tendus, certains professionnels reprochant à l’élu de s’appuyer sur des données qui ne reflétaient pas leurs difficultés quotidiennes.
« Je ne dis pas que tout est parfait, mais c’est loin d’être négatif », a défendu Ange Santini, avant d’insister sur la nécessité de disposer d’éléments précis et vérifiables pour engager une mobilisation auprès des autorités sanitaires. « Je ne vais pas entraîner les habitants de Calvi dans une lutte si je n’ai pas les éléments qu’il faut. Pour être crédible, il faut dire la vérité. Sinon, on n’est pas crédible vis-à-vis des instances ».
Malgré ces désaccords, le maire a tenu à saluer l’engagement du docteur Sébastien Dominici et des équipes hospitalières. Mais c’est surtout à l’issue de la réunion publique que le dialogue semble avoir évolué. Après le départ d’une partie de l’assistance, Ange Santini et plusieurs représentants du personnel hospitalier ont poursuivi leurs discussions dans un cadre plus restreint. Les échanges, cette fois plus apaisés, ont permis aux médecins, infirmiers et cadres de santé de revenir sur les difficultés rencontrées et d’évoquer plusieurs pistes de réflexion. À l’issue de cette seconde séquence, le maire de Calvi a livré une analyse sensiblement plus nuancée de la situation.
« On retient déjà qu’il y a eu une réunion en deux temps. Une première avec le Comité de santé de Balagne, où les gens ont pu s’exprimer, et une seconde qui ressemblait presque à une réunion interne à l’hôpital, puisque j’ai pu avoir des réactions, des explications et des pistes de réflexion avec un certain nombre de représentants du personnel, médecins, infirmiers ou cadres ». Pour Ange Santini, cette deuxième partie des échanges a permis de mieux cerner les difficultés auxquelles l’établissement est confronté.
« Avant toute chose, il faut un état des lieux. Cela a été fait notamment par Sébastien Dominici et par d’autres. Ensuite, il faut voir ce que nous pouvons demander, notamment en matière de financement, auprès de l’ARS », a-t-il débriefé. Le maire reconnaît notamment que les difficultés de recrutement constituent aujourd’hui un obstacle majeur au fonctionnement des urgences. « Il faut que le territoire soit plus attractif. Il faut aussi que les médecins qui viendraient en renfort soient mieux rémunérés. Je pense que c’est l’une des difficultés pour arriver à armer les lignes d’urgence ».
Interrogé sur l’inquiétude et le mécontentement exprimés par les nombreux professionnels de santé présents, Ange Santini reconnaît la portée de leur mobilisation. « Je crois que c’est à la fois un mécontentement, mais surtout un cri d’alarme ». Il rappelle également que plusieurs départs de médecins urgentistes, intervenus après la saison estivale, ont fragilisé une organisation reposant déjà en partie sur des praticiens exerçant à temps partiel. L’élu continue néanmoins de distinguer les difficultés rencontrées par les différentes lignes de prise en charge. « Aujourd’hui, c’est une urgence relative, on n’est pas encore dans une urgence absolue, si l’on veut utiliser les termes médicaux. Mais c’est le bon moment pour agir».
Pour tenter d’apporter des réponses, Ange Santini a annoncé la tenue, le 5 novembre à 14 heures, d’une réunion informelle élargie autour du conseil de surveillance de l’hôpital, dont il assure la présidence. L’objectif sera de réunir les représentants concernés afin de dégager deux ou trois propositions concrètes à présenter à l’Agence régionale de santé. « Si nous demandons trop de choses et que nous nous éparpillons, nous n’obtiendrons rien. Il faut véritablement cibler des demandes précises. À ce moment-là, nous pourrons exercer une pression politique, sociale et médicale pour obtenir les moyens nécessaires », a-t-il indiqué.
Si les divergences exprimées pendant la réunion publique n’ont pas toutes été levées, cette seconde séquence, plus constructive, aura au moins permis de renouer le dialogue entre le président du conseil de surveillance et les professionnels hospitaliers. Reste désormais à savoir si ce rapprochement permettra de déboucher rapidement sur des mesures concrètes, alors que les équipes médicales alertent sur les difficultés à assurer les gardes dès le mois de novembre.
Lionel Mortini: « Notre hôpital doit vivre, pas survivre »
Présent à cette réunion, Lionel Mortini, président de la communauté de communes de L’Île-Rousse-Balagne, a également apporté son soutien aux équipes hospitalières. Malgré la proximité de certaines communes de son territoire avec Bastia, l’élu a insisté sur la nécessité de préserver l’hôpital de Calvi. « Il y a encore 15 ans, certains nous disaient, nous sommes à une heure de Bastia, pourquoi faire un hôpital à Calvi ? Aujourd’hui, nous avons cet hôpital. Il doit vivre et pas survivre».
Évoquant notamment les difficultés rencontrées lors de certains transferts de patients, il a appelé à une mobilisation rapide auprès de l’ARS. « Il y a un cri d’alarme du docteur Dominici et de l’ensemble du personnel. Nous l’entendons et nous le soutenons très clairement ».
Pour Lionel Mortini, deux échéances doivent être distinguées : trouver des solutions immédiates pour novembre et décembre, puis engager un travail de fond sur les moyens et l’organisation de l’établissement. « Il faut une action forte dans les prochains jours et trouver les financements nécessaires très rapidement », a-t-il estimé, insistant également sur la nécessité de préserver l’autonomie de l’hôpital de Calvi dans l’organisation territoriale des soins, tout en appelant les collectivités à soutenir les démarches engagées.
Jean-Pierre Pinelli : « Je ne pense pas que nous ayons pris la mesure de cette inquiétude »
À l’origine de cette réunion publique, Jean-Pierre Pinelli a souligné l’importance de la mobilisation. « Je n’ai jamais eu autant de monde à une réunion. Et surtout, les gens sont intervenus à bon escient, en faisant part de leurs préoccupations. »
Le président du Comité de santé de Balagne s’est également dit marqué par la présence particulièrement nombreuse des professionnels hospitaliers. « C’est la première fois qu’ils sont aussi nombreux. Cela veut dire qu’il y a une inquiétude parmi eux et que les problèmes qu’ils rencontrent ne sont pas en voie d’être réglés ». Interrogé sur la prise de conscience de cette situation, il reconnaît : « Je ne pense pas que nous ayons pris la mesure. J’ai été appelé souvent cette semaine, j’ai senti qu’il y avait une pression et une inquiétude. C’est pour cela que j’ai voulu organiser cette réunion rapidement».
Pour Jean-Pierre Pinelli, il est désormais nécessaire de repartir sur des bases plus claires, avec une meilleure visibilité sur les besoins de l’établissement. Il pointe également les contraintes du groupement hospitalier de territoire et les effets des règles encadrant la rémunération des médecins intérimaires, qui compliquent, selon lui, les possibilités de recrutement.
Une population contrariée et prête à redescendre dans la rue
Au fil de la soirée, les prises de parole des habitants ont témoigné d’une inquiétude grandissante, mais aussi d’une certaine colère face à la situation du centre hospitalier. La perspective d’une fermeture partielle des urgences, les difficultés rencontrées par les soignants et les interrogations sur l’utilisation du budget hospitalier ont donné lieu à plusieurs échanges particulièrement tendus.
Dans l’assistance, certains ont rappelé que l’existence même de l’antenne médicale de Calvi était le fruit d’une mobilisation populaire. En 1976, la pression exercée par la population avait contribué à obtenir sa création. 50 ans plus tard, plusieurs participants ont évoqué la possibilité de renouer avec cette mobilisation et de redescendre dans les rues si aucune solution concrète n’était apportée. Un message adressé aux responsables politiques et aux autorités sanitaires : la population balanine n’entend pas assister sans réagir à une dégradation de son offre de soins.
Au-delà des divergences exprimées pendant la réunion, un même attachement à l’établissement hospitalier s’est dégagé des interventions.
« C’est un appel à l’aide »
À l’issue des deux heures et demie de réunion, le docteur Sébastien Dominici ne cachait pas sa préoccupation. « Pour l’instant, nous n’avons pas de solution concrète. Nous avons une promesse de réunion avec le président du conseil de surveillance. C’est toujours intéressant de se voir et de discuter, mais les solutions, on nous demande de les trouver »a-t-il regretté. « Moi, je suis apte à soigner des gens, mais pas à proposer des salaires ou des conditions de travail valorisées pour un médecin qui pourrait venir à Calvi». Déjà mobilisé à temps plein dans son activité médicale, il déplore devoir également assumer ses responsabilités administratives de chef de pôle, une charge supplémentaire devenue particulièrement lourde.
Interrogé sur la portée de cette mobilisation, il confirme qu’il s’agit bien d’un appel à l’aide. Le personnel médical a d’ailleurs adressé ce même jeudi un courrier collectif à l’ARS pour alerter sur la situation.
Pour la suite, Sébastien Dominici reste prudent, car si la réunion du conseil de surveillance du 5 novembre constituera une première étape importante, pour les équipes médicales le calendrier est déjà extrêmement contraint.. « Il faut toujours avoir de l’espoir. Mais je ne suis pas sûr que les problèmes de planning pour novembre et décembre seront résolus après ce conseil de surveillance. Je maintiens mes inquiétudes. C’est moi qui fais le planning, donc je sais à quoi je suis confronté».
Une réunion particulièrement suivie, au cours de laquelle les interventions se sont succédé, parfois dans un climat tendu. Au-delà de la crainte d’une fermeture nocturne des urgences, c’est l’état général de l’établissement, son fonctionnement et les moyens qui lui sont consacrés qui ont suscité de nombreuses interrogations.
« Nous ne sommes pas loin de l’épuisement professionnel »
Au cœur des préoccupations, la pénurie de médecins urgentistes, qui fragilise désormais le fonctionnement du service. Le docteur Sébastien Dominici a d'ailleurs dressé un constat préoccupant. « Depuis quelques semaines, nous rencontrons des problèmes de ressources humaines. Nous ne sommes plus assez de médecins pour travailler. Nous avons alerté l’ARS, les politiques et la direction. Nous n’arrivons pas à recruter parce que nous ne sommes pas attractifs. Et c’est un effet boule de neige. Nous nous retrouvons à boucler les plannings en faisant des heures supplémentaires, sauf que nous ne sommes pas loin de l’épuisement professionnel».
Une situation qui contraste avec les années précédentes. « Nous avons été stables pendant dix ans. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Il y a eu très peu de recrutements», détaille l'urgentiste, ajoutant que les difficultés d’installation en Balagne constituent également un obstacle majeur à l’arrivée de nouveaux praticiens. « Un médecin voulait s’installer avec sa famille. Mais il est difficile de trouver un logement en Balagne, et du travail pour le conjoint. Ce sont donc des médecins que l’on élimine. Il y a des médecins à quelques années de la retraite qui viennent terminer leur carrière, ou de très jeunes médecins qui viennent en intérim». Une problématique qui dépasse la seule question des rémunérations et pose celle de l’attractivité du territoire pour les professionnels de santé et leurs familles.
15 gardes non pourvues en novembre, un mois de décembre particulièrement inquiétant
Mais l’urgence est désormais immédiate. À l’issue de la réunion, Sébastien Dominici a livré des chiffres qui illustrent l’ampleur des difficultés rencontrées pour assurer la continuité des soins. « Nous avons 15 gardes de jour qui ne sont pas pourvues en novembre. Nous avons également quatre ou cinq nuits qui ne seront pas couvertes, à moins que des intérimaires ne confirment leur venue ». Et le mois de décembre pourrait s’avérer encore plus compliqué. « Les médecins les plus âgés ne veulent plus faire d’heures supplémentaires. Ils auront déjà effectué toutes leurs heures. À partir du 15 décembre, il n’y a plus de médecins. Ça, c’est la réalité».
Un avertissement particulièrement fort, qui concerne les plannings tels qu’ils se présentent actuellement, sans préjuger des renforts qui pourraient être obtenus d’ici là. Pour le médecin, les conséquences d’une fermeture, même partielle, seraient considérables. « Les urgences de Calvi, c’est le moteur de l’hôpital. S’il n’y a plus les urgences, l’hôpital ne tournera plus. Et nous savons très bien que si nous fermons la nuit ou certains jours de la semaine, cela va être problématique pour les Balanins », avertit-il.
Un budget de 120 000 euros pour les logements de fonction au centre des tensions
La question de la gestion financière de l’établissement a également suscité de vives réactions dans l’assistance. Parmi les sujets les plus débattus, celui des logements mis à disposition de certains personnels hospitaliers. Serge Ricco, membre de l’opposition municipale de Calvi, a notamment interpellé les représentants de l’établissement sur l’utilisation de cette enveloppe budgétaire. « L’hôpital de Calvi dispose d’un budget logement pour héberger du personnel de santé. De quel type de personnel s’agit-il ? Quels postes occupent-ils au sein de l’hôpital ? »
En réponse, plusieurs précisions ont été apportées. « Il n’y a pas de médecin dans les logements de fonction. Il y a les intérimaires, les manipulateurs radio. Il y a également du personnel administratif qui y est logé. Ce budget représente 120 000 euros ». Des explications qui n’ont pas suffi à apaiser les interrogations.
Plusieurs participants ont notamment questionné la pertinence de financer l’hébergement de personnels administratifs recrutés sur le continent, alors que des emplois de comptables, de cadres ou d’autres fonctions administratives pourraient, selon eux, être occupés par des personnes résidant déjà en Balagne et disposant d’un logement. Dans un contexte où les difficultés d’hébergement sont présentées comme l’un des principaux freins à l’installation de nouveaux médecins, cette question a cristallisé une partie du mécontentement.
Autre difficulté évoquée autour du fonctionnement hospitalier, les relations financières entre l’établissement et les entreprises de transport sanitaire, alors que des interrogations ont été soulevées concernant des factures restant à régler aux sociétés Isula Ambulance et Alta Balanina. Contactées par CNI à ce sujet, les directions des deux entreprises ont souhaité apporter des précisions et rassurer sur la continuité de leurs interventions. « Il y a effectivement des sommes dues concernant les transports effectués par les deux entreprises, mais nous sommes pleinement engagés dans le dispositif, avec les gardes de nuit et de jour, sans stopper notre collaboration avec l’hôpital », précisent les directions d’Isula Ambulance et d’Alta Balanina. Malgré ces difficultés de règlement, les deux sociétés assurent donc maintenir leur engagement auprès de l’établissement et des usagers. Cette question intervient alors que les professionnels de santé ont également évoqué les difficultés rencontrées pour organiser certains transferts de patients vers d’autres établissements, notamment Bastia.
Ange Santini : « Je crois que c’est à la fois un mécontentement, mais surtout un cri d’alarme »
La réunion publique a également été marquée par plusieurs échanges particulièrement vifs entre Ange Santini, maire de Calvi et président du conseil de surveillance de l’hôpital, et certains professionnels de santé présents dans l’assistance. Au cœur des désaccords : les chiffres concernant les gardes médicales non pourvues, les effectifs disponibles et la réalité du fonctionnement des urgences.
S’appuyant notamment sur des données communiquées par la direction hospitalière de Bastia, l’élu a d’abord tenu à relativiser la situation, rappelant que le SMUR était assuré 24 heures sur 24 et que la ligne d’urgence restait globalement couverte. Selon lui, les principales difficultés concernaient le circuit court, normalement opérationnel de 9 heures à 21 heures, avec 18 journées non pourvues. Une analyse vivement contestée par plusieurs soignants, qui ont rappelé que le circuit court ne se limitait plus à la prise en charge des petites urgences et que la réalité du terrain était bien différente des chiffres présentés. Les échanges se sont alors tendus, certains professionnels reprochant à l’élu de s’appuyer sur des données qui ne reflétaient pas leurs difficultés quotidiennes.
« Je ne dis pas que tout est parfait, mais c’est loin d’être négatif », a défendu Ange Santini, avant d’insister sur la nécessité de disposer d’éléments précis et vérifiables pour engager une mobilisation auprès des autorités sanitaires. « Je ne vais pas entraîner les habitants de Calvi dans une lutte si je n’ai pas les éléments qu’il faut. Pour être crédible, il faut dire la vérité. Sinon, on n’est pas crédible vis-à-vis des instances ».
Malgré ces désaccords, le maire a tenu à saluer l’engagement du docteur Sébastien Dominici et des équipes hospitalières. Mais c’est surtout à l’issue de la réunion publique que le dialogue semble avoir évolué. Après le départ d’une partie de l’assistance, Ange Santini et plusieurs représentants du personnel hospitalier ont poursuivi leurs discussions dans un cadre plus restreint. Les échanges, cette fois plus apaisés, ont permis aux médecins, infirmiers et cadres de santé de revenir sur les difficultés rencontrées et d’évoquer plusieurs pistes de réflexion. À l’issue de cette seconde séquence, le maire de Calvi a livré une analyse sensiblement plus nuancée de la situation.
« On retient déjà qu’il y a eu une réunion en deux temps. Une première avec le Comité de santé de Balagne, où les gens ont pu s’exprimer, et une seconde qui ressemblait presque à une réunion interne à l’hôpital, puisque j’ai pu avoir des réactions, des explications et des pistes de réflexion avec un certain nombre de représentants du personnel, médecins, infirmiers ou cadres ». Pour Ange Santini, cette deuxième partie des échanges a permis de mieux cerner les difficultés auxquelles l’établissement est confronté.
« Avant toute chose, il faut un état des lieux. Cela a été fait notamment par Sébastien Dominici et par d’autres. Ensuite, il faut voir ce que nous pouvons demander, notamment en matière de financement, auprès de l’ARS », a-t-il débriefé. Le maire reconnaît notamment que les difficultés de recrutement constituent aujourd’hui un obstacle majeur au fonctionnement des urgences. « Il faut que le territoire soit plus attractif. Il faut aussi que les médecins qui viendraient en renfort soient mieux rémunérés. Je pense que c’est l’une des difficultés pour arriver à armer les lignes d’urgence ».
Interrogé sur l’inquiétude et le mécontentement exprimés par les nombreux professionnels de santé présents, Ange Santini reconnaît la portée de leur mobilisation. « Je crois que c’est à la fois un mécontentement, mais surtout un cri d’alarme ». Il rappelle également que plusieurs départs de médecins urgentistes, intervenus après la saison estivale, ont fragilisé une organisation reposant déjà en partie sur des praticiens exerçant à temps partiel. L’élu continue néanmoins de distinguer les difficultés rencontrées par les différentes lignes de prise en charge. « Aujourd’hui, c’est une urgence relative, on n’est pas encore dans une urgence absolue, si l’on veut utiliser les termes médicaux. Mais c’est le bon moment pour agir».
Pour tenter d’apporter des réponses, Ange Santini a annoncé la tenue, le 5 novembre à 14 heures, d’une réunion informelle élargie autour du conseil de surveillance de l’hôpital, dont il assure la présidence. L’objectif sera de réunir les représentants concernés afin de dégager deux ou trois propositions concrètes à présenter à l’Agence régionale de santé. « Si nous demandons trop de choses et que nous nous éparpillons, nous n’obtiendrons rien. Il faut véritablement cibler des demandes précises. À ce moment-là, nous pourrons exercer une pression politique, sociale et médicale pour obtenir les moyens nécessaires », a-t-il indiqué.
Si les divergences exprimées pendant la réunion publique n’ont pas toutes été levées, cette seconde séquence, plus constructive, aura au moins permis de renouer le dialogue entre le président du conseil de surveillance et les professionnels hospitaliers. Reste désormais à savoir si ce rapprochement permettra de déboucher rapidement sur des mesures concrètes, alors que les équipes médicales alertent sur les difficultés à assurer les gardes dès le mois de novembre.
Lionel Mortini: « Notre hôpital doit vivre, pas survivre »
Présent à cette réunion, Lionel Mortini, président de la communauté de communes de L’Île-Rousse-Balagne, a également apporté son soutien aux équipes hospitalières. Malgré la proximité de certaines communes de son territoire avec Bastia, l’élu a insisté sur la nécessité de préserver l’hôpital de Calvi. « Il y a encore 15 ans, certains nous disaient, nous sommes à une heure de Bastia, pourquoi faire un hôpital à Calvi ? Aujourd’hui, nous avons cet hôpital. Il doit vivre et pas survivre».
Évoquant notamment les difficultés rencontrées lors de certains transferts de patients, il a appelé à une mobilisation rapide auprès de l’ARS. « Il y a un cri d’alarme du docteur Dominici et de l’ensemble du personnel. Nous l’entendons et nous le soutenons très clairement ».
Pour Lionel Mortini, deux échéances doivent être distinguées : trouver des solutions immédiates pour novembre et décembre, puis engager un travail de fond sur les moyens et l’organisation de l’établissement. « Il faut une action forte dans les prochains jours et trouver les financements nécessaires très rapidement », a-t-il estimé, insistant également sur la nécessité de préserver l’autonomie de l’hôpital de Calvi dans l’organisation territoriale des soins, tout en appelant les collectivités à soutenir les démarches engagées.
Jean-Pierre Pinelli : « Je ne pense pas que nous ayons pris la mesure de cette inquiétude »
À l’origine de cette réunion publique, Jean-Pierre Pinelli a souligné l’importance de la mobilisation. « Je n’ai jamais eu autant de monde à une réunion. Et surtout, les gens sont intervenus à bon escient, en faisant part de leurs préoccupations. »
Le président du Comité de santé de Balagne s’est également dit marqué par la présence particulièrement nombreuse des professionnels hospitaliers. « C’est la première fois qu’ils sont aussi nombreux. Cela veut dire qu’il y a une inquiétude parmi eux et que les problèmes qu’ils rencontrent ne sont pas en voie d’être réglés ». Interrogé sur la prise de conscience de cette situation, il reconnaît : « Je ne pense pas que nous ayons pris la mesure. J’ai été appelé souvent cette semaine, j’ai senti qu’il y avait une pression et une inquiétude. C’est pour cela que j’ai voulu organiser cette réunion rapidement».
Pour Jean-Pierre Pinelli, il est désormais nécessaire de repartir sur des bases plus claires, avec une meilleure visibilité sur les besoins de l’établissement. Il pointe également les contraintes du groupement hospitalier de territoire et les effets des règles encadrant la rémunération des médecins intérimaires, qui compliquent, selon lui, les possibilités de recrutement.
Une population contrariée et prête à redescendre dans la rue
Au fil de la soirée, les prises de parole des habitants ont témoigné d’une inquiétude grandissante, mais aussi d’une certaine colère face à la situation du centre hospitalier. La perspective d’une fermeture partielle des urgences, les difficultés rencontrées par les soignants et les interrogations sur l’utilisation du budget hospitalier ont donné lieu à plusieurs échanges particulièrement tendus.
Dans l’assistance, certains ont rappelé que l’existence même de l’antenne médicale de Calvi était le fruit d’une mobilisation populaire. En 1976, la pression exercée par la population avait contribué à obtenir sa création. 50 ans plus tard, plusieurs participants ont évoqué la possibilité de renouer avec cette mobilisation et de redescendre dans les rues si aucune solution concrète n’était apportée. Un message adressé aux responsables politiques et aux autorités sanitaires : la population balanine n’entend pas assister sans réagir à une dégradation de son offre de soins.
Au-delà des divergences exprimées pendant la réunion, un même attachement à l’établissement hospitalier s’est dégagé des interventions.
« C’est un appel à l’aide »
À l’issue des deux heures et demie de réunion, le docteur Sébastien Dominici ne cachait pas sa préoccupation. « Pour l’instant, nous n’avons pas de solution concrète. Nous avons une promesse de réunion avec le président du conseil de surveillance. C’est toujours intéressant de se voir et de discuter, mais les solutions, on nous demande de les trouver »a-t-il regretté. « Moi, je suis apte à soigner des gens, mais pas à proposer des salaires ou des conditions de travail valorisées pour un médecin qui pourrait venir à Calvi». Déjà mobilisé à temps plein dans son activité médicale, il déplore devoir également assumer ses responsabilités administratives de chef de pôle, une charge supplémentaire devenue particulièrement lourde.
Interrogé sur la portée de cette mobilisation, il confirme qu’il s’agit bien d’un appel à l’aide. Le personnel médical a d’ailleurs adressé ce même jeudi un courrier collectif à l’ARS pour alerter sur la situation.
Pour la suite, Sébastien Dominici reste prudent, car si la réunion du conseil de surveillance du 5 novembre constituera une première étape importante, pour les équipes médicales le calendrier est déjà extrêmement contraint.. « Il faut toujours avoir de l’espoir. Mais je ne suis pas sûr que les problèmes de planning pour novembre et décembre seront résolus après ce conseil de surveillance. Je maintiens mes inquiétudes. C’est moi qui fais le planning, donc je sais à quoi je suis confronté».
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