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27 novembre 1942 à Piedicroce : le 173° BAC sauve son honneur


Raoul Pioli le Dimanche 27 Novembre 2022 à 16:19

Par définition, nul n’ignore que les associations mémorielles ont pour vocation d’assurer la pérennité de la mémoire. C’est le cas de l’amicale des anciens du 173° et du 373° RI, présidée par le commandant (h) François Antonetti, secondé par Paul Stuart. Ce dernier vient de trouver un document très intéressant pour quiconque s’intéresse à l’histoire militaire contemporaine de l’île. Il s’agit des conditions dans lesquelles le 173° Bataillon autonome de la Corse a sauvé son honneur en 1942, face à l’occupant italien.



Insigne du 173e Bataillon autonome de la Corse (BAS)
Insigne du 173e Bataillon autonome de la Corse (BAS)
En réaction au débarquement anglo-américain du 8 novembre 1942 en Afrique du Nord, l’Allemagne envahit la Zone libre en France métropolitaine et l’Italie occupe la Corse à partir du 11 novembre. Dans l’île, 80 000 soldats italiens débarquent sans difficultés, la plupart à Bastia. Il faut dire qu’à ce moment là, il n’y avait sur l’île que le 4° escadron de la Garde à Ajaccio avec une centaine d’hommes, et le 173° Bataillon autonome de la Corse (173° BAC) avec cinq cents hommes à Bastia.


Le Bataillon autonome de la Corse sauve le glorieux drapeau du 173° RI
Le 173° BAC, créé en juillet 1940 après l’humiliante défaite et la signature de l’armistice du 22 juin 1940, devait initialement avoir son PC à Bastia et ses quatre compagnies réparties à Bastia, Corte,,Ajaccio et Bonifacio. Mais très rapidement, la Commission d’armistice italienne impose le,regroupement de tout le bataillon à Bastia, à la caserne Marbeuf et à la Caserne Saint-Joseph.
Le dimanche 4 mai 1941, lors d’une grande cérémonie militaire sur la place Pétain à Bastia - c’est,ainsi qu’avait été rebaptisée la place Saint-Nicolas - le 173° BAC se voit confier la garde du glorieux,drapeau du 173°RI, régiment qu’on ne présente plus en Corse. A ce sujet, il convient de rappeler,que plus tard, dès l’arrivée des italiens en 1942, l’emblème a été emmené par l’agent militaire
Chiaramonti qui, cachant les soies et le fer de lance dans une valise, le remet aux Frères jésuites,dont le Supérieur est le Père Imperinetti. Ce dernier confie alors le drapeau au Père Marion, ancien aumônier du 173° RI, qui le cache dans son sommier, puis, à l’arrivée des italiens le dissimule dans une oubliette du grenier de l’église. Plus tard, le 25 mars 1944, au cours d’une prise d’armes sur la place Saint Nicolas - ayant retrouvé son nom traditionnel - le Père Marion remet le drapeau au général Henri Martin qui, après le soulèvement de la Résistance insulaire, avait libéré la Corse le 4 octobre 1943.


Le bataillon face à l’arrivée des italiens en Corse
Le 14 novembre 1942, la flotte italienne apparait au large de,Bastia et s’approche de la cote, tandis que des avions italiens commencent à survoler la ville. Les mitrailleuses et les mortiers du bataillon sont mis en batterie, face à la mer, aux abords des deux casernes. Quelques heures plus tard, l’ordre, venu de Vichy par radio, prescrit de ne pas s’opposer aux troupes italiennes et de rejoindre les cantonnements.


Le bataillon sauve son honneur en ne se laissant pas désarmer
Quelques jours après, pour éviter le désarmement possible, le  général Humbert, commandant la Subdivision militaire de la Corse, ordonne au 173° BAC d’aller s’installer dans la région de Piedicroce. Seule la 1ère compagnie doit rester à Bastia, pour,assurer la protection des casernes et du général.
C’est ainsi que l’état-major du bataillon s’installe au village de,Piedicroce, les 2ème, 3ème et 4ème compagnies aux villages de Morosaglia, Stazzona et La Porta.
Dans la nuit du la nuit du 26 au 27 novembre 1942, un coup de téléphone, d’une employée anonyme des PTT, avertit l’état-major du 173° BAC que de fortes unités italiennes comprenant des blindés, sont en marche vers la région de Piedicroce.
Aussitôt, le chef de bataillon Guillaud qui commande le 173° BAC donne ses instructions aux unités. Un de ses officiers, le commandant Vincent Cauvin, en service à l’état-major du bataillon, les rapporte en ces termes :
- les militaires corses (qui formaient à peu près les 2/3 des effectifs du bataillon) pouvaient partir immédiatement, en emportant tout ce qu’ils voulaient : chevaux, mulets, armes, munition, vivres, etc.... ;
- le matériel non emporté et utilisable par les civils, notamment les couvertures et les vivres, serait distribué à la population civile ;
- le matériel restant, notamment les armes et le matériel d’optique serait détruit ;
- les militaires qui ne partiraient pas se rassembleraient sur la place du village, à Piedicroce, sous les ordres du chef de bataillon, dans les autres villages, sous les ordres des commandants de compagnies, et attendraient les, évènements.
Immédiatement, la plupart des militaires corses et quelques continentaux, gagnèrent la montagne, en évitant les routes par où pourraient arriver les italiens, et rentrèrent dans leurs villages. La population civile, réveillée, prit possession des couvertures, des vivres et de quelques autres objets. Puis les militaires qui n’étaient pas partis passèrent le reste de la nuit à à démolir les armes et le matériel qui restaient. Tous les chevaux et muets avaient emmenés par les militaires partis
».

​Les représailles des italiens et la dissolution du bataillon

Implantation des unités du 173° BAC, le 27 novembre 1942 au matin lors de l’arrivée des italiens pour des représailles.
Implantation des unités du 173° BAC, le 27 novembre 1942 au matin lors de l’arrivée des italiens pour des représailles.
Le commandant Vincent Cauvin, témoin privilégié de ces tristes moments, relate ainsi l’arrivée des italiens :
« A l’aube, les italiens, précédés d’autos-mitrailleuses, arrivèrent sur les places des villages. Ils n’y trouvèrent que quelques militaires français, à coté de tas de débris d’arme et de matériel. A Piedicroce notamment, où 7 autos- mitrailleuses s’avancèrent sur la place, il ne restait que 3 officiers, 3 sous-officiers et 1 homme de troupe. Dans les autres villages, les effectifs restant étaient un peu plus élevés.
Devant cet état de choses, la fureur des italiens fut immense. Les militaires du 173ème BAC furent emmenés au village de Vescovato et, en quelque sorte, internés, sous la garde de deux sections de mitrailleuses, en batterie sur
la route, aux deux sorties du village. La 1ère compagnie, qui était restée à Bastia, fut également ramenée à Vescovato. Cette compagnie avait gardé un effectif plus fort que les autres, car à Bastia les militaires corses avaient beaucoup lus de difficultés pour partir, la caserne Saint-Joseph ayant été immédiatement encerclée par les italiens.
Le général Humbert fut consigné chez lui, à Bastia, par les italiens.
Les italiens voulaient emmener les militaires du 173ème BAC prisonniers en Italie parce qu’ils avaient détruit leur armement et leur matériel.
Cependant, la Commission française d’armistice à Turin, finit par obtenir que ces militaires soient libérés. Le général Humbert put se rendre, un jour, à Vescovato. Ce qui restait du 173ème BAC se rassembla en carré, sans armes, pour lui rendre les honneurs. Le général lui adressa une allocution vibrante, dont le sens se retrouvera, quelques jours plus tard, dans son ordre général n° 2.
Dans les premiers jours de décembre 1942, les militaires du 173ème BAC quittaient Vescovato et rentraient à Bastia où ils étaient démobilisés. C’était la fin du 173ème Bataillon autonome de la Corse.
Les italiens exigèrent que tous les militaires continentaux, bien que démobilisés, quittent la Corse. La plupart partirent dès que les communications avec le continent furent rétablies.
Pendant quelques temps, tous ceux qui le purent restèrent en contact avec le commandant Guillaud. Mais ce chef admirable devait mourir dans la Résistance. Il fut arrêté et fusillé par les allemands à Lyon, en 194
4 (*)».


En ce mois de novembre 2022, quatre-vingts ans se sont écoulés depuis ces douloureux évènements. Puisse, ce rappel historique, éclairer les lecteurs sur une période oubliée de notre histoire, et saluer avec respect la réaction du bataillon qui, sous l’autorité de ses chefs, a préféré se dissoudre lui-même plutôt que de se faire désarmer par l’occupant italien. Si nous ne pouvons rester indifférents face à cette page dramatique d’un passé pas si lointain, il convient de retenir que si le 173° BAC a été vaincu sans combattre par suite de directives politiques, il a néanmoins évité l’humiliation et son honneur est resté
sauf.
Enfin, il convient de rendre un hommage appuyé au chef de bataillon Vincent Cauvin, qui, grâce à son témoignage d’hier repris aujourd’hui, a permis au 173° bataillon automne de la Corse de ne pas sombrer définitivement dans l’oubli.

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*Le 3 août 1944 au matin, le commandant Guillaud, adjoint au chef du réseau Gallia - un des principaux réseaux de renseignement du BCRA  gaulliste de Londres qui opérait dans la région Lyonnaise - est arrêté et exécuté sommairement le 20 août 1944 au fort de Saint-Genis-Laval à  environ 10 km au sud-ouest de Lyon.














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